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Arrestation de Jafar Panahi, une vague répressive dans le milieu du cinéma iranien

Arrestation de Jafar Panahi, une vague répressive dans le milieu du cinéma iranien

12 juillet 2022 | PAR Jane Sebbar

Ce lundi 11 juillet, Jafar Panahi, artiste dissident du régime, grand nom du cinéma iranien, a été interpellé à Téhéran pour atteinte à la sécurité de l’Etat. Une arrestation qui s’inscrit dans une vague de répression dans le milieu du cinéma iranien. 

Le réalisateur, habitué aux accrochages avec les autorités depuis 20 ans, a été arrêté alors qu’il se rendait au bureau du procureur pour prendre des nouvelles de Mohammad Rasoulof, un autre grand nom du cinéma iranien interpellé quant à lui la semaine dernière. Les autorités iraniennes entreprennent une série d’arrestations, à la suite d’une prise de position politique de la part des artistes. M. Panahi, M. Rasoulof, ainsi que Mostafa Al-Ahmad, autre réalisateur placé en détention vendredi dernier, ont signé avec 70 autres cinéastes une lettre ouverte dénonçant la « corruption, le vol, l’inefficacité et la répression » du régime après  l’effondrement d’un immeuble à Abadan en mai dernier. Cet évènement qui a fait plus de 40 morts, a suscité une vague de manifestations partout dans le pays pour dénoncer la réponse tardive et insuffisante des autorités pour porter secours aux victimes. Le régime reproche aux trois hommes d’avoir encouragé des troubles et d’avoir perturbé « la sécurité psychologique de la société » selon l’Irna, l’agence officielle de la République islamique d’Iran. 

Un parcours semé d’embûches …

Jafar Panahi a fait face à des problèmes légaux tout au long de sa carrière. Il a actuellement l’interdiction de quitter l’Iran ou de faire des films en dehors du pays. En dépit de ses nombreuses récompenses, notamment le Lion d’or à Venise en 2000 ou l’Ours d’or à Berlin en 2015, son aura internationale ne l’a pas empêché d’être condamné en 2010 pour « propagande contre le système » après avoir affiché son soutien à des manifestations contre le gouvernement. En 2010, l’artiste dissident a été condamné à 6 ans de prison et 20 ans d’interdiction de réaliser des films après avoir soutenu les manifestations de 2009. En effet, dans les années 2010, Jafar Panahi a soutenu le mouvement de protestation contre la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique. La situation est similaire pour M. Rasoulof. Les deux réalisateurs ont été arrêtés pour avoir tourné sans permis en 2011, condamnés à une peine réduite pour Rasoulof et transformée en résidence surveillée pour Panahi. 

Le monde du cinéma lance un appel à la libération 

Ces derniers jours, en réaction à cette vague répressive dans le milieu du cinéma iranien, le Festival de Cannes et la Mostra de Venise ont rejoint le « concert d’appels à la libération » des cinéastes iraniens, Mohammad Rasoulof, Mostafa Aleahmad et Jafar Panahi. Quant au festival de cinéma la Berlinale, les organisateurs qui ont décerné à M. Rasoulof la distinction suprême en 2020 ont protesté la semaine dernière contre l’interpellation du cinéaste et de M. Aleahmad et réclamé la libération des deux artistes. Ils se disent « consternés », « indignés » par cette vague d’arrestations. 

En 2014, Jafar Panahi avait commencé à renouer les liens avec les autorités iraniennes grâce à la prise de pouvoir du président Hassan Rohani, plus progressiste que ses prédécesseurs. Mais l’arrivée d’Ebrahim Raïssi à la tête de la République islamique en août 2021 marque un contrecoup conservateur. A cette nouvelle vague d’arrestations, s’ajoutent les retentissements du « film choc du festival de Cannes », les Nuits de Mashhad d’Ali Abbasi, qui a valu à l’actrice principale, obligée de fuir l’Iran pour continuer sa carrière, le prix d’interprétation féminine. 

Visuel : © Jafar Panahi creative commons

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Jane Sebbar

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