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“Garçon chiffon” : Nicolas Maury passe brillamment derrière la caméra

“Garçon chiffon” : Nicolas Maury passe brillamment derrière la caméra

27 October 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Tête connue et adorée de la série Dix pour cent, Nicolas Maury est passé derrière la caméra pour réaliser son premier long métrage, Garçon chiffon. Estampillé Sélection Officielle Cannes 2020, le film est une comédie à la fois burlesque et mélancolique. Il y joue aussi le rôle principal, aux côtés de Nathalie Baye, dans un duo sublime. 

Un duo mère-fils saisissant

« Pour ces cons là, tu es trop », tente de lui expliquer son agent. Jérémie est un jeune homme incompris. Il a du mal à gérer sa jalousie maladive et ses contradictions. Certes, il a parfois un air d’idiot heureux et c’est vrai qu’on voit bien qu’il est chiffon, tracassé par bien des choses. Mais il aime aussi la rigidité de l’honnêteté et la douceur de la rêverie. Jérémie est un personnage singulier, à la fois drôle, gênant et incroyablement attendrissant. Finalement, être acteur, cela lui va comme un gant. Mais il peine à trouver des rôles, le film commence d’ailleurs par là : c’est Ramzy qui a finalement été choisi le remplacer, quelle ironie…

Mais ça veut dire quoi « être trop » ? Et puis « trop » quoi ? Pas étonnant que Jérémie se sente mal dans sa peau. Malgré une volonté certaine de prendre en main son existence, il s’accroche pour ne pas trop grandir et retourne chez sa mère pour trouver du réconfort. On le comprend, la douceur de Nathalie Baye, celle qui l’appelle « mon chiffon », éclaire le film et réchauffe les cœurs. Presque trop abimé par la vie pour encore lui faire confiance, il retrouve la paix dans ses bras, et on contemple, attendris, la désolation de notre héros. Ce héros-là qui nous rassure, dont les nerfs lâchent soudainement et qu’un rien peut le rendre incroyablement heureux, comme nous.

Un film d’apprentissage

Jérémie est marqué au fer rouge par la difficile relation de sa mère avec son père, sans même qu’il le sache. Nicolas Maury a voulu montrer qu’on hérite aussi de nos parents toutes ces choses qui ne sont pas dites mais qui imprègnent notre ADN et nous donne une histoire avant même d’avoir vécu. Nicolas Maury commence à écrire ce film à l’été 2012, réfléchissant à incarner des personnalités complexe, tentant de les comprendre au travers de ceux qui les entourent.

Garçon chiffon est donc indéniablement un film d’apprentissage, pour son réalisateur comme pour son personnage. Après une première partie difficile, entre blessures et dépression, Jérémie arrive à y voir plus clair et à reconnecter avec le réel. Nicolas Maury l’avoue, il a souhaité charger son personnage jusqu’à l’insoutenable pour qu’on ait envie, avec lui, de se dire qu’une vie déchirée peut aussi être réparable. Comme par catharsis, Jérémie se remet à jouer, aspiré par le théâtre et l’amour, comme une ouverture, un relâchement qui l’aide à reprendre pieds.

Oui, Jérémie est « trop » et c’est ce qui fait son charme et toute la beauté du film, un personnage filmé de tout son être, comme un paysage, et que l’on ne voit pas si souvent. Le duo avec Nathalie Baye est saisissant, offrant à l’image comme au récit toute leur énergie émotionnelle. On aime aussi le léger burlesque qui imprègne le film, également drôle et réussi dans son décalage, comme cette tirade impayable livrée par Laure Calamy, qui incarne une amie réalisatrice de Jérémie, ou encore cette apparition fugace et osée (on ne vous en dit pas plus…) dont on se souviendra.

 

 

Garçon chiffon, de et avec Nicolas Maury, avec Nathalie Baye, Arnaud Valois, Théo Christine, Laure Calamy, France, 1h48. En salles le 28 octobre. 

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Alice Martinot-Lagarde

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