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[Critique] « Les Yeux Jaunes des crocodiles » : Cécile Télerman livre une adaptation trop foisonnante

[Critique] « Les Yeux Jaunes des crocodiles » : Cécile Télerman livre une adaptation trop foisonnante

13 avril 2014 | PAR Gilles Herail

Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol avait connu un vrai succès populaire en librairie et l’adaptation était inévitable. Mais faute d’avoir su faire des choix et malgré une éblouissante Julie Depardieu, Télerman échoue à transformer des histoires individuelles passionnantes en un film cohérent.

[rating=2]

Synopsis officiel: Deux sœurs que tout oppose. Joséphine, historienne spécialisée dans le XIIème siècle, confrontée aux difficultés de la vie, et Iris, outrageusement belle, menant une vie de parisienne aisée et futile. Un soir, lors d’un dîner mondain, Iris se vante d’écrire un roman. Prise dans son mensonge, elle persuade sa sœur, abandonnée par son mari et couverte de dettes, d’écrire ce roman qu’Iris signera, lui laissant l’argent. Le succès du livre va changer à jamais leur relation et transformer radicalement leurs vies.

Cécile Télerman était derrière l’une des meilleures comédies féminines de ces dernières années (avec les récentes Gazelles que l’on recommande chaudement), le bien nommé Tout pour plaire qui révélait notamment une fibre comique inattendue chez Anne Parillaud. Les yeux jaunes des crocodiles est son troisième film après le moins réussi Quelque chose à te dire. Le casting était prometteur, confrontant deux actrices plutôt habituées du cinéma d’auteur dans une dramédie grand public. Julie Depardieu n’a pas été aussi bonne depuis longtemps et colle de bout en bout à ce personnage de bonne poire, victime permanente, surnageant comme elle le peut dans un monde trop cynique pour elle. Ce monde est représenté par le personnage d’Emmanuelle Béart, parfois en roue libre, qui surjoue une pimbêche arriviste manipulatrice proche de la Jasmine de Woody Allen, atteignant dans les derniers instants du film un égarement touchant quasiment à la folie. C’est surement le regret que l’on aura en ressortant des Yeux jaunes des crocodiles. Beaucoup de personnages passionnants, délaissés dans une forme de caricature par manque de présence à l’écran. Qui n’évoluent plus au bout de 10 minutes et que l’on aurait aimé mieux connaitre.

Les sous histoires parallèles s’amorcent sans avoir le temps de s’épanouir, malgré leur charme. La romance à peine entamée entre le personnage de Julie Depardieu et son chercheur italien. L’histoire d’amour entre le beau-père et sa secrétaire. La multiplication des sous-intrigues nuit à la cohérence de l’ensemble qui se dessine lentement par petites touches dans le dernier quart d’heure. Où l’héroïne redevient Joséphine, à qui l’on octroie enfin une petite part de bonheur bien méritée. Un autre personnage émerge et c’est un plaisir de le voir interprété par Patrick Bruel, acteur, qui apporte une vraie touche de réalisme et d’émotion. Les yeux jaunes des crocodiles appartiennent à ses lecteurs et lectrices qui trouveront ou nom dans le film les éléments du roman qu’ils cherchaient. D’un point de vue de cinéma, Télerman n’a pas réussi son coup et frustre le spectateur à qui l’on annonce beaucoup de belles choses qui ne sont malheureusement pas traitées avec la finesse et le temps nécessaires. Question de format surement. Une adaptation en série télé sur plusieurs épisodes aurait permis d’envisager cette proximité et une attention renforcée à l’évolution de tous ces personnages. Dommage.

Gilles Hérail

Les yeux jaunes des crocodiles, une comédie dramatique de Cécile Télerman avec Julie Depardieu, Emmanuelle Béart et Patrick Bruel, durée 2h10, sortie le 9 avril 2014

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