Cinema

[Critique] « Wonder Woman », film de super-héros qui tient la route

[Critique] « Wonder Woman », film de super-héros qui tient la route

07 juin 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Visionnage au final plutôt agréable pour cette aventure de la super-héroïne, pas trop lourde et intéressante, côté contexte et petites nouveautés.

[rating=3]

Mais tous les films de super-héros racontent la même histoire : celle d’êtres aux pouvoirs supérieurs, mais très seuls, qui se sentent marginaux et réagissent mal. Puis se trouvent opposés aux héros, aux vrais, à ceux qui donnent leurs noms aux films… Une situation très juste, sur le plan humain, en fin de compte. Wonder Woman, nouveau volet de l’Univers Ciné DC Comics, qui fait suite au très bon Man of steel (2013), puis à l’assez lourd Batman v Superman : l’Aube de la justice (2016) – ces avis demeurant subjectifs… et on avait oublié Suicide Squad tiens – suit un peu cette trame. Avec une particularité : son histoire trouve place au sein d’un conflit réel, historique, la Première Guerre mondiale. A laquelle Diana, une Amazone de sang royal – qui sera connue plus tard sous le nom de Wonder Woman, donc – va prendre part afin de sauver des vies humaines… Cette idée amène une situation intéressante : un mystérieux dieu de la guerre, assez abstrait, est traqué. Cette introduction d’éléments réalistes dans cette histoire de super-héroïne mène vers une dimension curieuse, qui donne au film un arrière-plan sérieux, plutôt convaincant et prenant.

Mais du sérieux, justement, la forme de ce Wonder Woman en a un peu trop à revendre… Et les efforts pour être badass ou beau à tout prix – on pourrait l’écrire en majuscules – se transforment un peu en défauts. Les scènes d’action, pour commencer, n’usent et n’abusent que d’un seul outil : le ralenti… On n’en est plus là, les blockbusters de super-héros récents présentent des passages d’action fluides, bien plus stimulants… On a également un peu de mal à croire au monde des Amazones, présenté en tout début de récit : les incrustations numériques sont un peu… voyantes, et les scènes dialoguées quelque peu pataudes. D’autant plus que cet univers des Amazones constitue ici un monde parallèle, vu qu’il se trouve pénétré par hasard par le temps de 1918, avec un pilote britannique qui s’échoue dans sa mer, suivi par des soldats allemands lancés à ses trousses. Bon, les Amazones appartenant à la Mythologie, dans l’Antiquité Grecque, on dit okay… On sera moins indulgent avec le nom donné à l’esprit de la guerre abstrait et malfaisant : Arès. Vis-à-vis de ce dieu issu de la Mythologie grecque ancienne, également, l’appellation du film est réductrice. Le personnage nommé ainsi a une personnalité réduite à quelques traits. Pas complexe… Il eut mieux valu le nommer Esprit de la guerre, tout simplement. Un tel traitement rappelle un tout petit peu celui que firent subir les studios Walt Disney, dans Hercule (1997), à Hadès, autre dieu grec ancien…

Bon, la mise en scène s’arrange un peu lorsque l’entrée dans le monde de 1918 se fait : les teintes grises de la photo tiennent la route. Certaines scènes, un peu à faire, un peu déjà-vues, et certains personnages, telle cette secrétaire un peu caricaturale, passent moins bien la rampe… Mais on se laisse porter par le rythme, vers quelques passages mouvementés bien sentis, et surtout, vers une fin plus intéressante, plus originale, plus intense.

Au final, si le film pèche parfois par excès de sérieux, et s’il nous fait davantage croire à ses champs de bataille du monde réel plutôt qu’à son univers fantastique du début – dans Man of steel, par exemple, on croyait au réel autant qu’au galactique – on aime ce qu’il propose en termes de petites nouveautés. Et si Gal Gadot – très, très belle – livre une performance inégale, et en fait parfois un peu trop, on remercie deux acteurs pour leurs fortes présences : Saïd Taghmaoui, qu’on est heureux de retrouver, et surtout l’essentiel David Thewlis, connu pour son rôle de Professeur Lupin dans la saga Harry Potter, comme pour les films de Mike Leigh. Deux hommes handicapés respectivement par un chapeau rouge, et une moustache, quelque peu en trop, mais qui livrent de belles prestations…

*

Visuels : © Warner Bros. France / © 2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC ENTERTAINMENT, LLC / Clay Enos

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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