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Dossier : le cinéma selon Pixar, une histoire d’humour, d’amour et de poésie

Dossier : le cinéma selon Pixar, une histoire d’humour, d’amour et de poésie

19 juillet 2011 | PAR Gilles Herail

Toy Story, Wall-E, Là haut, Némo, Ratatouille, Monstres et cie… Vous les avez vu et revu, dans des salles pleines où les enfants sont de moins en moins nombreux. Ils ont tous un dénominateur commun: Pixar animation studios. En 20 ans, le digne héritier de Disney a repoussé les limites du cinéma d’animation traditionnel, tant sur un plan technique qu’artistique. Bénéficiant d’une liberté rare, les animateurs de Pixar nous ont offert des chefs d’œuvre absolus. Retour sur l’histoire d’une aventure hors norme à travers ses réussites les plus marquantes.

En 1995, un dessins animé d’un nouveau genre devient le succès surprise de Noël aux États-Unis. Réalisé par John Lasseter, patron historique de Pixar, ce film d’animation en image de synthèse séduit par sa révolution graphique au service d’une histoire universelle. En donnant vie à nos jouets préférés dans une aventure drôle et excitante, la machine Pixar est lancée. Après le succès de 1001 pattes (le Pixar le plus anodin), le studio retrouve ses héros Buzz et Woodie pour la suite de Toy Story qui rencontre un succès public et critique inespéré. Pixar s’impose doucement comme la référence technique. Il est donc temps d’aborder des univers nouveaux, to infinity and beyond. Après Toy Story 2, Pixar se lance en effet dans une série de projets créatifs autour d’intuitions surréalistes et d’une imagination sans limite. Cette inventivité permanente est la marque de fabrique de la marque à la lampe qui saura redéfinir l’imaginaire là où les concurrents (Disney et Dreamworks) recopient les bonnes vieilles recettes. Monstres et Compagnie est le premier né Pixar des années 2000. Grâce aux progrès de la technique, Pixar se fait plaisir en animant un monde parallèle peuplé de créatures toutes plus étranges les unes que les autres. Un univers de monstres qui a ses règles : l’utilisation des cris d’enfants comme source d’énergie, la récupération des portes d’armoires comme moyen de déplacement vers le monde des humains… Comme dans Toy Story, Pixar part d’un mythe fondateur (le monstre du placard) pour nous montrer l’envers du décor : des monstres qui font peur mais qui vivent dans l’angoisse permanente du contact avec les humains. Si la morale sur la différence reste convenue, l’originalité de l’univers et la caractérisation des personnages font un bond en avant. Souvent touchant grâce au personnage de « Booo », Monstres et Compagnie impressionne surtout par la qualité de ses scènes d’action, notamment la poursuite vertigineuse à travers les portes dans la dernière partie du film.

 

Le monde de Némo arrive après et devient le plus gros succès du studio, réunissant pas moins de 9 millions de spectateurs en France. Le score d’un Disney de la grande époque. Némo est le moins Pixariens des Pixar mais est vite devenu un classique incontournables pour les enfants. On peut y voir une actualisation de la magie Disney dans un film d’aventures destiné aux plus jeunes qui se réserve une petite folie à travers le personnage de Dorie. Ce classicisme séduisant est balayé avec Les indestructibles qui marque le retour du studio à son irrévérence avant-gardiste. Clairement adressé aux fans de comics et non aux petits enfants, The incredibles n’est pas un dessin animé mais un film d’aventure et de super héros survitaminé aux scènes d’action sidérantes. Évitant la parodie facile, le film est un hommage à tout un pan du cinéma américain et nous propose une réflexion sur le statut de héros inscrite dans un grand huit à couper le souffle. Comme à l’accoutumée, Pixar a lancé la mode avec les sorties de Megamind, Tempête de boulettes géantes, Despicable me et Monsters vs Aliens qui tenteront sans grand succès de reprendre le flambeau.

