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[CRITIQUE] « Saint Laurent » : pur objet esthétique sublimé par la mise en scène de Bertrand Bonello

[CRITIQUE] « Saint Laurent » : pur objet esthétique sublimé par la mise en scène de Bertrand Bonello

27 septembre 2014 | PAR Gilles Herail

Vrai film de metteur en scène, le Saint Laurent de Bonello avec Gaspard Ulliel perd en intensité dramatique ce qu’il gagne en jubilation esthétique. Bien que trop long et inégal sur la caractérisation de ses personnages, le film est une claque visuelle proposant quelques unes des plus belles séquences de l’année. A retrouver aussi notre autre critique après la vision du film pendant le festival de Cannes.

[rating=4]

Synopsis officiel: 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Saint Laurent vient d’être sélectionné pour représenter la France dans les qualifications pour l’Oscar du meilleur film étranger. On aurait aussi bien vu Les Combattants qui proposait un genre de cinéma plus moderne mais le formalisme méticuleux de Bertrand Bonello est un choix logique. Saint Laurent n’est que par instants un film sur YSL. Le réalisateur de L’Apollonide fait plutôt le portrait générique d’un créateur et d’une époque, sans se sentir réellement concerné par l’aspect biopic de la chose. Les relations avec Bergé, son atelier de confection, son entourage et tout ce qui touche le réel sont écrites de manière parfois caricaturale. L’objet du cinéaste est autre. Proposer un pur film de mise en scène qui rendra hommage, dans sa forme, à Saint Laurent. Et Bonello nous fait plaisir en construisant chaque scène comme un court-métrage pictural parfait. L’humeur n’est pas au maniérisme mais à une réflexion permanente sur le cadre, la caméra, la sublimation des décors et des costumes. L’utilisation de la musique est exemplaire, proposant un mélange fascinant de titres des années 70, d’opéra et de morceaux originaux psychédéliques composés par le réalisateur. Saint Laurent est long, trop long peut être. Mais cette durée est nécessaire pour installer chaque scène et lui laisser le temps d’aller vers le beau ou l’inattendu.

Pour filmer les négociations autour de la marque Saint Laurent, opposant Bergé à son actionnaire américain, Bonello ajoute un troisième personnage, de traductrice, qui casse la monotonie de la scène et fait jouer le spectateur avec l’image. Le film est construit de cette manière. Un jeu avec le spectateur, en permanence surpris, par la recherche de l’autre manière de faire et de filmer. Cette envie de cinéma se fait au détriment de la narration car les personnages sont des fantasmes, des figures qui captent la lumière. Les mouvements sont chorégraphiés, à l’image de l’incroyable Aymeline Valade dont la beauté et la silhouette étranges symbolisent le film. Quand la réalisation est au service de son sujet, le film approche la perfection. Au détour d’une scène, Valérie Bruni Tedeschi apparaît. En bourgeoise un peu engoncée, gauche, intimidée, venue essayer sa tenue haute couture qui ne lui correspond pas. St Laurent modifie quelques détails, ouvre un col, ajoute un accessoire. La transformation est saisissante. Elle respire, se libère, prend confiance, trouve son style et irradie. Ce Saint Laurent ne plaira pas à tout le monde mais on aura rarement obtenu cette année autant d’instants de grâce.

Gilles Hérail 

Saint Laurent, un film de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier et Léa Seydoux, durée 2h30, sortie le 24/09/2014

Visuels et bande-annonce officiels du film.
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Gilles Herail

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