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Berlin, jour 4 : Kreuzweg le premier bijou de la compétition et nymphomaniac intégral

Berlin, jour 4 : Kreuzweg le premier bijou de la compétition et nymphomaniac intégral

10 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Encore une magnifique journée sur Berlin. La journée a commencé un peu moins tôt que d’habitude (9h) par une sorte d’ersatz bien choisi de messe dominicale. Kreuzweg (Chemin de croix) de Dietrich Brüggemann suit la dernière semaine de la vie d’une adolescente de 14 ans engluée dans un milieu catholique intégriste et dans la culpabilité que sa mère et son confesseur lui procurent. Un drame social qui utilise des canons picturaux classiques : celui des 14 stations de la croix, pour dénoncer l’obscurantisme et le caractère destructeur du fondamentalisme. Heureusement le propos repose toujours sur ce qui arrive à la jeune héroïne, interprétée par une Lea van Acken remarquable, et qui suit intelligemment la passion du Christ. Mais sans résurrection. A la fois dur et formidable.

 


Pour lire notre critique de Kreuzweg, cliquez.

Une bouffée d’oxygène, un rayon de soleil et il était temps de quitter la religion pour le sexe. A la fois clinique et supérieurement drôle, celui du Nymphomaniac de Lars von Trier a séduit la presse de la Berlinale. Certains avaient vu la sortie expurgée dans leurs pays respectifs, d’autres s’étaient réservés pour ce premier volet non coupé (30 min de plus que la version actuellement en salles en France) et tous ont communié dans le conte moral cruel et l’étude quasi-clinique que Lars Von Trier propose de la nymphomane chronique. Même en l’absence du réalisateur et de Charlotte Gainsbourg, la conférence de presse de Nymphomaniac a créé un raz-de marée, avec 4 stars pour une fois très habillées (et bijoutées ) : Uma Thurman, Christian Slater, Shia Laboeuf (un peu arrogant à l’oral) et la nouvelle Kirsten Stewart : Stacy Martin. En l’absence des provocations du cinéaste danois, les questions des journalistes se sont vites taries, mais le soufre et les paillettes d’un film qui est tout, sauf érotique, a marqué le pic glamour de la journée berlinoise.

Pour lire notre critique de Nymphomaniac, part 1, version longue, cliquez.

Laissant un membre de l’équipe braver la foules des maniaques des nymphes, nous nous sommes faufilés voir un documentaire sélectionné dans la section « Forum » du festival. La projection avait lieu dans un petit bunker nouveau pour nous, au cœur du marché du film. Sobrement intitulé Iranien ce film bien cadré et qui a fait rire l’audience mettait en scène le réalisateur, Mehran Tamadon présenté comme une figure « laïque » en débat avec 4 chiites pratiquants. Où s’arrête la nudité si l’on accepte que les femmes se présentent aux hommes non voilées, et tentative de définition de l’espace privé et public occupent les 3/4 du film sous forme de conversation bonhomme sur le tapis du salon du réalisateur. Dommage que les pieux mollahs ne sachent pas avancer des arguments un peu plus pointus que le fait que les hommes s’excitent trop facilement pour qu’on puisse renoncer au contrôle social qui consiste à cacher les femmes? Un film sympathique pour son joli cadrage, sa photo lumineuse et l’idée de conversation tolérante à bâtons rompus (ou toutes voiles dehors?).

A 16h, le temps de manger une glace au soleil (eh oui!) on reprenait notre pass du festival pour entrer au Cinémaxx voir un autre film de la compétition, la prometteuse « Histoire de la peur » (Historia del miedo) du non moins prometteur réalisateur argentin Benjamin Neishtat. Malgré une photo et cadrage magnifiques, le film a joué le rôle désormais convenu du « Film latino dont on ne comprend pas l’histoire mais qui est trop trop beau ». Dernièrement, à Cannes, Post tenebras Lux de Carlos Reygadas, nous avait un peu fait le même effet. Sauf qu’ici le film tente de suggérer la peur derrière le charme discret de la bourgeoisie à grands renforts de coupures d’électricité, de pétards mouillés et de grimaces qui se suivent à tort et à travers. Reste à savoir si le film avait vraiment la prétention d’isoler ce sentiment profond et de nous le faire ressentir… En tous les cas, prétentieux ou pas c’est assez raté.

Et malheureusement la journée s’est terminée par un vrai mauvais film. Ayant pris nos places pour voir dans le grand Friedrichspalast The turning, une série de 18 courts-métrages australiens inspirés par le recueil de nouvelles à succès du même noms de Tim Winton . Tournées entre autres par Cate Blanchet, Mia Wasikowska, David Wenham, ou Yaron Lifschitz (les deux premières étaient absentes ainsi que Rose Byrne, tandis que Wenham et Lifschitz sur notre photo, ont été acclamés) et joués parfois par les mêmes, ces petits films souvent très silencieux n’ont pas su nous garder jusque tard dans la nuit. Franchement, même un melting-pot de créations de fin d’école a plus de cohésion, de vraisemblance et de sérieux que les 3 clips que nous avons vus : sans scénario, mal joués et massacrés par une musique de salon de massage, ils nous ont fait rire d’incongruité.

Demain, après une bonne nuit réparatrice pour les yeux, nous nous élancerons vers le film en compétition de Lou Ye qui se passe justement dans un salon de massage et que nous attendons avec enthousiasme et impatience.

[Critique] « Nymph()maniac » vol. 1 de Lars von Trier, version non censurée à Berlin
[Berlin, Compétition] : « Histoire de la peur » de Benjamin Naishtat
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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