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Cannes 2019, hors compétition : « Être vivant et le savoir », mise en abyme de la fin par Alain Cavalier

Cannes 2019, hors compétition : « Être vivant et le savoir », mise en abyme de la fin par Alain Cavalier

17 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Projeté en séance spéciale au 72e festival de Cannes, le nouveau film d’Alain Cavalier est un documentaire  qui adapte le livre écrit par Emmanuèle Bernheim sur la mort de son père, dont le cinéaste de 87 endosse le rôle. Une oeuvre forte, cadrée, et aussi tendre et drôle quand il le faut.

C’est une sorte de « répétition générale » pour le cinéaste. Sous le titre Etre vivant et le savoir, il se met en scène, présent en voix off, sa caméra penchée zoomant sur des objets, des mains ou des silhouettes. Dans ce film qui parle de la peur de ne pas maîtriser la fin, il adapte le livre Tout s’est bien passé d’Emmanuèle Bernheim, publié en 2013. Il endosse le rôle du père de l’auteure, elle-même décédée en mai 2017, qui avait livré dans ce récit la manière dont elle a accompagné son père de 89 ans jusqu’à la mort.

Le film commence par un voyage à Genève (gros zoom sur un billet de train) pour voir une amie qu’il connaît depuis ses dix-huit ans, et qui a décidé d’arrêter sa chimio pour passer en soins palliatifs et choisir l’heure de sa mort. De retour à Paris, dans son appartement où poussent courges, pommes de terres et livres, il médite, il se repasse des extraits de son film en cours, puis il va voir Emmanuèle Bernheim, qui apparaît d’abord en voix off, essayant de manipuler la caméra avec ses mains, bougeant des objets et finalement, sublime, les yeux bleus perçants, la tête dans un turban.

C’est à un véritable travail « ensemble », où « vous » et « tu » s’entrechoquent, qu’Alain Cavalier nous convie. En lutte, mais calme, Emmanuèle Bernheim semble terriblement jeune, vivante, virevoltante. Quant au réalisateur, il n’a pas peur d’affronter devant nous ses pires peurs quand il s’arroge la place du père déjà mort, d’une grande dame aujourd’hui disparue. 

Ecrit de la sorte, sur le papier, cela a l’air terriblement triste, mais c’est aussi juste et précis que le cadre de l’appareil du cinéaste sur les objets signifiants qu’il saisit. Il y a de l’humour, de la tendresse, une humanité infinie et surtout un goût si prononcé de la vie qu’il va jusqu’à la célébrer en sa fin, ses limites et sa mémoire.

Bouleversant et unique. 

Etre vivant et le savoir, d’Alain cavalier, avec Emmanuèle Bernheim, Teymour Al Attar, Jean-Louis Faure, Saïd Shayestehkia, Alexandre Badaoui et Alain Cavalier, France, 2019, sortie le 5 juin 2019.
visuel : affiche du film / Pathé

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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