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« Une nuit en Antarctique » de Flo Lemonnier : retour vers la lumière

« Une nuit en Antarctique » de Flo Lemonnier : retour vers la lumière

27 juillet 2021 | PAR Simon Théodore

Disponible depuis dimanche, Une nuit en Antarctique est le premier court-métrage de Flo Lemonnier. Musicien, vidéaste et climatologue, il s’intéresse au quotidien de l’équipage habitant la base scientifique Concordia au pôle Sud. Nature hostile et magnifique, nuit polaire et glaciale, lumière et chaleur humaine caractérisent cette immersion dans un univers mal connu.

Les arpèges sont graves et sombres. L’image aveugle par la noirceur de la nuit polaire et les quelques lampes portées par les membres de l’équipage. L’atmosphère est glaciale. « J’allais vous parler d’histoires passionnantes » prévient pourtant l’un des scientifiques en ouverture du film. Les souvenirs sont si nombreux qu’il est difficile d’en choisir un avoue un autre quelques secondes après. Pour son premier court-métrage documentaire, Flo Lemonnier nous invite à suivre un quotidien confiné et isolé bien particulier : celui d’un équipage occupant la base Concordia au pôle Sud, située à 3 200 mètres d’altitude. Pendant dix minutes, entrecoupé de témoignages, ce documentaire nous fait vivre, en immersion, le séjour d’une dizaine de scientifiques en mission, isolés du monde, perdu dans un territoire hostile, sans faune ni flore, ni point de repère.

À l’initiative de ce film, Flo Lemonnier est un jeune réalisateur, musicien et climatologue français. Pour réaliser Une nuit en Antarctique, après avoir obtenu les autorisations de l’Institut Paul Émile Victor, du Programma Nazionale di Ricerche in Antartide et de l’ESA (Agence Spatiale Européenne), il est entré en contact avec Elisa Calmon, la cheffe cuisinière de la station. Pendant trois mois, à la suite de nombreux échanges de mails, c’est elle qui tourna les images et récupéra les témoignages de ses collègues. Il en ressort alors un film dans lequel l’humain est au centre. « Je vois ce film comme ma première réalisation documentaire, mais aussi comme un hommage et un souvenir de leur mission » explique ainsi le jeune réalisateur.

« Qu’est-ce que les humains font ici ? »

Pendant ce long hiver, « la température des côtes est d’environ -20°C, et plus on s’enfonce, plus ça baisse pour atteindre -60 à -80°C en moyenne ! Les bateaux ne peuvent pas s’approcher des côtes, les avions sont également impossibles et pendant un à trois mois en fonction de sa latitude, il y a une nuit polaire où le soleil ne dépasse jamais l’horizon » évoque le scientifique au sujet de l’hostilité de l’environnement. « Qu’est-ce que les humains font ici ? » commente d’ailleurs, non sans humour, l’un des interviewés… On imagine alors aisément la dureté de ce confinement imposé par la nature mais choisi par ces scientifiques. Comme si le jeu sur les contrastes était au cœur de ce court-métrage, la nature apparaît comme hostile mais est racontée comme magnifique, attirante, voire mystique. Elle fascine également Flo Lemonnier et prend une place importante dans sa vie d’artiste. « Ces dernières années, je me suis vraiment recentré par rapport à la nature qui nous entoure. J’ai beaucoup voyagé, et j’ai vu une grande diversité d’écosystème. Leur point commun, peu importe le continent, c’est leur fragilité. Je pense que l’ensemble de mes choix artistiques et professionnels sont conditionnés par mon implication très forte vis-à-vis du climat de notre planète » répond-il lorsqu’on l’interroge sur son rapport à celle-ci.

« Apporter une touche d’optimisme »

Alors que la nuit polaire fascine l’équipage, celle-ci est rarement filmée et le froid laisse place à la lumière et la chaleur humaine de Concordia. Des scènes de vaisselles aux parties de cartes, ces confinés s’inventent et se créent un quotidien durant neuf mois. « Ce qui me plaisait dans l’isolement et le confinement, c’était toute la positivité qui ressortait du discours des hivernants de Concordia. Au moment où Élisa tournait les images sur place, on ressortait d’un premier confinement, et on s’approchait d’un second. C’était important d’apporter une touche d’optimisme à une situation pareille » avoue le réalisateur. Le projet s’avère alors ô combien actuel. L’objectif est réussi et soutenu par la musique de Far Away dont Flo Lemonnier fait également partie. Parfois hypnotique et emprunte d’une forme de luminosité, elle ajoute une touche de poésie et d’espoir (on pense notamment à la dernière partie du film) et boucle un nouveau cycle, tant pour l’équipage que pour l’artiste. « J’ai composé la musique de ce documentaire après l’avoir monté. Je visualisais les images, je réfléchissais aux discours des hivernants, à ce que je souhaitais transmettre comme émotion » précise-t-il à propos du paysage sonore du film.

Une nuit en Antarctique apparaît donc comme un court-métrage personnel, original et poétique. Il permet de découvrir, en immersion, un monde mal connu et, dans le contexte que l’on connait, d’appréhender différemment notre rapport à la nature et au confinement. Disponible depuis dimanche, le film a été sélectionné au Cannes Short Film Festival et est à découvrir ci-dessous.


Visuels : Capture du film / Flo Lemonnier.

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