A l'affiche

[Critique] « Les Gazelles » chronique battante de la résistance féminine en temps de crise

[Critique] « Les Gazelles » chronique battante de la résistance féminine en temps de crise

29 mars 2014 | PAR Gilles Herail

Pas du tout comédie girly, le deuxième film de Mona Achache est une vraie bonne surprise. Dynamiques, en mouvement, les Gazelles suivent une incroyable Camille Chamoux en mode résilience pour affronter ses galères personnelles. Débat de critique (notre journaliste beaucoup moins enthousiaste ici). [rating=4]

Synopsis: Marie et Eric, trentenaires en couple depuis le lycée, signent l’achat de leur premier appartement quand Marie est saisie d’un doute vertigineux. Sa rencontre avec un beau brun ténébreux va précipiter sa décision : elle quitte Eric pour plonger dans le grand bain du plaisir et de la liberté. Mais elle va surtout se manger le fond de la piscine…Et découvrir un monde sans pitié : à son âge, le célibat est vite perçu comme une tare suspecte. Eclairée par des amitiés nouvelles, Marie va apprendre à envisager son célibat comme une chance d’où elle pourrait sortir plus forte, et enfin prête à être heureuse.

On aura rarement vu une bande-annonce et une affiche aussi mensongères, il est vrai contrebalancées par des interviews plus honnêtes sur le film. La bonne surprise n’en est que plus agréable. Les Gazelles n’est en rien une comédie girly feel good comme ont pu l’être Les reines du Ring, Bowling, Jamais le premier soir et cie. Ce n’est pas non plus une comédie romantique et loin de là. Les Gazelles aurait d’ailleurs du s’appeler la gazelle car la bande de potes portée par des actrices aussi charismatiques qu’attachantes, (Anne Brochet, Joséphine de Meaux et Naidra Ayadi) reste en second plan. L’unique gazelle, c’est Camille Chamoux, une vraie nature de cinéma que l’on reverra vite et qui tient son rôle avec une force étonnante. Les Gazelles n’est en effet pas un film doux. C’est une version française (sans le mariage, le conservatisme et l’humour scato, donc assez différente en fait) de Bridesmaids teintée d’une ambiance du type La Crise de Coline Serreau. Mona Anache a fait de véritables choix de réalisation qui donnent une identité immédiate au film. Les flash-back en parallèle, les accélérés, le montage très travaillé, la caméra au poing. Elle réalise un film de combat, de mouvement, de résistance. Qui ressemble par instants au cinéma de Valérie Donzelli dans La guerre est déclarée

Ici, pas de maladie et d’enfant en danger. Mais une vie à gérer après une décision difficile sans filet. Une décision ni bonne ni mauvaise, que le personnage principal, Marie, doit assumer. Les gazelles est le portrait de cette femme. Un film qui réserve un regard plutôt tendre sur les hommes et aurait d’ailleurs pu avoir un homme à la place. Car plutôt que d’homme ou de femme, le film parle surtout d’une fuite. Pas d’une fuite en avant. Mais d’un break nécessaire, moins extrême mais similaire au pétage de plomb de Dupontel dans Deux jours à tuer. Un moment où l’on doit tout changer pour se sentir libéré. Un moment où l’on ne veut pas de conseils familiaux, amicaux. Et où l’on doit tout plaquer et trouver la nouveauté. Les gazelles ne parlent pas d’une bande de copines trentenaires qui cherchent à pécho mais d’un groupe hétéroclite et solidaire face à l’adversité. De ce groupe qui sera à un moment remplacé par un autre groupe, d’hommes, polonais. Des groupes sur lesquels le personnage principal, en galère, trimbalant son sac et marchant pendant les 2/3 du film, s’appuie pour se débrouiller comme elle peut pour gérer son besoin d’air.

Un autre personnage se dévoile aussi petit à petit. Et c’est un plaisir de redécouvrir Audrey Fleurot loin de ses rôles habituels de nymphomane forte en gueule. Une femme surprenante et contradictoire, fofolle et libérée, responsable, mère au foyer, pétrifiée à l’idée d’un dîner avec un gentil gars et valorisant hautement la confiance et la solidarité. L’histoire d’amitié arrive alors, entre elle et Camille Chamoux. Une vraie et belle amitié, solide, qui amène le film vers plus de tendresse. Ne nous méprenons pas. Le réalisme des gazelles amène de nombreux moments d’une grande drôlerie et l’on s’amuse beaucoup tout au long du film. Les scènes de boite, de drague et de plan cul sont aussi là et souvent croustillantes. Mais le fond est plus sombre, plus têtu, pas si léger. Ces gazelles confirment le talent de Mona Achache qui avait déjà su trouver des solutions de réalisation originales pour adapter le roman très littéraire de Muriel Barbery, Le Hérisson, en réservant un rôle inoubliable pour Josiane Balasko et la jeune Garence Le Guillermic. Entourée d’un casting de visages nouveaux, modernes (Camille Chamoux, l’excellent Franck Gastambide), la réalisatrice a trouvé le ton juste pour ancrer son film dans une réalité contemporaine. Sans vouloir faire faussement tendance et avec une énergie surprenante reprise aussi par la bande-son très originale pour ce type de production. Une belle réussite.

Gilles Hérail

Les Gazelles, une comédie dramatique de Mona Achache avec Camille Chamoux, Audrey Fleurot, durée 1H39, sortie le 26 mars 2014

Dossier Réalisatrices: moins visibles mais populaires, ces femmes qui comptent dans le cinéma français
Gagnez 2 places pour la soirée WIHmini Festival Day #5 au Zig Zag Club le 11 avril
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *