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Planches contact, dans les coulisses de la préparation d’une édition particulière

Planches contact, dans les coulisses de la préparation d’une édition particulière

23 juin 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le 17 juin dernier, nous avons suivi, le temps d’une journée, l’élaboration de la prochaine édition du festival Planches contact de Deauville. Aperçu de l’adaptation d’un festival face à un contexte inédit.

A la Villa Namouna, plaque tournante de l’organisation de Planches contact et des résidences, chacun s’affaire avec enthousiasme. Il s’agit de rattraper le temps suspendu du confinement et la période incertaine où la décision de maintenir ou non le festival était encore à prendre, et de mettre en place la 11ème édition prévue pour octobre 2020.

Reprendre la création

Planches contact est un festival de création photographique. Il est basé sur un système de commandes et de résidences de création, qui ont généralement lieu entre février et mai. Pendant les résidences, les photographes capturent leur vision de la ville et du territoire et mettent en forme ce qu’ils présenteront à l’automne. Cette année, le confinement a stoppé net les photographes dans leur processus créatif.

Deux des jeunes talents présents ce jour-là, Nadine Jestin et Manon Rénier, expliquent que cet arrêt a été d’autant plus brutal qu’elles étaient comme coupées du monde, absorbées dans leur bulle créative, et n’avaient pas pu prendre la mesure des évènements. En effet, cette résidence permet de se consacrer entièrement sur une période donnée à son projet artistique. Malgré la difficulté à retrouver l’impulsion initiale pour un projet coupé dans son élan, toutes deux font part de leur excitation et de leur joie à reprendre le travail.

Les résidences de Planches contact permettent également de constituer une communauté. Tous logent à la villa Namouna et partagent leur quotidien, de la préparation du repas à la discussion de fin de soirée. Les photographes se rencontrent, échangent idées, astuces ou techniques et peuvent ainsi créer des liens. Une période qui permet d’affirmer et affiner son style pour les jeunes talents, et d’approfondir ses recherches ou explorer de nouvelles pistes pour les photographes confirmés.

S’adapter à la crise sanitaire

Le festival a dû se réorganiser face à la fermeture des frontières. Les jeunes talents ne sont plus que quatre cette année au lieu de cinq habituellement ; Todd Hido, qui vit aux Etats-Unis, avait par chance terminé sa résidence peu avant le confinement et pourra donc exposer cette année. Mais d’autres, venant notamment d’Afrique ou d’Australie, ne peuvent toujours pas quitter leur pays. Il a donc fallu adapter la programmation, reporter ou avancer certains projets et se recentrer autour de photographes européens.

Autre conséquence du Covid-19, les lieux du festival doivent être repensés pour correspondre aux normes d’accueil du public compatibles avec la gestion de la crise sanitaire, bien qu’on imagine aisément l’incertitude face à l’évolution de ces règles. Le chantier des Franciscaines, le nouveau grand lieu culturel de Deauville qui aurait dû être inauguré en juin 2020 et jouer un rôle important dans le festival, a été arrêté avec le confinement. On prévoit aujourd’hui une inauguration pour 2021, mais en attendant, de nouveaux lieux doivent être trouvés pour les expositions. Accompagnée de Werner Jeker, le scénographe et graphiste de cette édition, la directrice artistique Laura Serani arpente la ville à la recherche de lieux et de supports insolites et d’un parcours structurant pour les visiteurs, qui devrait être majoritairement en extérieur.

Lire les traces de la pandémie dans la photographie

Pour Laura Serani, il est très important que le travail fait pendant la résidence s’inscrive dans la continuité de la démarche des photographes. Par exemple, Philippe Chancel poursuit à Deauville et dans sa région son travail Data Zone avec un catalogage du territoire. Mais arrivé juste après le 11 mai, il s’est trouvé dans une ville encore très fermée, dans une situation et une ambiance inédites. La production photographique portera les traces du Covid-19, que ce soit par les sujets abordés, les atmosphères particulières capturées ou la possibilité pour les photographes d’avoir plus de temps pour leur projet.

On oscille ici entre les dimensions documentaires et artistiques du medium. Si la démarche est artistique, elle n’en reste pas moins le reflet d’une époque et de la sensibilité d’une personne. Pour Lorenzo Castore, qui suit depuis une semaine un jeune couple d’amoureux qui a été séparé par le confinement, la capture de cette intimité sera nécessairement sous-tendue de nouveaux gestes issus de cette période inédite. De son côté, Evangelia Kranioti a ressenti le besoin de faire une pause dans ses sujets habituels très engagés et de laisser libre cours à son imagination. Une façon pour elle de reprendre son souffle après plusieurs mois de crise.

Le travail d’Edoardo Delille, du collectif Riverboom, se positionne clairement en réaction à la pandémie. Pour lui, le contact humain est l’une des choses qui a le plus manqué pendant le confinement. Et quoi de mieux comme contact que le baiser ? Il a donc demandé aux couples de la ville de s’embrasser, masques cachés, en clin d’œil au baiser d’Un homme et une femme, pour ensuite les mettre en scène de façon ludique aux angles des bâtiments de la ville.

D’après Laura Serani, cette édition se place sous le signe de la chaleur, de la générosité et du partage. Chacun transmet une part de vitalité et de chaleur humaine dans son travail et son énergie. Sa volonté est de faire de Deauville une seconde maison pour les photographes, un lieu d’échange ouvert qui permet de créer des liens. Afin d’augmenter la portée du festival, un nouveau partenariat avec la fondation Photo4food permettra une exposition supplémentaire sur la plage de quatre photographes (Charlotte Bovy, Thomas Dhellemmes, Letizia Le Fur et Anais Tondeur), ainsi qu’une vente aux enchères de clichés créés pour le festival au bénéfice de la lutte contre la pauvreté.

Cette nouvelle édition de Planches contact, qui relancera après le festival de cinéma de septembre la saison culturelle de Deauville, promet d’être particulière. Remise en route avec un besoin de culture et de chaleur humaine, son énergie devrait être communicative. L’illustration que la contrainte d’une situation difficile peut être utilisée et sublimée par l’art.

Visuel : les résidents et l’équipe de Planches contact – Photo Manon Rénier

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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