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[Critique] « Her » Spike Jonze filme la solitude et la rencontre amoureuse avec une infinie douceur

[Critique] « Her » Spike Jonze filme la solitude et la rencontre amoureuse avec une infinie douceur

23 mars 2014 | PAR Gilles Herail

Débat de critiques à Toutelaculture! Notre journaliste Yael avait peu aimé une « fable informatico-romantique aux textes plombants, au message rétrograde et à l’esthétique du début des années 2000, le tout noyé dans des hectolitres de prétention ». La contre critique beaucoup plus positive ci-dessous!

[rating=4]

Synopsis: Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Théodore, et peu à peu, ils tombent amoureux… 

On comprend très bien ce qui peut énerver chez Spike Jonze. Une propension de la critique à encenser son travail sans en souligner les failles. Un coté un peu trop « tendance », « hipster » ou ce que l’on voudra. Mais c’est peut être oublier le fond de ses films. Plus simples et plus puissants que la mécanique de la mise en scène laisse anticiper (on vous recommande toujours chaudement son Where the wild things are (Max et les maximonstres) dont la mélancolie enfantine reste en tête, longtemps).

Her est avant tout une très belle histoire d’amour. Qui réinterprète un thème éternel de la science-fiction, la solitude de la grande ville moderne rendue plus douce par la création d’intelligences artificielles. Un sujet qui devient chaque jour plus troublant, se confondant avec nos propres vies et aux évolutions sociétales contemporaines. La science-fiction chez Spike Jonze est discrète. Mélange de vintage au niveau de l’habillement et d’avancées technologiques logiques (la réalité virtuelle, l’intelligence artificielle, la commande vocale). L’aspect futuriste est d’abord un prétexte qui permet de traiter de l’un des sujets du film. La solitude, la digestion d’un divorce et la rencontre amoureuse. Spike Jonze ne cherche pas à réécrire le cheminement d’une passion ou les passages obligés du film romantique mais à les illustrer d’une manière différente. Avec un acteur que l’on avait pas vu aussi sobre depuis longtemps, Joachin Phoenix, loin de son visage grimaçant de The Master. Et une voix. Scarlett Johansson qui relève le pari d’un rôle forcément difficile. On ne la verra jamais à l’écran mais son personnage existe, avec ses doutes, ses failles, son rire, son enthousiasme de petite fille qui garde une soif intact de découverte et une curiosité à toute épreuve.

La romance de Her n’évite pas les violons, est parfois étouffée par une musique trop présente mais réserve de très beaux moments de cinéma. Des scènes de pur dialogue, vives, enlevées, qui nous font entrer dans l’intimité absurde de ce couple virtuel. Her va plus loin que cette belle romance sur fond de solitude dans un univers futuriste et urbain fantomatique. Car le personnage de Scarlett Johansson, Samantha, est traité à part entière. Et le potentiel de science-fiction du scénario n’est jamais écarté. Comment faire fonctionner ensemble la spontanéité et le savoir encyclopédique. La capacité à traiter des données simultanément et à se concentrer sur une émotion humaine unique. Le dernier tiers du film s’aventure dans ces zones complexes où l’intelligence artificielle n’est plus traitée comme un sex toy virtuel mais plutôt comme une nouvelle forme de sentiment. Qui fait écho au métier du personnage principal, écrivain/nègre qui rédige des lettres d’amour, de rupture, de remerciement, de coup de gueule pour des clients cherchant le mot juste quitte à exprimer des émotions qui ne sont pas vraiment les leurs. Spike Jonze mélange tous ces thèmes dans un script d’une grande richesse, dont le traitement à l’écran est parfois sentimentaliste, mais ne cherche jamais la facilité. Il faut donc laisser une chance à ce film d’une infinie douceur, qui aurait peut être gagné en coupant 15 minutes au montage mais séduit sans en mettre plein la vue. Un coup de cœur.

Her de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix, la voix de Scarlett Johannson, Rooney Mara, Amy Adams, Olivia Wilde, 2h06, Sortie le 19 mars 2014.

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