Cinema
Berlinale, jour 6 : beauté russe avec Guerman et la déception Wenders

Berlinale, jour 6 : beauté russe avec Guerman et la déception Wenders

10 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Nouvelle journée éclectique sur la Potsdamer Platz, la Berlinale n’offrait que deux films en compétition aujourd’hui et pas d’avant-première tonitruante. Nous en avons donc profité pour faire un petit retour aux sources et à la collection Picasso de Monsieur Berggruen dans un des fleurons des musées de la capitale.

Jolie surprise en matinée avec Sous les nuages électriques (Under the electric clouds) de Alexeu German Jr. La fresque futuriste à la fois poétique et désenchantée de réalisateur Russe nous projetait en 2017 en 7 épisodes à la fois très symboliques et légers. Un film qui divise mais a séduit la rédaction de Toute La Culture (voir notre article).

Arrivées bien en avance à la salle 7 du cinemaxx et armées de lunettes 3D, nous craignions le pire d’un réalisateur que nous adorons et que la Berlinale célèbre cette année… Et le pire est arrivé : Après nous avoir prouvé que oui la 3D ça pouvait être plus qu’un bidule technique pour nerfs en mal d’imagination avec Pina, Wenders empire son film présenté hors compétition Everything will be fine par ce procédé. Le film est un Drame nordique vide, où un écrivain raté (encore James Franco, franchement étonnamment meilleur que d’habitude)  hésitant à quitter sa petite amie (Rachel McAdams qui fait ce qu’elle peut pour remplir ce rôle inutile) écrase un petit garçon. Sa rencontre avec la mère du petit (Charlotte Gainsbourg qui n’arrive pas à être juste, ce qui est terrible à dire quand elle nous a bouleversés dans ce même rôle dans Antichrist de Lars von Trier). Tout comme les images 3D qui permettent de voir le mug de Franco en relief (!!), les dialogues et la musique l’Alexandre Delplat (vantée en conférence de presse) tendent de donner de l’intensité là où rien n’est touchant ou vraisemblable. Tous ces « trucs » ne font que pointer vers le vide d’un sujet peu urgent et traité en bon élève impersonnel par le grand Wenders. (Voir notre article)

A la très attendue conférence de presse où Franco, même chemise à carreaux qu’à ces trois autres apparitions et Gainsbourg en col roulé-marinière, étaient un peu éteint, l’élégant Wenders nous a parlé de la douleur comme si c’était désormais un problème théorique très loin de lui. Et la petite star montante et vivante de ce moment de dialogue était la québécoise Marie-Josée Croze, « it » girl du moment et girlfriend finale du personnage principal du film. Il est vrai qu’elle vibre au son de son métier comme nous l’avions vécu en l’interviewant à Dinard pour son rôle dans le magnifique Calvary.

Et comme on avait quartier libre question compétition et grands films événements, on a fait une pause en fin d’après-midi pour se risquer à l’Ouest du côté de Charlottenburg et revoir un des grands classiques de la ville : la collection Berggruen, qui avec ses Braques et surtout ses Picasso est d’une richesse et d’une beauté foudroyante. Les Klee en moins, c’est presque (pas tout à fait)ce que  le regretté collectionneur allemand voulait rivaliser avec notre musée Picasso du 3ème arrondissement… Vaut le détour comme dirait le guide vert.

Demain la compétition nous emmènera du côté de la Roumanie et la Chine, on attend avec un peu d’appréhension le Peter Greenaway sur Eisenstein. Et en bonnes midinettes, on se prépare activement à la pré-projection de la Berlinale (eh oui en presse on le voit dès 17h si on entre mais vous à Paris, c’est dès 11h!) de … 50 shades of Grey!!! Attention à vos menottes (et autre fouets).

visuels : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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