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Planche(s) contact, l’identité photographique d’une ville

Planche(s) contact, l’identité photographique d’une ville

30 octobre 2018 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa neuvième édition, le festival Planche(s) contact poursuit la constitution de sa mosaïque photographique sur Deauville.

Planche(s) contact est un festival de création photographique, et excepté l’exposition sur la plage de Roger Schall, tout est créé spécialement pour l’occasion. Les clichés de Schall, qui venait régulièrement à Deauville des années 1930 aux années 1950, dévoilent, les pieds dans le sable, comment se vivait la plage à cette époque. Culte du corps, célébrités en vacances, maillots de bain au goût parfois discutable, il saisit avec son Rolleiflex des images à la composition maîtrisée, débordantes de vie et au grain incroyable. Majoritairement inédites, ces photographies témoignent des étés du début des congés payés jusqu’à l’après-guerre.

Si l’époque diffère, le sujet est identique pour tous les photographes invités : capturer la ville. Chacun donne sa vision personnelle, artistique, construisant un pêle-mêle à taille urbaine. Depuis la création du festival en 2010, avec Deauville pour thème imposé, les artistes construisent peu à peu un portrait de la ville, entre documentaire artistique et témoignage historique.
Si les images emblématiques sont les Planches, le casino et les chevaux, certains s’en détournent complètement. Guillaume Noury préfère s’éloigner du soleil et errer la nuit dans la ville pour capter les moments de flottement, les absences, le temps suspendu entre deux jours balnéaires. Pierre Cattoni s’intéresse à l’ambiance hors saison et Liz Hingley, dans une démarche tout aussi proche du quotidien, met l’accent sur les habitants à l’année en photographiant tous petits et personnes âgées.

Le Point de vue accueille Isabel Muñoz et ses portraits de chevaux, parfois en contact étroit avec des modèles, créant des créatures hybrides entre homme et animal. Les animaux sont capturés dans des positions peu courantes, éloignées des stéréotypes de la représentation chevaline, en lien avec la mer, dans une démonstration de puissance physique très naturelle. Dans l’espace contigu se trouve le tremplin jeunes talents, partagé par cinq photographes au début de leur carrière et présentant le fruit de leur résidence à Deauville. Ces cinq visions variées vont de l’approche très graphique d’Hugo Vouhé et ses portraits de mode léchés aux couleurs saturées, au noir et blanc morcelé de Mireia Ferron, en passant par les lumières laiteuses des symétries d’Alexandre Chamelat. Chacun y exprime son sens de la scénographie et de l’accrochage, que ce soit des photos juste pointées au mur, ou contrecollées et écartées du support, ou encore dans une salle à la scénographie immersive comme celle de Samuel Lebon. Il nous invite à partager son intimité, les six mois passés à créer entre photographie et écriture en recréant une chambre où texte et image se partagent la vedette.

La carte blanche de cette année a été offerte à Vincent Delerm, qui a choisi de la partager avec Franck Hedin et ses élégantes de Deauville, et Pierre Cattoni. Installé dans la salle des fêtes, dans une ambiance d’après-banquet un peu déprimante, Vincent Delerm a posé ses photographies sur les tables, sous un grand écran le montrant jouant du synthétiseur dans la ville. Les photos sont poétiques, les couleurs pastels amenant une touche nostalgique un peu vintage contrebalancée par les titres ironiques. Le seul bémol est la présentation des tirages papier un peu trop sommaire qui dessert les œuvres.

Enfin, Isabelle Chapuis investit le petit bassin, où elle a fait déborder la plage, et montre les corps de ses modèles dans leur relation au sable, qu’il recouvre la peau comme un masque ou accueille le corps dans ses creux. Yusuf Sevinçli lui aussi a choisi d’explorer la plage, ses éléments, ses passants et ses motifs, et donne un grain à ses photographies rappelant celui du sable, à la fois rugueux et doux.

Cinq tirages de chaque exposition sont conservés par la ville et entrent dans le fonds photographique qui intégrera le musée des Franciscaines, dont l’ouverture est prévue au printemps 2020. Cette promenade dans la programmation « in » du festival est à compléter par le « off », également disséminé dans la ville, et par le concours de la 25ème heure, cette heure virtuelle du passage à l’heure d’hiver, que les amateurs sont invités à immortaliser.

Le temps d’un week-end, partez explorer une ville à l’image très forte et laissez-vous surprendre par ses nombreux autres visages.

Planche(s) contact
20 octobre – 25 novembre 2018
Deauville

Visuels, pour Planche(s) Contact 2018, Deauville: 1- affiche du festival / 2- © Roger Schall, exposition grand format / 3- © Vincent Delerm, Deauville est une fête / 4- © Alexandre Chamelat, Auwa Kingdom / 5- © Isabel Muñoz, Mi-homme mi-bête / 6- ©Pierre Cattoni, A volets fermés

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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