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[Critique] « Vice Versa » Pixar retrouve son ambition dans un film d’animation ultra créatif. Du grand cinéma

[Critique] « Vice Versa » Pixar retrouve son ambition dans un film d’animation ultra créatif. Du grand cinéma

21 juin 2015 | PAR Gilles Herail

Vice-Versa (Inside Out en version originale) marque le retour des studios Pixar à un cinéma formellement et narrativement expérimental. Pete Docter à qui l’on doit Là Haut et Monstres et Compagnie réalise un film ambitieux qui se permet tout sur la forme et livre une morale subtile sur le fond. Du grand cinéma ! (Voir aussi notre critique cannoise tout aussi enthousiaste)

[rating=4]

Synopsis officiel: Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition 

On parlait dans notre dossier sur la magie Pixar de cette innovation permanente caractéristique de la firme à la lampe, responsable de nombreux chefs d’oeuvre (Là Haut, Wall-E, Ratatouille etc.). Pixar nous avait déçu avec Cars 2 et Monstres Academy, deux suites manquant d’âme et s’inscrivant plus dans une logique d’exploitation de franchise. Concurrencé par des Dreamworks plus matures (Dragons 1 et 2, Les 5 légendes) et le retour en grâce de Disney auprès du grand public (La reine des neiges, lLes nouveaux héros), Pixar a attendu deux ans avant de se relancer. Avec un projet aussi ambitieux et expérimental que Wall-E. Car au delà de l’aventure animée colorée et bondissante qui nous est vendue, Vice Versa est avant tout un incroyable pari visuel et narratif. L’idée de faire vivre les émotions d’une pré-ado était une chose. Mais Pixar ne triche pas et situe donc l’ensemble de son action dans le cerveau de son héroine. En construisant un univers cohérent et complexe permettant de gérer la personnalité en construction d’une jeune fille à mi chemin entre la joie de l’enfance et les questionnements de l’adolescence.

Pete Docter s’en donne à cœur joie et se permet toutes les folies pour illustrer en images les différents éléments de la conscience. Avec de gigantesques labyrinthes contenant tous les souvenirs d’une vie. Des îles de personnalité réunissant les pôles stabilisateurs de son existence. Un studio de cinéma accueillant la construction des rêves. Ou encore un espace de création des pensées abstraites qui emmène le film vers l’animation cubiste et surréaliste. On savait Pixar capable de relever des défis comme celui ci et créer des univers totalement nouveaux. Mais Vice Versa est de ce point de vue une leçon d’inventivité et d’inspiration. Comme dans Wall-E, Vice Versa compense le caractère minimaliste de son dispositif en proposant des scènes d’action et de course poursuite, pour ne pas perdre le public familial (peut être un peu trop d’ailleurs dans un deuxième tiers qui traîne parfois en longueur). L’humour est toujours au rendez-vous et les intermèdes comiques qui ponctuent le film font toujours preuve d’un savoir-faire burlesque et d’un sens de la scénette inégalés (les scènes dans le cerveau des adultes mériteraient un film entier).

Le fourmillement de la mise en scène et la créativité visuelle ne sont jamais vains, toujours au service du propos. Une ambition d’étudier, de l’intérieur, les hauts et les bas d’une jeune fille un peu déprimée par son changement de ville, d’école et de maison. Qui symbolise la fin de l’enfance innocente et le début de l’adolescence, ses émotions complexes, changeantes, imprévisibles. C’est cette transition que souhaite capter Pete Docter en faisant évoluer la relation entre les émotions qui vont devoir apprendre à s’apprivoiser et à comprendre leur utilité mutuelle. Pixar s’amuse à démystifier le personnage de Joie, son caractère brillant mais lisse, son optimisme béât et son enthousiasme agaçant. Car la véritable vedette se dévoile en cours de film, quand Tristesse devient  le personnage principal et apporte les scènes les plus émouvantes du film. On se dit avec Vice Versa que Pixar atteint peut être le sommet de son ambition. Proposer un spectacle pour enfants avec une morale complexe sur l’importance de la tristesse et la mélancolie pour se construire. Assurer de manière artificielle le spectacle avec des couleurs, des montagnes russes, des courses-poursuites pour ne pas perdre le public familial. Mais chercher avant tout l’expérimentation visuelle et narrative en allant là où personne n’avait été. Il faudra revoir Vice Versa pour se laisser happer par le film sans être détourné par son inventivité et sa recherche permanente de cinéma. Un Pixar s’apprécie souvent encore plus la deuxième fois et Vice Versa a de bonnes chances de devenir aussi culte que ses illustres prédécesseurs.

Gilles Hérail

Vice-versa, un film d’animation américain produit par Pixar et réalisé par Pete Docter, durée 1H35, sortie le 17/06/2015

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