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« Persona grata » aux MNHI et MAC VAL : le regard sensible de l’art sur l’immigration

« Persona grata » aux MNHI et MAC VAL : le regard sensible de l’art sur l’immigration

16 octobre 2018 | PAR Claudia Lebon

Le Musée national de l’histoire de l’immigration et le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne mutualisent leurs ressources artistiques pour interroger la notion d’hospitalité. Une exposition en deux lieux qui propose une approche sensible et poétique de ces questions éminemment politiques.

L’événement nous bouscule déjà, avec ce titre piège qui nous rappelle qu’habituellement, la persona est plutôt « non grata ». Cet écho intérieur provoqué discrètement mais sûrement par l’artiste Lahouari Mohammed Bakir, résonne suffisamment pour nous pousser jusqu’aux portes du Palais de la Porte Dorée.

A l’extérieur, les drapeaux multicolores des United Nations Camouflage sont dressés. Mais où sommes-nous et où allons-nous exactement ? Notre voyage vers cet énigmatique Eldorado démarre aussitôt. C’est le moment de s’abandonner et d’accepter de s’immerger dans l’obscurité de ce no man’s land qu’est la mer. Dans ce noir enveloppant, les rêves, désirs, espoirs et souvenirs brillent comme autant d’appels d’urgence et de signes de vies. La Casa de l’artiste chilien Enrique Ramirez flotte sur l’eau et ses petits papiers blancs s’envolent dans un espace sans lumière, âmes égarées ou messages politiques inaudibles.

Pendant ce temps, au large des Comores, l’apprenti passeur de Laura Henno se familiarise à son futur métier, sous le regard sérieux de son père adoptif. Une fragilité d’enfant qui perturbe, au milieu de cet environnement. C’est le moment de traverser la frontière, et déjà nous sentons que quelque chose nous quitte, sans vraiment nous laisser. Le dédoublement s’opère et l’exilé traîne avec lui une ombre ou un fantôme de lumière, comme celui de l’artiste Xie Lei. Avec Barthélémy Toguo, la rencontre frontale avec l’identité administrative transforme les corps en étranges et gigantesques tampons à VISA. Le drapeau français attristé du Collectif Claire Fontaine assiste à cette scène mais sa peinture magique qui ne sèche jamais, semble déterminée à ne jamais se figer.

Après une profonde respiration d’amour dans l’antre soufie de l’égyptien Moataz Nasr, les mains se détendent et accueillent. Que ce soit un plateau de thé comme chez Laure Prouvost, une caresse, un immense tapis ou une cabane comme celle que construisent les Charpentiers solidaires de Calais, la mobilisation humaine et citoyenne trouve ici une visibilité. Après une expérience dans une classe allophone d’Ivry-sur-Seine, l’artiste coréen Kyungwoo Chun transmue le réel dans une œuvre splendide où le poids de celui que l’on aide devient une couverture chaude et précieuse.

Alors que le bruit de la mer berce nos désirs d’horizons, le titre clin d’œil de l’œuvre vidéo d’Anri Sala, Should I stay or I should I go ?, suspend le voyage pour donner voix à l’être humain, qui dans ce basculement vertigineux, fait le choix radical d’une vie.

Au MAC VAL, ces mêmes drapeaux bariolés sur le parvis et le toit de l’établissement manifestent la volonté des deux institutions de faire communauté.

Avec les œuvres d’une cinquantaine d’artistes de tous horizons, ce vaste espace dédié à l’art contemporain devient un univers sensible où les singularités de chacun appréhendent cette notion de l’exil. Un tour de balançoire avec Mona Hatoum, où l’identité hors sol se fait légère et mouvante mais aussi pesante, ou un voyage interstellaire avec Bouchra Khalli, où les étoiles ont pour noms Marseille, Naples et Tunis. Tandis que Mircea Cantor se joue de nous avec un accueil arc-en-ciel barbelé où la transparence déguise le mur, le designer Matali Crasset nous reçoit sans tarder avec un splendide lit d’appoint, l’objet-réponse le plus spontané et immédiat au besoin d’accueillir.

Les visiteurs sont invités à déambuler à leur guise parmi les installations, vidéos, sculptures, peintures et photographies en gardant en tête ce message que porte l’œuvre de Richard Baquié : Nulle part est un endroit.

Un vaste programme donc,  porté par les commissaires Anne-Laure Flacelière, Isabelle Renard et Ingrid Jurzak qui créent un dialogue avec l’oeuvre des philosophes Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, La fin de l’hospitalité (Flammarion, 2017), entre les collections des deux institutions mais aussi et surtout, entre l’art et la société.

Visuels © Jacques Faujour © Adagp, Paris, 2018 © Courtesy de l’artiste © Aurélien Mole

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