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Les dessins du musée Pouchkine mis à l’honneur par la fondation Custodia

Les dessins du musée Pouchkine mis à l’honneur par la fondation Custodia

05 février 2019 | PAR Bénédicte Gattère

Le week-end d’ouverture de l’exposition « Le Musée Pouchkine. Cinq cents ans de dessins de maîtres » augure déjà de son succès. Nombreux ont été les visiteurs à venir dès les premiers jours à la Fondation Custodia pour découvrir cette collection d’arts graphiques unique.

Après la très belle exposition sur les estampes japonaises du XXème siècle, la Fondation Custodia — Collection Frits Lugt, centrée sur les arts graphiques, présente au public français plus de deux cents des plus belles pièces du musée Pouchkine, le musée des Beaux-arts de Moscou. Le soin apporté aux parcours d’expositions est l’une des marques de fabrique de la fondation, pour ne pas dire sa signature. Les explications qui les rythment sont à la fois claires et concises ; elles fournissent les repères historiques nécessaires sans entraver le plaisir de contempler les œuvres. Encore une fois, le spectateur a pu admirer les cadres des sanguines, dessins à la plume ou autres aquarelles : des choix d’encadrement particulièrement heureux, comme pour la dernière exposition qui s’est tenue à l’hôtel Turgot.

L’exposition actuelle est remarquable sur plusieurs points. Tout d’abord, l’ensemble de pièces se veut le plus représentatif possible de la collection du musée moscovite qui ne compte pas moins de 27 000 dessins ! La période couverte va donc de la Renaissance aux avant-gardes du XXème siècle. Le spectateur est accueilli au premier étage par les encres de grands maîtres italiens tels Guido Reni, Taddeo Zuccaro ou encore Véronèse. Il peut également voir des esquisses de Parmigianino, particulièrement belles, comme sa Vierge à l’Enfant dans les nuées. (v.1526-1527). Il pourra cependant leur préférer les Flamands, maîtres dans l’art du détail. En effet, leurs portraits sont d’une précision extraordinaire, quasi photographique. Le Portrait d’une dame en Diane de Cornelis II Visscher (v.1659) ne laisse par exemple pas indifférent, devant tant de naturel et en même temps de sophistication. Quelques encres de Rembrandt des années 1650 sont visibles à cet étage. Elles frappent par la liberté de geste du peintre, jouant plutôt sur les ombres et les dégradés de ses encres et lavis bruns. Les paysages de l’école flamande se distinguent par ailleurs par la paix et la beauté qui s’en dégagent comme l’aquarelle délicatement colorée d’Allaert van Everdingen intitulée Rochers au bord de l’eau (années 1640). Leurs scènes paysannes, particulièrement vivantes, l’une des particularités de cette école, sont ici bien représentées également.

Plus loin, le spectateur retrouve l’école française du XVIIIème siècle avec des pastels de Boucher et des sanguines de Watteau. Ces pièces témoignent de la quintessence de l’art de ces grands peintres. À un moment où les arts graphiques se font une place de choix, des artistes comme Moreau le Jeune apportent un soin particulier à leurs dessins à la plume. Ce ne sont plus seulement des esquisses ou croquis préalables à la réalisation d’un décor, d’une peinture ou d’une gravure mais bien des œuvres en soi, réalisées avec minutie. La Toilette avant le bal masqué, au contre-jour saisissant, de Jean-Michel Moreau en est un parfait exemple. Après les encres de Jean-Honoré Fragonard et d’Hubert Robert, le spectateur glisse doucement vers le XIXème siècle avec des œuvres de Jacques-Louis David. Aucune des pièces présentées ne fait défaut en terme de qualité, et c’est là aussi un des points forts de cette exposition. 

Pour le XIXème siècle, le spectateur est conquis par la finesse d’exécution des sépias de Caspar David Friedrich ou encore par la magnifique odalisque de Karl Brioullov, datée du 2 novembre 1839. Car cette présentation permet aussi de belles découvertes comme celle de ce peintre russe orientaliste, ici montré aux côtés d’un pastel rare de Delacroix. La dernière salle du premier étage permet encore d’admirer les femmes représentées par Van Gogh, Degas ou Steinlen. Parmi eux, le fusain de Paul-César Helleu, Une femme accoudée à une rampe (années 1890) ainsi que la Jeune femme au manchon de Renoir (v.1883) retiennent l’attention.

Au sous-sol, le visiteur entre de plein-pied dans la modernité. En effet, le musée Pouchkine peut s’enorgueillir d’une collection de dessins du XXème siècle extrêmement riche. Sa particularité réside  dans le panorama des avant-gardes russes post-révolution de 1917 qu’il offre. Ainsi le spectateur peut-il appréhender par l’angle des arts graphiques ce moment de renouveau artistique et d’expérimentations. Il peut observer les esquisses colorées de l’audacieuse Zinaïda Serebriakova, les pastels de Natalia Gontcharova ou encore la Baba-Yaga et les femmes-oiseaux ( 1902) d’Ivan Bilibine, célèbre pour ses illustrations de contes traditionnels russes.  Cependant le musée russe a été attentif aux autres avant-gardes tout au long de ses acquisitions. Les cubistes sont effectivement bien représentés : les noms de Juan Gris, Albert Marquet et bien sûr Pablo Picasso figurent sur la liste. De ce dernier, la deuxième étude pour l’Amitié (1907-1908) fait partie des plus belles pièces présentées. Le spectateur retrouve également l’esquisse de la célèbre composition de La Danse, l’une des gloires du musée Pouchkine. De grands formats à la plume et encre noire du peintre ornent également les cimaises de la fondation, pour le plus grand plaisir du spectateur. L’art du trait est alors à son apogée,, dans la simplicité du geste de Matisse, libéré des codes esthétiques classiques.

 

Informations pratiques :

du 2 février au 12 mai 2019

tous les jours sauf le lundi, de 12h à 18h

à la Fondation Custodia

121, rue de Lille

75007 Paris

Visuel : © Succession H. Matisse

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Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

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