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« La Favorite » de Yorgos Lanthimos, piquant là où il faut

« La Favorite » de Yorgos Lanthimos, piquant là où il faut

05 février 2019 | PAR Lou Baudillon

Le dernier film du réalisateur Yorgos Lanthimos, avec Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone dans les rôles principaux, se révèle être une fable théâtrale délicieusement excentrique. En salles le 6 février.  

 

Angleterre, XVIIIe siècle, Abigail Hill (Jouée par Emma Stone) est une jeune femme naïve venue chercher auprès de sa cousine lointaine une place au sein de la cour royale de Anne Stuart. Au lieu de cela, elle se retrouve servante et livrée à elle même pour reprendre son destin en main. On se retrouve alors propulsé dans une satire politique et sociale où les intrigues se mêlent et s’alimentent pour dépeindre un monde aristocrate où tout n’est que fourberie nourrissant les intérêts personnels, mais où finalement chacun est ramené à sa condition servile. 

Les personnages font tout pour placer leurs pions autour de la reine. C’est à celui qui usera des meilleurs stratagèmes pour arriver à ses fins et apprivoiser celle-ci, qu’on dirait tout droit sortie d’Alice aux pays des merveilles. Un triangle de séduction s’engage ainsi entre elle, l’héroïne et la favorite première (jouée par Rachel Weisz), fidèle amie et maîtresse de la reine. Un ménage à trois sensuel pour gagner la place la plus influente. Au centre, une monarque remarquablement interprétée par Olivia Colman, enfant gâtée colérique et dépendante qui gémit et jalouse, qui dégoûte autant qu’elle émeut, qui passe du grotesque à la plus délicate sensiblerie en quelques instants. Tour à tour, les dés sont jetés, les coups donnés et les rancœurs s’accumulent jusqu’à ce que tout ne soit plus que cupidité et cruauté.

A grands coups de procédés filmiques basés sur des plans séquences, des travellings dans tous les sens et des focales en fish-eye, les scènes décalées s’enchaînent à un rythme toujours soutenu. Ainsi se brosse un portrait acerbe, absurde et résolument drôle d’une royauté instable et d’une futilité irrésistible, sur fond de musique baroque et d’envolées d’orge. Ça crie, ça joue, ça se frappe, ça tombe à la renverse, ça se roule sur le sol, sans jamais frôler la caricature ou le pathétique. C’est toujours vif, piquant là où il faut, avec une théâtralité assumée délicieusement excentrique aux couleurs saisissantes, violentes de beauté. 

 

Visuel : affiche officielle 

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Lou Baudillon

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