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[Deauville] Compétition jour 7: en attendant Mick Jagger, « The Better Angels »: l’enfance d’un chef et quelques pronostics

[Deauville] Compétition jour 7: en attendant Mick Jagger, « The Better Angels »: l’enfance d’un chef et quelques pronostics

12 septembre 2014 | PAR Olivia Leboyer

The Better Angels

L’événement du jour, c’est l’arrivée de Mick Jagger. Si le rapport avec le cinéma est assez flou, l’effervescence est bien là. En compétition, aujourd’hui, It follows, vu par TLC à l’Etrange Festival (notre critique), et le formidable Love is strange d’Ira Sachs, qui ne peut pas repartir sans un prix.

Love is strange nous avait séduits au Festival de Berlin (voir notre critique) : un film engagé, avec finesse, humour et pudeur. Ira Sachs devrait remporter un prix, peut-être celui du Jury.

Pour le Grand Prix, nous voyons mal comment il pourrait échapper à Whiplash de Damien Chazelle, qui a littéralement transporté la salle du CID hier. Oui, le film a déjà remporté le grand prix à Sundance… Et, oui, c’est un film grand public, qui a absolument tout pour plaire… Mais cela fait du bien aussi, de temps en temps. Et, curieusement, c’est un film à la fois séduisant et totalement sado-masochiste, d’une rare violence verbale. Nous avons vraiment aimé.

The Better Angels: [rating=4]

S’il fallait désigner un outsider ? Aujourd’hui, séance de rattrapage de The Better Angels de A-J Edwards, qui est exactement l’inverse : un film qui se mérite, assez hiératique de prime abord, lent, sans fil narratif solide. The Better Angels est une variation poétique sur l’enfance d’Abraham Lincoln. Rien de psychanalytique ou de surligné, mais une plongée dans une nature rude et sauvage, en 1817 dans l’Indiana. Le jeune Abraham y a côtoyé deux anges gardiens : sa mère (incarnée par Brit Marling, fabuleuse actrice, qui joue aussi dans I origins de Mike Cahill), et sa seconde mère, la deuxième épouse de son père (incarnée par Diane Kruger, visage pur et lumineux). A l’écran, en noir et blanc, la nature, avec ses bruissements de feuilles, ses rayons de soleil, ses frémissements. On suit l’enfance d’un chef, au fil de séquences suspendues. Le jeune garçon est à la fois normal et remarquable. Il est l’élu, reconnu tacitement par tous. Est-il réellement supérieur ou se croit-il supérieur ? Comme le dit son père, les personnes supérieures n’ont pas besoin de le montrer, elles le sont, tout simplement. Alors, oui, Lincoln est plus magnanime, plus intérieur, plus rayonnant, plus studieux. Le film n’est pas une hagiographie, mais une sorte de poème libre et sobre sur l’enfance d’un chef, un hymne aux valeurs de l’Amérique. A-J Edwards a été monteur pour Terrence Malick sur The Tree of Life (Malick produit d’ailleurs le film), et cela se sent. Un prix ? Pourquoi pas ?

Visuels: photo officielle du film The Better Angels de A-J Edwards.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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