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Rencontre avec Bobcat Goldthwait, réalisateur de God Bless America

Rencontre avec Bobcat Goldthwait, réalisateur de God Bless America

04 octobre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Plus connu pour son rôle dans la série Police Academy que pour son art de réalisateur, Bobcat Goldthwait est un réalisateur vraiment indépendant. qui propose ce 10 octobre un film très fou et assez brillant sur les débordements des mass medias débilitants dans son pays. « God Bless America » figurait dans le sélection du Festival Américain de Deauville et à cette occasion nous avons rencontré le réalisateur. A la villa Cartier, nous avons fait la tentative de passer derrière les boutades irrésistibles de ce grand clown triste pour comprendre les émotions qui ont motivé la création de cette comédie grinçante.

Pour lire notre critique du film, c’est ici.

D’où vous est venue l’idée de créer un personnage qui tire littéralement sur la méchanceté et la bêtise ?
En regardant une émission de téléréalité dont je parle dans le film « My super sweet Sixteen » où littéralement une gamine trépignait et faisait une scène parce que ses parents lui avaient offert une voiture pour ses 16 ans mais pas de la couleur qu’elle souhaitait… Et puis ma femme déteste les enfants, et je me suis dit que ça serait un chouette cadeau de Noël pour elle, ce film. Si j’avais été plus généreux et n’avais pas voulu économiser d’argent, je n’aurais pas fait le film et offert à ma femme un bijou…

Une partie du public rit très jaune et se retrouve très mal à l’aise devant votre comédie. Créer le malaise avec humour, cela vous plaît ?
Et bien que certaines personnes soient gênées en regardant mon film, ça me va. J’aime les comédies qui vous mettent dans l’inconfort. D’ailleurs je suis surpris quand je fais quelque chose et que ca marche même pour un seul autre que moi. L’image joue aussi, je crois, le contraste entre une image hyper-brillante et le caractère sombre du film. J’aime bien ça, c’est comme choisir une musique entrainante pour illustrer une tragique…

Pensez-vous que le message de votre film sera mieux entendu sur ce fond de malaise ?
Mes films sont des espèces de fables, ils ne sont pas supposés être réalistes. Ça ne m’intéresse pas de faire des films qui accumulent les blagues et les sketches. J’ai 50 ans et j’ai besoin que ce que je fais porte un message, sinon je perds mon temps. Pour l’humour sans second degré, j’ai déjà fait en jouant dans Police Academy, cela suffit ! Il ya deux types de films. Des films faits pour toucher un public le plus large possible, pour gagner de l’argent et rien d’autre. Et les œuvres de certains réalisateurs qui ont besoin de raconter une histoire. Ce n’est pas pour dire que tous les films indépendants sont vertueux. Mais je voulais faire un film pour voir comment nous pourrions tous être gavés par la banalité de ce qui nous est donné à voir et à entendre.

Pourquoi avez-vous fait de Frank un personnage aussi solitaire ?
Ah tiens, une question intéressante. Personne ne me l’a encore jamais posée. Oui la solitude est centrale pour le personnage de Frank. J’ai même décidé de le faire accompagner par une jeune-fille et non pas une femme ou un ami de son âge pour qu’il puisse continuer à être seul. S’il n’était pas seul, il n’aurait pas de raison de tuer. Si une seule personne le comprenait, je crois qu’il n’aurait pas besoin de tirer sur  les gens.

Les deux personnages de Frank et Roxy sont eux aussi des personnages d’Américains moyens, qu’est-ce qui les pousse à refuser le système des médias et à développer assez de haine pour avoir le projet de tuer?
Frank n’est pas si normal que ça. Il le dit au début « Je veux tuer mes voisins, je sais que ce n’est pas normal mais je ne suis plus normal ». Il est malade dès le début du film et c’est pour cela que cela met le spectateur mal à l’aise d’avoir de l’empathie pour lui.

Frank n’est pas normal, pourtant la tirade qu’il débite contre les médias en faisant ses cartons pour quitter son bureau a de forts accents de vérité. Est-ce votre discours que vous avez mis dans sa bouche ?
Dans son bureau c’est 100 % moi, mais après je ne cautionne pas 100 % de ce qu’il fait. Frank ne pense pas « Si je les tue le monde sera meilleur », il pense juste « Je veux que ça s’arrête, si je les tue ils se tairont ». Je comprends cet instinct de Frank mais en même temps je ne l’aime pas et il me dérange.

Pourtant, Frank a une éthique… qui est mise en péril par la tentation de succomber aux charmes de sa jeune partenaire dans le crime…
Frank a son éthique et c’est important pour moi, il en a besoin juste pour rappeler au public que ce qu’il fait ne marcherait pas ailleurs que dans une fable. Mais il est aussi important que Frank soit juste comme tous les autres : tenté par ce que tous convoitent, malgré ses principes.

Pourquoi avez-vous décidé de filmer votre fable sur le modèle du road-movie ?
Il y a l’inspiration de Bonnie & Clyde, bien sûr, mais aussi de « La ballade sauvage » de Terrence Malick, où un jeune homme de 25 ans joué par Martin Sheen part avec une fille de dix ans de moins que lui (Sissy Spacek nldr). Il y a  aussi un fait-divers qui m’a inspiré : L’histoire d’une fille de 13 ans à st Louis, un personnage tragique qui tue sa voisine, une autre petite fille. C’était une ado en apparence tout à fait normale et j’ai calqué le personnage de Roxy sur elle.

Le film s’appelle ironiquement “God bless America” ? Un tel degré de bêtise et de méchanceté serait-il l’apanage de votre pays où c’est pareil en Europe ?
Je vais nous sortir du banc des accusés sur cette question. Je questionne l’appétit des gens du monde entier pour les divertissements stupides et la course aux clichés. Le film pose la question de savoir pourquoi on aime se divertir plutôt que d’être les uns avec les autres. Je blâme largement l’âge digital qui pousse les gens à commenter plutôt qu’à discuter entre eux.

J’ai entendu que vous vouliez profiter de votre séjour à Deauville pour visiter les plages du débarquement. Serait-ce enfin une trace de la bonne part de l’Amérique ?
Certainement, nous avons battu des salauds de nazis avant de transformer notre armée en machine à défendre le pétrole… Plus sérieusement, mon beau-père qui nous a quittés, a débarqué ici, c’est pour cela que je voir cette plage.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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