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A la galerie Backslash, France Bizot révèle ses iCônes

A la galerie Backslash, France Bizot révèle ses iCônes

07 juin 2017 | PAR Camille Bardin

Jusqu’au 22 juillet la galerie BACKSLASH présente le travail de France Bizot. Portraits sacralisés et carnets de voyage de l’artiste sont pour la première fois révélés au public. A découvrir. 

Un je ne sais quoi ; c’est souvent ce qui précipite France Bizot vers ses crayons. Depuis deux ans, elle écume Instagram et les réseaux sociaux à la recherche de visages, d’attitudes fascinantes à dessiner. Un travail qui s’inscrit dans la continuité de ses recherches : dés la création de Facebook en 2004, l’artiste s’intéresse à la naissance de ce qui pour elle va bouleverser nos relations. Ce monde virtuel devient alors une véritable source d’inspiration : « Quand Monet se réveillait il voyait des nénuphars et bien aujourd’hui mes nénuphars sont les réseaux sociaux et le téléphone portable. » Dans un premier temps elle s’intéresse exclusivement à Facebook. Les commentaires, les photos et surtout ce manque de hiérarchisation. « C’est ce que je trouve de plus intéressant. Cela va tellement vite. La photo de ton gamin est à côté du cupcake que ton collègue a mangé puis suit un magnifique tableau de Goya. »

L’absence d’amour

Pourtant l’artiste n’exprime aucune crainte face à ces échanges virtuels et estime que nous sommes loin de l’appauvrissement des relations que certains déplorent. Le piège qu’il faudrait éviter serait donc de confondre l’intérêt que peut nous porter les internautes avec de l’amour. Pour France Bizot cette confusion réside entre le «like » et le « love ». La langue française ne fait pas la distinction entre ces deux concepts, nous ne connaissons que les « J’aime ». En citant Spinoza pour qui « L’amour est de l’éthique et de l’odeur », elle complète sa réflexion : « Sur Facebook il n’y a pas de moral profonde, pas de véritable amitié. Mais ce n’est pas rien non plus. Il y a bien quelque chose qui s’apparente à de l’amour, peut être une sorte de reconnaissance. » Ou peut être même de la fascination. C’est du moins ce que France Bizot semble ressentir face aux figures qu’elle dessine et qui sont présentées lors de sa troisième exposition personnelle à la galerie BACKSLASH. Sa mère, ses enfants, ou de simples inconnues croisées par hasard sur son fil d’actualité sont autant de magnétismes qui la pousse à la création. Davantage portée sur le smartphone, l’exposition qui se tiendra jusqu’au 22 juillet porte donc bien son nom iCônes. « On avait sa petite icône dans une boite et on emmenait sa Vierge Marie partout avec soi. Aujourd’hui nous avons aussi nos petites images sacrées. La preuve la première chose que je vous aie montré c’est mon Tumblr ! »

Dessiner ces personnes est également un moyen de prendre le temps, du recul, de redonner corps à ce qui est virtuel. « C’est un travail thérapeutique. Tout le monde est un peu alzheimeurisé par ce train à grande vitesse. Dessiner ces personnes est rassurant. » France Bizot file sa métaphore ferroviaire pour expliquer la fascination qu’elle porte à certaines images. « C’est comme lorsque nous sommes dans un TGV et qu’un château se détache de l’horizon. Nous n’avons pas le temps de vraiment le regarder. mais qu’est ce que c’était fort ! »

Icônes féminines, icônes sacrées

Seules figures masculines de l’exposition : le fils et le frère de France Bizot. Les autres sont toujours des femmes, les dessiner représente une sorte de quête identitaire pour l’artiste. « J’ai davantage la sensation de comprendre les hommes. Les femmes me racontent des choses sur moi, cela m’interroge sur ce que je suis sans le savoir. On se demande souvent  » mais qu’est ce qui me fascine autant chez elle ?  » ». Chez ces figures féminines, le regard est souvent dirigé vers le visiteur. Une attitude déconcertante qui nous plonge dans une expérience originale où le regardeur est regardé. D’habitude derrière notre écran nous sommes désormais dévoilés dans notre contemplation. Et comme toute icône sacrée a son auréole, France Bizot conclue son geste graphique en ajoutant des formes géométriques sur les visages qu’elle dessine. Des griffures ou tatouages qui sont nécessaires à ses portraits. « C’est un peu une façon de bousiller mon dessin. Sans que je puisse vraiment l’expliquer. »

Le travail de France Bizot, ultra-contemporain, esthétise une époque qui s’écrit seulement, avec recul et intelligence. iCônes est donc une exposition qu’il faut voir si vous passez l’été à Paris.

Visuels :

Vogue @Vittoria Ceretti, 2017
Crayon et gouache sur papier
15 x 21 cm
Mme Alphonse Karr, 2017
Crayon et gouache sur papier
15 x 21 cm

Infos pratiques

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Camille Bardin

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