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La Triennale 2012 ou la résurrection du Palais de Tokyo

La Triennale 2012 ou la résurrection du Palais de Tokyo

21 avril 2012 | PAR Bérénice Clerc


La troisième édition de La Triennale d’Art Contemporain (anciennement  » La Force de l’Art « ) ouvre en grand les portes du Palais de Tokyo du 20 avril au 26 août 2012. Les espaces de sept lieux associés situés dans Paris et sa proche banlieue sont également investis, Bétonsalon, Centre d’art et de recherche, le Centre d’art contemporain d’Ivry, le Crédac, Le musée Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, le Grand Palais, les Instants Chavirés, les Laboratoires d’Aubervilliers et le Musée du Louvre.

L’étroite collaboration entre ces différentes structures et le Palais de Tokyo offre un  espace d’échange et de débat unique en son genre pour permettre à la manifestation d’envisager le concept d’Intense Proximité et réfléchir à la signification de la création aujourd’hui dans le contexte d’une scène artistique française mondialisée et diversifiée.
Pour ce voyage en terre contemporaine, le commissaire général Okwui Enwezor s’est entouré de quatre commissaires associés,  Mélanie Bouteloup, Abdellah Karroum, Émilie Renard et Claire Staebler.

Le Palais de Tokyo qui entrouvrit ses portes le 12 avril est enfin visible et visitable dans son ensemble.  Passer de 7000 à 22000 mètres carrés n’est pas chose facile, la lumière est plus présente, les vastes espaces peuvent accueillir de multiples créations. Snobisme mis à part, passion du brut ou amour des vieilles pierres laissés de coté, le Palais de Tokyo ressemble à s’y méprendre à une friche Berlinoise, un squat New-yorkais ou une ancienne usine aux murs lacérés bruts de béton mais peu importe la forme, le fond artistique doit prendre sa place entre ces murs si controversés jusqu’à lors.

La Triennale est à visiter absolument avant le 26 août, témoignage puissant et polymorphe de la richesse et la force de l’art sous le prisme de 120 créateurs et pas moins de 1200 œuvres.

La perte des grandes utopies et le profond désenchantement actuel déboussole le monde et ses valeurs au point de perdre les repères fondamentaux. Quelles sont les limites d’un monde sans frontière où les cartes sont en constantes redistributions ? Quelle lecture Paris peut – elle faire de la création mondiale ?

Les grandes figures de l’anthropologie et de l’ethnologie française comme Claude Levy-Strauss sont convoquées par Enwezor qui propose une lecture sans hiérarchie de la création.

Grands penseurs, figures emblématiques de la culture française, scientifiques, chercheurs, artistes, intellectuels, penseurs… ont très largement contribué à enrichir la connaissance universelle. La création contemporaine, cinéma, musique, danse, performance, documentaire, mode, performance…se côtoient sur un pied d’égalité, au sein de l’exposition.

Une rencontre avec l’art est ici possible pour tous, la moitié des espaces et des expos est ouverte en permanence et gratuite, la totalité est visitable gratuitement pour les moins de 18 ans et 8 euros seront demandés aux plus âgés. L’espace immense du Palais de Tokyo offre une déambulation simple et accessible, il faut prendre garde au vertige de la multiplicité, se laisser vagabonder d’étage en étage, d’œuvres en œuvres et prendre le temps de ne pas saturer.

Un voyage profond dans le monde de l’art, une immersion totale dans un bain de création vivifiant et salvateur.

Un lien invisible se tisse entre les artistes de tous les âges et tous les styles, le guide de l’exposition classe les artistes en fonction de l’année de naissance des artistes et non par style, courant, forme ou médium.

Un vrai retour à la figure humaine, chaque œuvre fait naitre de l’humain. Les spectateurs fascinés, happés par l’art sillonnent les veines d’un monde parfois trash et violent mais aussi tendre et aimant.

Barthélémy Toguo présente un groupe d’aquarelles dérivées du Jugement dernier. Une exploration peinte de la violence, crânes humains décapités, tranchés, récurrence du motif d’un rouge sanguin livre une vision du rituel.

Comme une partition musicale, l’installation de Sarkis est très bien orchestrée et met en scène photos immenses et trésors de guerre arrachés à leur contexte, en vitrine et dénonce peut-être l’injustice des musées aux œuvres volées.

D’une grande simplicité formelle, l’œuvre de Monica Bonvicini pourrait tout donner à voir de sa structure, mais un de ses côtés est tronqué. Un bloc de chaines en acier sur un cube de miroir, une part quasi organique surgit de ce cube incomplet. Des chaines d’un côté, et de l’autre, des viscères… La tradition de l’exposition comme principe d’exhibition de l’objet fétichisé est ici évoquée avec force.

Annette Messager donne vie à des êtres sans corps, flottants, fantômes d’humains, réminiscences diaboliques de fêtes foraines, la folie désincarnée danse au gré du vent une chorégraphie magnifique habitée au point de faire vibrer l’espace.  Pied de nez aux convenances, ces silhouettes agitées laissent parler leurs ombres et se moquent des humains.

Batou S’himi dépossède les objets de leur premier usage et découpe les continents dans des bouteilles de gaz et des cocottes minute posées sur le sol pour libérer un monde sous pression.

Installations, performances, vidéos, photos, peintures, sculptures, chaque spectateur peut se faire son programme et son idée du monde accompagné par des artistes amoureux des Hommes, désireux de les faire exister, avancer, réfléchir…

Partons tous à la découverte de nos Alter Ego !

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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