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Schiele et Basquiat : deux expositions séparées sur deux génies morts à 28 ans à la Fondation Louis Vuitton

Schiele et Basquiat : deux expositions séparées sur deux génies morts à 28 ans à la Fondation Louis Vuitton

04 octobre 2018 | PAR Yaël Hirsch

C’est l’une des expositions les plus attendues de la rentrée : les autoportraits de deux icônes mortes à 28 ans, l’une au début du XXe siècle, l’autre à sa fin, se pavanent dans la ville pour nous inviter à aller dans le Bois de Boulogne. Et les Parisiens iront pour voir des œuvres de collections privées très peu montrées, même si le sel promis n’est pas là et que Schiele et Basquiat font en fait l’objet de deux expositions bien séparées et de tailles diverses. Première nocturne dès le 5 octobre.

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Tout commence au sous-sol où les portes des deux expositions sont voisines. Il y a là le décès à 28 ans de Schiele et de Basquiat et le commissariat mutualisé. Mis à part cela, aucun point commun. Du côté de Schiele, exposition plus modeste, réunie en un étage en trois salles, l’on a surtout affaire à des dessins (et quelques toiles) arrangés dans un ordre chronologique parfois un peu terne.

Comme d’habitude chez Vuitton, la force de l’exposition est de réunir des œuvres éparpillées dans divers musées du monde (Leopold, Wien, Lewis Collection, Collection Richard Nagy, Collection Nahmad, Musée de la Friese du Nord, Ernst Ploil..). Le deuxième point fort est de mesurer combien le propos est condensé, cohérent et bouge peu à travers les petites années que Schiele a eu pour se perfectionner. L’obsession est là, souvent les membres sont nus et noueux, à vif. Et c’est superbe. En morceau de bravoure de ce rassemblement, les trois autoportraits peu connus de la dernière salle sont sublimes. Les fans de Vienne, de l’expressionnisme, de la Sécession et des artistes maudits ne peuvent pas manquer cela.

Du côté de Basquiat, jeune âge et travaux forcés à la Factory obligent, tout est aussi très condensé. Mais c’est sur près de dix salles que des œuvres de plus en plus monumentales qui vont de 1981 à 1985 s’exposent selon un parti pris thématique affirmé. On voit les débuts, l’atelier dans la rue avec l’inspiration de Cy Twombly, les têtes, les doubles avec ou sans poulet rôti, où l’on reconnaît parfois les visages connus des collègues Rammellzee et Toxic. Puis grimper un étage nous bluffe complètement avec un mur superbement scénographié de 21 œuvres puis dans une salle blanche immaculée sous le titre « Murs » d’immenses fresques, certaines engagées comme Per Capita qui oppose au E pluribus américain le passé de l’esclavage.

Puis l’on passe par un cycle de « héros et guerriers », par la musique et les mots avant de finir, encore un étage plus haut sur les griots, le travail commun et kitsch avec Warhol et la réflexion sur la diaspora africaine. La tête qui tourne un peu devant tant d’œuvres, bluffé encore une fois par les origines diverses de cet incroyable butin assemblé (collection particulière, collection Bischofberger, Collection Mugrabi, Fondation Louis Vuitton elle-même, Fondation Brant…), on sort de cette immersion chez Basquiat beaucoup plus secoué que par l’exposition qui avait eu lieu au Musée d’art moderne en 2010, peut-être parce qu’on mesure la quantité de travail ainsi que la diversité des influences qui vont du graffiti au vaudou en passant par une spiritualité catholique forte, une implication politique marqué et une capacité à saisir des personnages absolument époustouflante… A voir absolument.

Photos : affiche des deux expositions
1/ Jean-Michel Basquiat. In Italian, 1983. Acrylique et crayon gras sur toile avec supports en bois et cinq plus petites toiles peintes au feutre. 224,8 × 203,2 cm. Courtesy The Brant Foundation, Greenwich, Connecticut, États-Unis © Estate of Jean-Michel Basquiat. Licensed by Artestar, New York. Photo : © Robert McKeever
2/ Egon Schiele Autoportrait, 1914 Gouache, aquarelle et crayon sur papier 47 x 30,6 cm Ömer Koç Photo : © Hadiye Cangókçe

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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