Cinema

25e Étrange Festival : cartes blanches aux amis du lieu, et films de genre qui frappent fort

25e Étrange Festival : cartes blanches aux amis du lieu, et films de genre qui frappent fort

09 septembre 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Pour ses 25 ans, le passionnant festival invite vingt-cinq artistes proches de lui à venir présenter un film qui leur est cher. Ses autres programmations-hommages, et ses sections Compétition internationale – avec pour récompense suprême le Grand Prix Nouveau Genre – Nouveaux talents, Pépites de l’étrange et Mondovision, sont encore une fois fournies en voyages artistiques excitants. Parmi ceux-ci, on a pu goûter le nouveau film réalisé par Christian Volckman (Renaissance).

L’Étrange Festival a 25 ans. Pour célébrer, dans le cadre toujours accueillant du Forum des images à Paris, ces décennies de films parfaitement hors-normes présentés, la manifestation invite notamment vingt-cinq personnalités à venir présenter chacun un film hors des sentiers battus qu’ils aiment. Parmi ceux-ci, on compte le dessinateur François Boucq (qui donnera à revoir L’Obsédé, le 11 septembre), les réalisateurs Jean-Michel Roux, Philippe Grandrieux ou Mathieu Kassovitz, le pornographe HPG (qui a choisi Barfly, à voir le 14 septembre)… A noter que ce programme compte aussi dans ses rangs une femme dont les courts furent mis en lumière lors des précédentes éditions : la réalisatrice Mati Diop, Grand Prix à Cannes 2019 pour son premier long-métrage Atlantique. Et que le génial Antony Hickling est également convié à cette fête : saluons à ce titre encore une fois l’Étrange Festival, qui a offert une magnifique visibilité à ses films – le splendide Where horses go to die, et le frappant Frig – avant leur sortie au cinéma Saint-André-Des-Arts…

Au menu de l’édition, également, un hommage au mythique cinéma londonien la Scala, grand lieu des séances bizarres et agitées (avec notamment, la projection de Santa Sangre, mythique film d’Alejandro Jodorowsky, homme également très fêté lors de ce vingt-cinquième Festival), et cinq films choisis par Jean-Pierre Dionnet, pilier du magazine de bande dessinée français SF et horreur Métal Hurlant, et aux commandes des programmations Cinéma de Quartier, et Le Quartier Interdit, lors des grandes heures de Canal+.

Film fantastique maîtrisé au goût de cendre

A l’Étrange Festival, au sein des différentes sections (Nouveaux talents, Pépites de l’étrange, ou Compétition internationale pour le Grand Prix Nouveau Genre, avec achat du lauréat par Canal+ à la clé) on aime particulièrement visionner des films de genre (fantastique, horreur…) lorsque ceux-ci, au final, nous bousculent. L’une des projections attendues de cette édition numéro 25 a été celle, au sein de la section Mondovision, du nouveau film réalisé par le français Christian Volckman, très remarqué en 2006 pour son long-métrage d’animation Renaissance. Film d’angoisse dans une maison, à l’action située aux Etats-Unis et aux personnages s’exprimant en anglais (joués par des acteurs de chair et d’os cette fois), cette nouvelle production – française – s’est avérée maîtrisée, sobre, efficace, et un peu plus. Olga Kurylenko et le belge Kevin Janssens (Les Ardennes, Lukas, Revenge) y partagent l’affiche, dans le rôle d’un couple angoissé emménageant dans une grande maison isolée de la campagne américaine, bâtisse qui renferme une « chambre » capable d’exaucer les vœux

Si le point de départ fait craindre un film d’épouvante standard et de basse qualité, le traitement opéré par le français Christian Volckman change totalement cette donne, en dotant cette production d’un élément essentiel : un fond, un vrai. Seul élément à déplorer : le titre choisi pour le film, à savoir The Room… On suggérerait à l’équipe conceptrice de le changer, de manière à éviter toute confusion avec le nanar signé par Tommy Wiseau…

Dans ce film nimbé d’une belle lumière grise et enveloppante, transmise par une photo nette et travaillée, la pièce magique désignée par le titre a ses propres règles, que les deux héros (peu entourés, à l’écran, et excellemment bien joués par leurs interprètes, parfaitement fiévreux sans être caricaturaux) découvrent progressivement. En particulier lorsqu’un vœu très problématique est tout à coup formulé… Partant d’ingrédients déjà vus dans d’autres productions, donc, Christian Volckman conduit un récit où le mental de ses deux personnages part en déliquescence, capté en des plans très beaux et maîtrisés. Bien sûr, le film comporte des instants de tension forts. Mais sa qualité est de donner à affronter à ses deux héros, derrière le fantastique, un vrai problème humain. Un problème campé de façon parfaitement crédible et réaliste, malgré le cadre surnaturel, qui mène vers des choix humains et vers une situation de blocage qui pourrait se produire au sein d’un monde normal.

Résultat : on se passionne pour le destin et les coups de sang des protagonistes, pour leur évolution, et pour ce qu’ils traversent. La sobriété des effets, l’absence de multiplication de personnages secondaires inutiles et la complaisance parfaitement évitée, amènent le film à parler directement aux tripes et au cerveau. Sans pour autant sacrifier ses étonnants et beaux décors… Une découverte vraiment frappante, témoin de la capacité de certains films fantastiques présentés au sein de l’Étrange Festival à marquer par leur intelligence et leur caractère humain. On souhaite à cette production une sortie dans les salles françaises, ou une arrivée en DVD / Blu-Ray, qu’on saluera.

Toutes les séances à voir dans le cadre du 25e Étrange Festival ici

Visuels : © Les Films du Poisson

l’équipe du film à l’Étrange Festival 2019, avec, entre autres, l’équipe des Films du Poisson © Geoffrey Nabavian

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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