Cinema

« Where horses go to die » : la pépite crépusculaire de l’Étrange Festival 2016

« Where horses go to die » : la pépite crépusculaire de l’Étrange Festival 2016

17 septembre 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

En première mondiale, le réalisateur de Little Gay Boy a pu présenter sa nouvelle oeuvre dans la section « Mondovision » de l’Étrange Festival. Son talent, et celui de toute son équipe, ont éclaté au fil de cette mini-odyssée onirique, sensible et sincère. A voir en salles, allez !

[rating=5]

Where Horses Go To Die, un film d'Antony HicklingC’est un film qui commence par un crépuscule. Une fin de journée qui voit un peintre un peu âgé, un peu fatigué, marcher à la rencontre de personnes à part. Parmi elles, deux transsexuelles, Divine et Manuela, et une chanteuse de bar également prostituée, Candice, toutes trois un peu lasses, aussi. Sur le quai où la rencontre a lieu, les éclairages naissants sont captés à vif, sans embellissement. La caméra d’Antony Hickling, d’une sobriété exemplaire, capte une part de monde, en laissant toute la place aux acteurs. On les suit avec intérêt dans un café, puis dans un club de nuit à Pigalle, et enfin dans l’imaginaire du peintre, qui se représente ces trois personnes croisées, et essaye d’approcher leur mystère…

C’est un film qui étonne par sa remarquable unité : mélangeant – au moins – deux univers différents, réalité crue et rêve, il les capte un peu de la même façon – en des images sobres et pourtant élégiaques – comme pour déverser un peu d’onirique dans le réel, et inversement. Ses scènes, très simples, côtoient des passages où le ton varie brusquement : une opération de changement de sexe délirante, quelques brèves pauses musicales parfois dansées, toujours flamboyantes, des métaphores, traduites à coups d’esthétique pas écrasante…

Le monde de rêve, lui, est imaginé par le peintre Daniel, joué par Jean-Christophe Bouvet. Le film le figure de façon très juste : des scènes de vie décalées le composent, sises dans une maison imaginaire à la campagne, dont les souterrains recèlent des passages secrets vers le passé de nos personnages. Nul besoin d’effets spéciaux pour traduire cet univers : des idées, une caméra à la hauteur de ce qu’elle observe, et de splendides interprètes, suffisent. On sent les efforts que ces protagonistes font pour rester droits dans leur identité.

Et le contraste entre la crudité souterraine de l’univers décrit et la douceur des passages dialogués saisit aussi d’emblée : on garde en tête la scène du café, où Divine – magnifique Walter Dickerson – raconte quelques épisodes de sa vie à Daniel. C’est aussi un film extrêmement pudique – à interdire, peut-être, aux moins de 12 ans, mais pas de 16 – qui semble avoir recours au décalage pour donner à sentir les difficultés, sans en faire trop.

Where horses go to die, donc, ou un film traversé par un souffle crépusculaire discret, à la fois, simple, clair, et chargé d’éléments secrets. Au final, c’est un film qu’on a envie d’acheter, à la sortie de la salle, pour l’emmener chez soi et le revoir, plusieurs fois. De façon à explorer encore ses mystères. On souhaite qu’il connaisse, malgré sa durée brève – 1h07 – une diffusion en salles en France. Pour que d’autres encore puissent le découvrir.

*

Visuel : © Hickling & Allen Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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