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L’art de la cuisine et la cuisine de l’art

L’art de la cuisine et la cuisine de l’art

12 février 2019 | PAR Laetitia Larralde

La Panacée de Montpellier propose d’explorer un territoire hybride entre l’art et la cuisine dans l’exposition Cookbook 19, une expérience qui joue avec nos sens.

Après une première édition en 2013 au Palais des Beaux-Arts de Paris, le duo de commissaires Andrea Petrini et Nicolas Bourriaud a décidé de poursuivre son questionnement avec cette nouvelle édition. Vingt-cinq chefs et vingt artistes sont rassemblés ici dans l’idée de créer un territoire composite entre art et cuisine, de mixer deux disciplines pas aussi éloignées qu’on pourrait le penser.
L’évolution des réseaux sociaux de ces dernières années a poussé les commissaires à ne sélectionner que des personnes de moins de cinquante ans, qui maîtrisent ces outils et les utilisent quotidiennement, ou en soutien de leur travail. Car la nourriture est la chose la plus photographiée et partagée sur les réseaux sociaux et rassemble une grande majorité des utilisateurs. Tout le monde a saisi le potentiel instagrammable d’un plat, et les chefs ont aujourd’hui leur compte dont les photos font saliver au-delà des portes de leurs restaurants.

L’accrochage ne fait pas de différence entre chef et artiste, et toutes les œuvres cohabitent dans une unité que l’on trouve dans des thèmes communs, tels que les enjeux politiques de l’alimentation, le rapport entre corps et nourriture, ou encore l’environnement.
Si les chefs ont étendu leur domaine de création du gustatif au visuel, les artistes n’hésitent pas à travailler le comestible dans des œuvres hybrides entre sculpture, art visuel et performance. Sunset, de Mélanie Villemot, se présente comme une installation de trente-six verres remplis d’un cocktail coloré, alignés contre un mur blanc, et que le public sera invité à boire à plusieurs dates déterminées. Acteur de cette performance, le public transformera cette peinture en 3D en une sorte de témoignage d’après fête, verres vides qui resteront en place jusqu’à la prochaine activation de l’œuvre.

Hormis les questions qu’elle soulève, souvent avec humour, l’exposition ne néglige pas un aspect essentiel de la nourriture : le rapport direct à nos sens. Le goût est bien sûr sollicité, et de nombreux évènements sont organisés au cours desquels on pourra tester les plats à base de manioc de Manioc Usine de Cozinha Radicante et Roberto Cabot par exemple, ou encore la glace au parfum de nuances de peinture de Davide Balula. L’odorat est saisi par l’odeur de la macaronade diffusée seule en attendant la performance prochaine de Dorian Bauer, qui cuisinera en direct dans son restaurant de Taïwan, ou par les sérigraphies odorantes d’Esben Holmboe Bang qui associent odeur et couleur.

Avec son installation immersive, le chef Jordan Kahn retranscrit ici le concept de ses restaurants : nous transporter dans un univers inconnu tant par l’ambiance générale que par les plats proposés. On s’allonge sur des tapis de sol posés sur des morceaux d’écorce et on se laisse dériver en regardant une vidéo projetée au plafond accompagnée d’une musique électronique et d’une odeur d’humus, nous transposant pour un instant dans les forêts de séquoias de Californie.

Cookbook 19 est un foisonnement d’idées et d’œuvres qui dialoguent entre elles en transcendant les disciplines et les manières de présenter et représenter. Le seul bémol serait le manque d’explications des œuvres. Car si la cuisine, comme l’art, est aujourd’hui un processus long et complexe de réflexion et de préparation dont l’œuvre ou le plat n’est qu’une étape, on nous prive ici de ce qui a mené à l’œuvre que l’on regarde. Heureusement, des médiateurs aideront à saisir l’ampleur des œuvres présentées.

Fin juin ouvrira le Musée des Collections, troisième lieu avec la Panacée et l’Ecole des Beaux-Arts qui constitueront le MO.CO, Montpellier contemporain. En attendant cette inauguration qui sera accompagnée de l’exposition estivale 100 artistes dans la ville – ZAT 2019, allez découvrir à la Panacée ce que vous pourriez retrouver demain dans vos assiettes.

Cookbook .19
Du 09 février au 12 mai 2019
La Panacée – Montpellier

Visuels : affiche de l’exposition / Jordan KAHN, Rêverie, 2019 – Video – son, video, tapis – Music : Jonsí and Alex – Installation – Restaurants Vespertine et Destroyer, Los Angeles, USA © Olivier Cablat / Mélanie VILLEMOT, Sunset, 2016 – Présentoir plexiglas, 36 verres à cocktail, Courtesy de l’artiste © Olivier Cablat / Elise CARRON, Pâté Confiance, 2019 – Boîtes de conserves, flyers, bannière – Installation – Co-production EPCC.MOCO – Courtesy de l’artiste © Olivier Cablat

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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