Poursuivant son questionnement des piliers de la société américaine, John Lasseter quitte les super héros pour étudier la société du tout automobile. L’idée, une fois de plus improbable sur le papier fonctionne à merveille. L’anthropomorphisme marchant sur les animaux, Pixar l’applique sur des voitures dont les pare brise deviennent des yeux. S’attirant moins de sympathie chez la critique française, Cars est un film nourri de références américaines, de l’amour des petites villes perdues, de l’Amérique des plaines désertiques, d’un univers à la Lucky Luke, agressé par la modernité. Cars nous offre ses accents texans nasillards, une apologie des valeurs rurales face à l’exhibitionnisme ostentatoire d’une starlette de la ville. Nostalgique, Cars l’est assurément. Conservateur, peut être en partie. Mais c’est surtout le premier film du studio qui ose prendre son temps, installer un rythme plus lent, éviter l’enchainement d’action, dans un cinéma qui sait contempler. Visuellement somptueux, Cars se laisse voir comme un hommage au road movie sur fond de musique country. Échec en France, le film était surement trop américain.

 

 

La logique Pixar suit alors son cours, souhaitant toujours surprendre, être présente là où on ne l’attendait pas. Après l’Amérique rurale et la passion automobile, changement de continent et d’ambiance dans une déclaration d’amour à la cuisine française. La symétrie de la situation est amusante : Ratatouille réalise le plus mauvais score d’un Pixar au box-office américain et attire plus de 7 millions de spectateurs en France. L’histoire de Ratatouille part encore une fois d’un postulat tiré par les cheveux. Un rat cuistot et une histoire d’héritage. Le rat-cuisinier, caché dans la toque, manipule les gestes du fils du plus grand chef français, qui n’a malheureusement pas hérité de son talent. Comme toujours chez Pixar, l’argument de départ passe comme une lettre à la poste. L’atmosphère du film est une nouvelle fois différente. L’hommage à la France et à Paris passe par des clichés mais épouse une douceur surprenante dans un film d’animation. La cuisine est au centre du film, la délicatesse des mouvements, la profusion des saveurs, des odeurs. Tous les sens sont sollicités et transparaissent à l’écran autour d’une histoire de famille mais aussi d’amour. Une parenthèse délicieuse, hédoniste qui réserve une scène incroyable, toute simple, pudique, où le méchant du film, critique aigri, retrouve sa madeleine de Proust à travers une simple Ratatouille. Les larmes passées, on attend déjà le prochain.

 

 

D’un point de vue strictement financier, Wall-E est le film le plus cher et celui qui a le moins rapporté à la firme. En ayant vu le film, on se demande encore comment Pixar a réussit à vendre comme un blockbuster un film d’auteur aussi ambitieux et attirer un public relativement large. Souvent présenté comme un blockbuster écolo, Wall-E est pourtant la première incursion de Pixar dans deux genres différents : la science-fiction et surtout la romance. Si l’aspect futuriste est présent, Wall-E est en effet avant tout la rencontre en deux âmes sœur, qui vont se détester, s’apprivoiser, être séparé et se retrouver dans la plus grande tradition du genre. Pendant 45 minutes, Wall-E ne parle que par sa musique et ses bruitages. Pendant 45 minutes, Pixar ose le film muet, dans un blockbuster à 200 millions de dollars. Le pari est plus que fou; le résultat, à la hauteur. Ce petit robot est amoureux transi, bricoleur curieux et amateur de film niais. Mais c’est aussi un petit garçon un peu naif, parfois mesquin, et souvent maladroit, qui va nous transmettre des émotions incroyables. Le personnage est d’une complexité étonnante, le travail sur ses soupirs et ses expressions bluffant. Andrew Stanton insuffle à cette belle histoire un souffle inattendu. La réalisation sait reprendre les codes du muet, du burlesque, mais aussi du grand spectacle. Les mouvements en apesanteur dans l’espace, la terre ravagée par ses déchets, la course poursuite des robots tarés. Wall E mérite tous les louanges en se rappelant que l’arrière plan est une critique radicale du mode de vie occidental, pas seulement gaspilleur mais surtout caractérisé par son manque de curiosité, sa flemmardise, son conformisme. Œuvre suicidaire et anti commerciale, Wall-E est le chef d’œuvre absolu de Pixar, le film qui ne sera pas oublié et aura marqué définitivement l’histoire du cinéma, pas seulement d’animation.

