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Les nouvelles aventures de Sabrina ou comment le petit écran dépouille #metoo

Les nouvelles aventures de Sabrina ou comment le petit écran dépouille #metoo

30 octobre 2018 | PAR La Rédaction

Quand les producteurs de Riverdale annoncent le reboot de Sabrina, sitcom des années 1990 plutôt neuneu mais attachante, on se réjouit de voir une bonne série horrifique pour ado qui pourrait être aussi sombre et drôle que la bande-dessinée tirée des Archie Comics. Une chose est sûr, c’est qu’on est loin de l’héroïne ingénue qui transformait les garçons de son école en serpillières. La nouvelle Sabrina est toujours aussi blonde mais combat des démons cauchemardesques, des morts vivants et même Satan lui même: elle est vraiment trop forte! Mais est-ce vraiment suffisant pour être convaincant ?

Par Marine Sulitzer

Les nouvelle aventures de Sabrina nous narrent le dilemme de Sabrina (Kiernan Shipka), mi-sorcière, mi-humaine, qui à la veille de son anniversaire doit choisir entre son baptême de magie noire et sa vie de jeune lycéenne mortelle. Élevée par ses tantes sorcières Zelda (Miranda Otto) et Hilda (Lucy Davis) et son oncle Ambrose (Chance Perdomo), la jeune fille se retrouve face à son destin: servir Satan et rentrer à l’académie de magie où s’opposer à sa famille et continuer sa vie d’adolescente au côté de son petit ami qu’elle aime plus que tout, Harvey Kinckle (Ross Lynch). La promesse est alléchante, mais c’était sans compter sur la médiocrité des personnages secondaires, et des trames narratives grossières qui érigent ses héroïnes en garantes jusqu’au-boutistes de la liberté d’expression et des droits des femmes. Les hommes sont systématiquement nuls: du pauvre petit ami faiblard, au proviseur misogyne, en passant par le père abusif ou encore le joueur de football violeur de jeune fille en fleur.

Imaginer une héroïne féministe semble un bon point de départ, mais l’entourer de clichés en tous genres sans profondeur narrative, et sans se pencher sur les motifs complexes qui lient les personnages dans leur combat, fait prendre l’eau au sujet. En pleine tempête #metoo, les auteurs semblent s’être emparés du mouvement en l’accommodant à la sauce « ados retardés ». Voir évoluer une jeune fille forte, libre et courageuse, comme l’avait d’ailleurs très bien incarnée Wonder Woman dans le blockbuster américain réalisé par Patty Jenkins, fait du bien. Mais quand tous les personnages masculins d’une histoire sont relégués au rang de carpette écervelée, les faits d’armes de notre sorcière bien-aimée se transforment en coup marketing mousseux trop modeux pour être pris au sérieux.

A ce sujet, le petit écran n’en est pas à son premier fait d’armes. Depuis l’avènement des sitcoms au début des année 1990, beaucoup de séries reprennent les codes du politiquement correct, de la pensée tendance au gré de l’opinion du moment. Pendant cet âge d’or du feuilleton grand public, il était alors bien vu de montrer des mères de famille nombreuse, des jolies filles sexy en maillot de bain, ou encore des hommes dominant les femmes dans le monde des affaires. Difficile d’imaginer aujourd’hui qu’un show comme Sept à la maison, la série américaine qui mettait en scène le pasteur Eric Camden, son épouse Annie et leur sept enfants, puissent voir le jour. Une mère au foyer élevant ses enfants dans les valeurs traditionnelles d’une Amérique évangéliste et républicaine trouverait certainement un certain public parmi les électeurs de Trump mais s’attirerait les foudres des féministes des quatre coins du globe. Il en est de même de Ally Mcbeal, la très bonne série crée par David E. Kelley qui relate les déboires d’une jeune avocate dans un cabinet à Boston. Les plus talentueux de la firme sont des hommes, sans parler de Richard qui croupirait aujourd’hui en prison pour agression, et harcèlement sexuel.

Mieux vaut être tendance donc. Et à suivre les aventures de Sabrina, l’on se prend à rêver d’héroïnes féministes digne de ce nom, à l’instar de Ellen Ripley dans Alien de Ridley Scott. Le monstre du film, incarnation sous-jacente du désir masculin, est au moins digne d’être démoli. Pareil pour les personnages féminin de Tarantino. Que se soit dans Thelma et LouiseKill Bill les protagonistes affrontent de vrais mâles tyranniques, violents et misogynes ce qui rend leur combat digne et puissant.

Et l’on rêve de pouvoir écrire un long mail à Roberto Aguirre-Sacasa, showrunner de la série Sabrina. Pour la saison 2 (déjà en préparation), servez-nous un petit ami avec des couilles, des camarades de classe un peu drôles et un vrai combat contre un vrai super vilain. S’inspirer d’un mouvement important pour faire vivre des personnages qui entrent en résonance avec notre monde, c’est évidement une excellent idée, mais il est bien dommage d’en faire une bouillie branchée vide de sens.

Visuel :©Netlix

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