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« Celles qui chantent » : un film varié et sensible

« Celles qui chantent » : un film varié et sensible

07 juillet 2020 | PAR Julia Wahl

La scène digitale de l’Opéra national de Paris 3e scène a proposé à quatre artistes, Julie Deliquet, Sergei Loznitsa, Karim Moussaoui, et Jafar Panahi de réaliser des courts-métrages sur le chant et la musique. Il en ressort un très beau film à quatre voix, qui brille par sa diversité. Il aurait dû être présenté à Cannes cette année.

Un film varié

Une variété qui doit beaucoup au profil des réalisateurs. Pensez un peu : une metteuse en scène de théâtre qui passe pour la première fois à la réalisation, Julie Deliquet ; des réalisateurs aguerris, Sergei Loznitsa, Karim Moussaoui, et Jafar Panahi.

Une variété due également aux matières travaillées : alors que Sergeï Loznitsa propose, dans Une Nuit à l’opéra, un très beau montage d’images d’archive, Julie Deliquet mêle, dans Violetta, fiction et documentaire. De leur côté, Jafar Panahi et Karim Moussaoui nous entrainent dans de vrais/faux films d’investigation, à la recherche de chanteuses traditionnelles. Un sublime pendant aux ors de l’Opéra-Garnier du film de Loznitsa. 

Un film sensible

Cette diversité est aussi pour le spectateur l’occasion de passer de sensations en sentiments, du centre de Paris au désert algérien. Aux scènes d’intérieur de Une Nuit à l’opéra succède ainsi l’immensité des paysages des Divas du Taguerabt, de Karim Messaoui. Ou comment le silence de l’espace prend le pas sur le bruit de la foule.

Cette sensibilité passe aussi par le sujet des films. Celui de Julie Deliquet nous fait ressentir l’inquiétude du double de la Violetta de la Traviata, une jeune femme atteinte de cancer. Du côté de Karin Moussaoui, on suit avec émotion la progression vers les grottes où se regroupent les « divas ». Un rien de frisson et de nostalgie, aussi, quand Maria Callas, dans Une Nuit à l’opéra, paraît ; d’effroi quand le personnage de Hidden, le film de Jafar Panahi, aborde la question de l’excision.

Un film politique ?

Car le recueil que forme Celles qui chantent fait, volontairement ou non, discours. L’impossibilité pour Jafar Panahi de filmer la chanteuse est ainsi due au patriarcat, sujet qui occupe une bonne part des conversations du film. Karim Moussaoui, dans Les Divas du Taguerabt, témoigne de l’absurdité de l’érection d’un opéra dans une Algérie qui regorge de chanteurs traditionnels.

Enfin, le passage récurrent de lieux luxueux (l’Opéra-Garnier de Une Nuit à l’opéra et l’Opéra-Bastille de Violetta) à des espaces dépouillés (les grottes des Divas du Taguerabt ou l’intérieur de Hidden) souligne indéniablement l’inégale répartition des richesses.

A voir en salles sur la plateforme 3e scène.

Visuel : affiche du film

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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