Cinema

« En attendant les hirondelles », belle traversée algérienne, plaisante et maîtrisée [Cannes 2017, Un certain regard]

« En attendant les hirondelles », belle traversée algérienne, plaisante et maîtrisée [Cannes 2017, Un certain regard]

23 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce film choral sur plusieurs voyages nous entraîne, au fil de ses différentes ambiances, et témoigne d’une belle maîtrise, très prometteuse.

[rating=4]

En attendant les hirondelles marque, au premier chef, par l’un de ses ingrédients : ses personnages. Techniquement, le film fait se suivre trois histoires, vécues par des Algériens des temps récents, au sein d’un pays peint ici dans toutes ses facettes : son soleil, le désœuvrement qui l’habite, l’existence de ses femmes, différentes selon les milieux, son ouverture vers des directions internationales… et puis aussi, ses routes. Au sein de ce cadre, les figures de Mourad (magnifique Mohamed Djouhri), un homme un peu âgé à la vie établie, en perpétuelle fuite, bonhomme de lui-même, et de Dahman (puissant Hassan Kachach), un médecin qui fut pris par hasard dans des rapports complexes avec des terroristes, se révèlent très attachantes et très inspirantes. La perpétuelle prise au dépourvu du premier étonne, l’inflexibilité du second aussi. Les situations qu’ils traversent mettent quelque peu à l’épreuve leur lâcheté, et constituent des récits aussi réalistes que métaphoriques. Bien achevés. Pas mal : toutes les productions à tiroir ne peuvent se vanter de telles réussites…

Avec une forme solaire, teintée d’une légère tristesse, le film balade son auditoire sur près de deux heures, avec efficacité et profondeur. Tous les effets fantaisistes qui s’invitent ne parviennent pas à fonctionner, telle cette tentative de chanson dansée, très décalée, qui intervient comme par magie au moment où les amants qui seront contrariés dans la deuxième histoire se retrouvent, dans un coin de montagne… Mais le réalisateur essaye des choses. Il n’en reste pas aux scènes à faire, explicatives, et on l’en remercie. Du même coup, la plus grande partie du film affiche une personnalité certaine. Y compris au sein des scènes sérieuses : on garde en tête la conversation entre le premier protagoniste, Mourad, et son fils démotivé, très juste ; les réactions de sa compagne (très convaincante Aure Atika), bien humaines ; un déjeuner aux lourdes conséquences, dans les montagnes, suivi bientôt par la découverte d’un hôtel bizarre dans un lieu désertique ; une scène de séduction, toute en non-dits brillants, entre les deux amants du second récit… Karim Moussaoui a parfaitement les épaules de filmeur qu’il faut pour raconter une histoire, avec un peu de rythme et d’intensité. Et la trame de son film, ainsi que son montage, insufflent de la personnalité dans les images : la dernière scène, par exemple, hante pas mal, après la sortie de salle, de par son mystère… Si l’action de la seconde histoire, en forme d’idylle triste, est un peu plus déjà-vue, cette production, qui sait de surcroît très bien mélanger les genres, reste en tête comme un film à la fois ambitieux et sincère.

Visuel : © Hichem Merouche – a movie produced by PROLEGOMENES and LES FILMS PELLEAS – Algeria/France – 2016

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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