Musique
Brigitte Dechin, sa Directrice Artistique nous parle du Dinard Opening Festival

Brigitte Dechin, sa Directrice Artistique nous parle du Dinard Opening Festival

27 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

Un nouveau festival s’ouvre en cette année si particulière. Né de la ferme conviction de l’adjoint à la culture du Dinard, Vincent Rémy et avec pour directrice artistique une femme impliquée dans la culture locale, Brigitte Dechin- qui répond à nos questions- le Dinard Opening Festival passe derrière le mur des genres du 7 au 15 août. 

Comment est venue l’idée de Dinard Opening Festival au cœur du mois d’août ? Est-ce arrivé tout de suite après le Brexit? En quoi cela renforce-t-il les liens de la ville avec l’UK ?

Le projet est antérieur au Brexit ! Adjoint à la culture dans la nouvelle équipe municipale élue durant l’été 2020, Vincent Remy avait annoncé durant la longue campagne électorale, vouloir renforcer l’identité britannique de la ville, que traduit l’architecture de la ville et l’existence, depuis 30 ans, du Festival du film britannique. Il partait du constat qu’une grande liberté règne au Royaume-Uni en matière musicale, que les Britanniques n’ont jamais cloisonné les genres musicaux, jamais séparé musique populaire et musique savante. Cela n’a jamais dérangé personne que le London symphony orchestra enregistre les Beatles ou qu’une rock star comme Sting interprète John Dowland, compositeur baroque de la fin du XVIe siècle…

Le choix des artistes est éclectique, pouvez-vous nous parler du mélange des genres et des influences ?

Il est effectivement rare, voire presqu’unique, qu’un même festival propose des œuvres relevant d’esthétiques musicales diverses. En France, les cloisons restent étanches, les publics différenciés, les artistes se sont spécialisés dans un répertoire. Pour autant, Dinard Opening est parfaitement cohérent avec sa ligne éditoriale qui propose une exploration de la musique d’Outre-Manche, et entend sensibiliser tous les publics à différentes esthétiques. La cohérence, c’est aussi et surtout la qualité tant des programmes que des interprètes.
Prenons l’exemple de la musique dite « classique », dont le public semble connaître une inexorable érosion au point de mettre en péril les jeunes acteurs de ce spectacle vivant. Trop souvent qualifiée d’«élitiste», cette musique continue pourtant de nourrir la culture populaire – pensons à toutes les reprises inspirées du classique effectuées par le jazz, la chanson, le rock, le rap… Le déclin n’est pas inéluctable : les programmations d’un grand éclectisme de la Philharmonie de Paris ou des « Proms » à Londres, ou encore de l’Orchestre national de Bretagne, constituent des exemples à suivre. Le « décloisonnement » des publics ne se fera pas du jour au lendemain. Et nous ne pourrons pas en une seule édition convaincre les uns ou les autres que tout est bon à entendre. Mais cela viendra ! Les éditions suivantes viendront enrichir le tableau ébauché.

Quel est l’ancrage du festival dans la musique celte et la Bretagne ?

Peut-on parler d’un ancrage de Dinard dans une tradition celtique ? Sans doute pas, si l’on considère que l’histoire de Dinard ne commence vraiment qu’avec l’installation d’une importante colonie anglaise à Dinard. Mais n’oublions pas que Dinard, et surtout son berceau, Saint-Enogat, se situe en Bretagne, en pays gallo, où la culture celtique reste encore aujourd’hui très présente. Des groupes de musique celtique fleurissent partout. Et la scène bretonne s’inspire en permanence de ses voisins, irlandais gallois, écossais, en multipliant les échanges musicaux. Les influences sont réciproques. L’inter-celtisme est une réalité. Cela se verra particulièrement cette année à Dinard, puisque pour cause de Brexit mais surtout de pandémie, l’accès aux groupes d’outre-manche est presqu’impossible et que nous avons invité des groupes mixtes, comme Calum Stewart, joueur écossais de cornemuse irlandaise, entouré de musiciens bretons, et qui joue un répertoire des Highlands !

Il y a aussi beaucoup de jeunes talents, pouvez-vous en parler?

Beaucoup de jeunes talents certes, mais des interprètes déjà reconnus, déjà engagés dans la vie professionnelle. Ils évoluent au sein d’orchestres prestigieux ou se sont réunis en quatuor ou en quintette (Quatuor Emeraude, Ensemble Viano, Local brass band…). D’autres encore aux formations tout aussi sérieuses, séduits lors d’un séjour outre-Manche par les sonorités et les rythmes qu’ils y ont entendus, ont choisi d’autres voies (Toss’n turn, Onde Modern celtic…). La polyvalence dans la formation des jeunes musiciens du classique est encouragée aujourd’hui, et nombre d’entre eux sont aptes à passer de l’exécution la plus respectueuse du répertoire baroque par exemple, à la capacité d’improviser dans une tout autre esthétique. On le verra notamment lors des concerts donnés en ville, dans les rues, les cafés, les jardins, durant tout le temps du festival. Si Dinard Opening n’a pas pour vocation de promouvoir et de faire émerger ces jeunes interprètes, il n’en demeure pas moins, que ces musiciens très jeunes donnent un vent de fraîcheur à l’ensemble de la programmation. Une programmation qui, je le rappelle, inclut aussi la chanson, avec la chanteuse franco-britannique Emilie Loizeau, et Jane Birkin.

Comment avez-vous abordé Jane Birkin pour être la marraine ?

Jane Birkin est la plus française des chanteuses britanniques ou la plus britannique des chanteuses françaises, allez savoir ! Aujourd’hui, Jane Birkin passe une grande partie de sa vie dans le Finistère. Les liens qu’elle entretient avec Dinard remonte à 1999, année où elle est la présidente du jury du festival du film britannique. Elle y revient en 2012 à l’occasion de la sortie du livre Dinard, Essai d’autobiographie immobilière de Jean Rolin que sa fille, Kate Barry avait co-signé aux éditions de la Table Ronde. Jane Birkin n’a jamais oublié que Serge Gainsbourg, a passé, enfant, tout l’été 1939 à Dinard. Le père de Serge, Joseph, avait été embauché comme pianiste au Balneum, casino municipal de l’époque,. « Il était joueur, mais il choisissait des endroits agréables pour ses enfants », dit Jane. Et là, pour Opening, elle revient avec son dernier album « Oh, pardon, tu dormais… » un projet musical conçu et écrit avec Etienne Daho, lui aussi familier de la Côte d’Emeraude. Bref, la venue de Jane Birkin s’imposait, nous lui avons demandé d’être marraine, et elle a accepté !
visuel : affiche

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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