 

 

Impossible de succéder à Wall-E, Pixar aurait du se reposer sur ses lauriers, rentrer dans le rang, assumer un conformisme plus large. Poursuivant son pied de nez aux conventions, le studio choisit l’inverse, la difficulté, le jamais vu. Après le film muet et la comédie culinaire, Pixar a la bonne idée de choisir un petit vieux pour son nouveau film d’aventure, vif, rythmé et drôle. Karl Anderson est le premier héros d’animation qui apparaît au départ totalement antipathique, bourru, aigri, renfrogné, s’enfermant chez lui pour éviter de devoir discuter avec l’infâme promoteur qui veut détruire sa maison. Pour expliquer ce manque de sympathie du personnage, Pixar réalise sa scène chef d’œuvre, 10 minutes d’une pure leçon de grammaire cinématographique. Une scène d’introduction qui évoque tout sans le dire, parle des blessures et des joies d’un couple, les aléas de la vie. Fait rire et émouvoir, pose tous les enjeux du film. Up ne se résume pas à cette très grande scène, qui éclipse il est vrai certains autres moments du film, plus classique. Il parle peut être plus directement aux adultes, du renoncement, du souvenir d’un esprit d’aventure lentement évaporé. Ce n’est pas l’histoire d’un vieux ronchon misanthrope qui s’enfuit dans une maison volante et vit des aventures en Amérique du Sud comme un dernier pied de nez. Mais plutôt celle d’une promesse d’enfant et d’une preuve d’amour à l’être aimé disparu trop tôt, un dernier adieu à la femme avec qui Carl a partagé ses jours et ses rêves. La trame ludique et burlesque cache en effet une mélancolie assez sombre pour un dessin animé grand public.

 

Toy Story 3 apparaît alors comme un film somme qui achève cette évolution vers la maturité. La réussite du film nous fait presque pardonner les ambitions bassement financières de la firme qui capitalise sur une franchise à succès. Pour se renouveler, Pixar conserve ici les éléments de la mythologie Toy Story tout en empruntant au genre du film de prison. Le nounours bienveillant qui accueille les jouets abandonnés par Andy se révèle en effet un tyran dictatorial qui exploite les nouveaux arrivants et les maintient en esclavage. Le scénario réserve donc son lot d’idées saugrenues et de moments de bravoure permettant aux héros de s’échapper et de reprendre le contrôle, avec des situations parfois franchement angoissantes. Derrière ce cadre efficace d’un point de vue narratif mais assez classique, le film nous prend au tripes en évoquant le passage à l’âge adulte. Andy a terminé le lycée, va partir à l’université, quitter sa maison, sa famille, et donc ses jouets. L’adulescent qui se cache en chacun de nous ne peut alors retenir ses larmes devant une étape charnière dans la vie de chacun. Partir sans tourner la page mais pour en écrire une autre. Se séparer d’objets symboliques qui représentent toute une partie de sa vie…

 

Pixar bénéficie peut être d’un émerveillement trop béat de la part de la critique cinéma (cet article le confirmera). On peut légitimement penser qu’un film d’animation, même excellent, reste un divertissement pour enfants. C’est bien sur en partie vrai. Pixar a cependant prouvé qu’un dessin animé est aussi un film à part entière et a propulsé toy story 3 comme prétendant sérieux à l’oscar du meilleur « film tout court ». L’animation est une technique. Comme le relief, le noir et blanc ou la caméra numérique. L’approche cinéphile de la firme à la lampe a permis de transposer dans le monde animé tous les genres cinématographiques, en revenant aux ingrédients de base qui font les bons films. Des personnages, un scénario, des choix de réalisation et surtout de l’émotion. Si Cars 2 se veut moins profond, on attend déjà Brave pour voir ce que les génies de Pixar vont réussir à faire pour dépoussiérer les histoires de princesse…

Gilles Hérail

 


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