Arts

Izis, photographe du rêve.

19 janvier 2010 | PAR Ariane Lecointre

Izraëlis Bidermanas fait rêver Paris à partir du 20 janvier. Une belle occasion de découvrir ce photographe humaniste trop peu connu et pourtant grand poète de l’image.

Izraëlis Bidermanas quitte la Lituanie en 1930 pour s’installer à Paris, avec trois sous en poche et son baluchon sous le bras. La période troublée ne l’empêche pas d’être embauché par le studio Arnal, puis par Rabkine, dont il épouse la fille. Izraëlis Bidermanas fuit Paris sous la menace allemande, c’est à Ambrezac qu’il choisit le pseudonyme d’Izis, qui deviendra son nom d’artiste.
Avant la guerre, Izis était artisan, après il devient artiste. Il tire le portrait  de maquisards, dont il fait une série « Ceux de Gramont ». En 1949, il devient reportetuileries_1950r à Paris-Match, où il travaillera jusqu’en 69.

Izis est au sens propre du terme un poète, il crée un monde, une musique, un songe. Plusieurs jalons marquent sa vie d’artiste. Il est d’abord ce grand portraitiste, imagier de ce que la France compte d’auteurs, d’intellectuels et d’artistes (Camus, Aragon et Elsa Triolet, Roland Petit, Aymé…). Puis Izis rencontre Brassaï, grâce à qui il découvre que la photographie peut être autre chose que les portraits. Il s’ouvre alors au Paris fantasmé, une ville lumière dont il fait un refuge.
Izis forme avec Prévert  ces duos écrivain/photographe qui entrent dans la mythologie. Le poète met en mot la puissance évocatrice de la photo, ajoutant à son charme énigmatique. De cette union artistique naissent Grand Bal du printemps (1951) et Charmes de Londres (1952).
Autre relation féconde, celle nouée avec Colette en 1950, qu’il parvient à faire voyager grâce à l’image. En 1953 paraît Paradis Terrestre.
Marc Chagall enfin est ce peintre qu’Izis avait toujours rêvé d’être. Il est le seul journaliste accueilli lors de la réalisation du très décrié plafond de l’Opéra de Paris. Izis publie en 1969 Le Monde de Chagall.
Le parcours du photographe éperdu de Paris et perdu loin de ses racines est ainsi ponctué d’ouvrages qui font dialoguer le verbe et l’image épurée.

Izis met aussi en image son humour lorsqu’il photographie le couronnement de la reine Elizabeth et plus précisément les regards anglais sur l’événement. Les oies du couronnement en 1953 met en scène un portrait de la reine, au-dessus duquel sont pendus des volatiles, comme un diadème désopilant.
Un certain déchbordsdeseine_1949irement transparaît encore dans ses photographies sur Israël, terre promise.
Le cirque et la foire, grinçants et cruels, sont une matière de prédilection pour Izis, rêveur décalé et maître de l’illusion. Manuel Bidermanas, co-commissaire de l’exposition, parle de « cynisme poétique ».

Ce photographe urbain est très complexe, obsédé par la ruine et par l’exil. Izis poétise la nuit  et le jour, le mouvement et la fixation, la lumière, le vide. Il choisit de shooter les rêveurs, les amoureux ou les pêcheurs pour ne pas avoir a affronter le regard du photographié, et préserver sa timidité.
Cette timidité est, selon Armelle Canitrot (commissaire de l’exposition) une des façons d’expliquer qu’Izis soit si peu connu. Le photographe jouait dans la cour des grands, sélectionné en 1951 par le MoMA pour l’exposition Five French Photographers aux côtés de Doisneau, Cartier-Bresson, Ronis et Brassaï. La méconnaissance s’explique par son caractère peu communiquant et son salaire à Paris-Match qui ne l’obligeait pas à vendre ses œuvres. Décédé en 80, l’artiste n’a pas eu le temps, comme ses pairs, de faire fructifier son patrimoine.
L’exposition est donc l’occasion de rencontrer ce rêveur, « Inconsolable mais gai » selon Manuel Bidermanas, reprenant à son compte les paroles de « L’Hurluberlu » d’Anouilh.

Informations pratiques :

– Du 20 janvier au 29 mai
– Hôtel de Ville – Salle St-Jean
5 rue de Lobau 75004 Paris
– Tous les jours de 10h à 19h sauf dimanches et jours fériés, Entrée libre

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Ariane Lecointre

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