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Deauville, jour 1 : Du noir et blanc hypnotique de Bad City aux couleurs éclatantes de la Provence française.

Deauville, jour 1 : Du noir et blanc hypnotique de Bad City aux couleurs éclatantes de la Provence française.

09 septembre 2014 | PAR La Rédaction

Ce premier jour de compétition à Deauville fut une mosaïque acérée de contraste entre le blanc cru, le noir poisseux de ce premier film iranien sur le sang…vampirisé par la drogue et les liens familiaux ; en passant aux éclats artificiels, verts, rouges, la surexposition creuse d’une assiette française de carte postale,…jusqu’aux étoiles qui finiront par trinquer leurs halos.

La journée commença avec un tendre sourire, sans canines aiguisées, d’Ana Lily Amirpour pour dire que la séance était presque trop tôt pour parler de vampires, thème central de son film « A girl walks home alone at night »

Les acteurs principaux, l’hypnotique Sheila Vand et l’attachant Arash Marandi accompagnés donc de leur très prometteuse réalisatrice étaient présents dans la salle pour nous présenter cette première diffusion hors des EU.

Suite à cette projection de jus anthracite, notre déjeuner s’est conclu au Normandy mêlés aux membres du jury, tels que Jean-Pierre Jeunet, Claude Lelouch, Marie-Claude Pietragalla…dans une ambiance hilare et bruyante en présence d’un Laurent Gerrat très client des blagues de Vincent Lindon. C’est un festival américain en France.

De retour au pas de course au Centre International de Deauville pour la projection de 14h30, nous avons manqués de nous faire renverser par une Madame Doudtfire en trottinette, peu pressée de ranger son costume de comédienne pour la dernière fois .

Arrivés devant le tapis rouge, une foule interminable se dressait devant nous pour « A most wanted man » d’Anton Corbijn. Un film très attendu par les fans voulant rendre un dernier hommage à Philip Seymour Hoffman, et sûrement quelques fans de Depeche Mode qui ont toujours apprécié l’iconographie du réalisateur dans leurs clips.

« A most wanted man » est tiré d’un roman de John le Carré relatant les actions des services secrets allemands et américains contre les cellules terroristes dix ans après l’attentat du 11 septembre 2001. Anton Corbijn est resté fidèle au roman en insistant toutefois sur la banalité et le quotidien du métier d’agent secret. Un anti-James Bond dira-t-il plus tard. Lors de la conférence de presse il a longuement développé son travail sur le son à plusieurs niveaux, avec plusieurs prises simultanées pour épaissir l’atmosphère de chaque scène notamment pour le final du film. On reconnait ici la sensibilité de l’homme de clip qu’il fut. Le réalisateur aborde bien évidemment l’aspect politique de son long-métrage. Il nous décrit le monde post 09/11 avec une forte volonté de sortir de la polarisation d’un axe du Bien contre un axe du Mal comme l’avait prôné un ancien président américain. Son oeuvre est une exploration des nuances, chez un même homme, entre ce qui fait de lui un coupable et une victime.

Entre deux projections nous avons quand même pris le temps de sortir pour s’aérer au bord de l’eau. Avançant sur les planches, sous un ciel gris parsemé de tâches bleues, puis sur cette longue plage comment ne pas penser à Claude Lelouch, membre du jury cette année, et à une Ford Mustang…

Retour au CID pour la grande séance rituelle du premier samedi soir de Deauville où toutes les personnalités sont conviées. Nous avons partagé le tapis rouge avec l’équipe du film « Les Recettes du Bonheur » de Lasse Hallströme, avec notamment Helen Mirren, mais sont présents également Alexandra Lamy, Frederic Beigbeder, Michael hazanavicius, Béatrice Béjot, entre autres, ainsi que l’équipe du petit journal de canal représenté par Maxime qui avait comme pari de partager le tapis rouge avec Charlotte Le Bon.

Le choix cette année s’est donc porté sur une grosse production Dreamworks, Steven Spielberg et Oprah Winfrey comme exécutive producteurs, formater pour être un blockbuster mondial. Ces recettes du bonheur ressemblent plutôt à un marketing du bonheur.
Au cœur d’une province française fantasmée et pour tout dire plus que caricaturale, deux cuisines, deux restaurants, deux cultures vont s’affronter. La gastronomie française face à la gastronomie indienne. Les clichés y sont très copieux. En 2014, nous autres français, roulons en DS, passons nos appels avec téléphones à cadran circulaire, Edith Piaf et Aznavour en boucle à la radio, et où le guide Michelin est l’alpha et l’oméga de la création culinaire de notre pays, véritable académie des Oscars…Beaucoup de rires dans la salle à des moments qui n’étaient clairement pas souhaités par les auteurs du film, tellement le décalage est surprenant.
Néanmoins ce film nous semble imparable pour plaire au US, à l’Inde, et au monde entier, quant au succès en France ça reste à voir…dés mercredi. D’ailleurs si l’on fait abstraction de ces risibles incohérences, le ministère du tourisme pourrait le labelliser vu l’attraction-irrésistible-qu’il pourra susciter suite à ce conte de fée.
Le seul moment inattendu et critique du film est l’évocation de la montée du Front National par un épisode qui cible clairement un slogan de ce parti, l’inquiétude du réalisateur de la Liste de Schindler transparaît dans ces quelques maigres mais sensibles minutes.
Côté casting, les deux acteurs indiens (Om Puri et Manish Dayal) portent le film dans leur relation filiale, drôle et émouvante.

Enfin, pour finir l’après-minuit, ce fut les moments de la Villa Cartier, lieu incontournable à double titre. A la fois il est le seul vraiment festif de la nuit deauvilloise. Mais à la fois, il est unique dans les lunes festivalières françaises. Situé au milieu du quatuor, le Normandy, le CID, le Casino, le Royal, cette demeure en briques rouge, avec ses grandes portes ouvertes sur une terrasse, donnant sur un jardin berce de notes humides la nuitée océane. Trois open bars fort raffinés pour ces larges party poussent plus facilement à parler avec des membres du jury, et acteurs, actrices sans aucun ridicule carré vip, toute la retenue et la simplicité de cette ville y règne.
On y entre sans invitation, sans carton mais toujours avec panache.

JFA

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