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L’étreinte du serpent, Ciro Guerra dans les archives de Theodor Koch-Grünberg

L’étreinte du serpent, Ciro Guerra dans les archives de Theodor Koch-Grünberg

14 décembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, et sélectionné comme entrée colombienne pour l’Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère. l’Étreinte du Serpent est une contemplation au message écologique et historique dont la qualité photographique est indéniable.

[rating=4]

Pour Alicia Ferreira Gonçalves et Lea Carvalho Rodrigues qui publiaient en 2007 un article « Ethnographie, anthropologie et contemporanéité » dans le Journal des anthropologues les travaux de Theodor Koch-Grünberg « ont également été au fondement des études réalisées par les intellectuels qui ont ainsi réfléchi sur la société nationale à partir de la thématique indigène. » Les travaux de Koch-Grünberg sont peu connus en dehors de la société scientifique. L’homme qui a laissé sa vie le long du fleuve Amazone en 1924 a pourtant permis de comprendre les apports incroyables de la forêt si on veut bien l’écouter.
Ecouter et voir la forêt en passant par le fleuve, c’est ce que Ciro Guerra propose dans L’étreinte du serpent en offrant deux heures en noir et blanc entre documentaire et fiction, entre polar et contemplation.

Nous partons à bord d’un petit bateau par deux fois en voyage. Nous rencontrons  Karamakate, un chaman amazonien, qui à sa connaissance est le dernier survivant de son peuple. A 40 ans d’écart, il embarquera deux chercheurs, Theodor Koch-Grünberg en 1924  et le biologiste américain Richard Evans Schultes dans les années 60. Tous deux cherchent une plante, le Yakruna, dont les vertus permettent d’accéder au rêve.

Le rêve dans cette forêt dense, semble être la seule issue de secours possible pour pouvoir retrouver sa route. Le réalisateur capture un monde en train de basculer par deux fois. Prise dans la conversion des colons puis dans les trafics de caoutchouc et de cocaïne, la forêt meurt. La caméra de Ciro Guerra impose des plans larges dans cette nature hostile rendant l’homme encore plus petit qu’il n’est. Le film vaut par ses images superbes qui saisissent par leur liberté. Ici nous sommes des analphabètes face à un langage inconnu que même le brillant chaman a oublié. Les films sur l’Amazonie sont rares, et l’Étreinte du Serpent s’avère être la première fiction à être tournée dans la jungle du Vaupès depuis 30 ans.  L’Étreinte est un drôle de film, assez inclassable car, Ciro Guerra est devenu lui même une sorte d’ethnologue en devant dialoguer avec les communautés et les faisant jouer leur propre rôle.

Au final, les images restent, sublimes, mais aussi les jeux de Jan Bijvoet (Theo), Brionne Davis (Evan), Nilbio Torres (Karamakate (jeune)),Antonio Bolivar (Karamakate (vieux)  qui tous semblent se fondre dans la luxuriance de ce paysage qui n’est plus.

L’Étreinte du Serpent, Ciro Guerra, Durée : 2h05, 23 décembre 2015. Diaphana.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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