Expos
Le voyage captivant d’Enrique Ramírez au Fresnoy

Le voyage captivant d’Enrique Ramírez au Fresnoy

09 février 2022 | PAR Laetitia Larralde

Alors que les confinements ont laissé leur marque et changé nos façons de voyager, Le Fresnoy et la Collection Pinault invitent Enrique Ramírez pour Jusque-là, une réflexion artistique sur la notion de traversée.

La nouvelle exposition du Fresnoy met à l’honneur Enrique Ramírez, un artiste chilien résidant en France depuis 2007 qui a à la fois suivi le cursus d’étude et fait la résidence du Fresnoy. Mais plutôt que de proposer une exposition monographique de l’artiste dont l’œuvre vient de rentrer dans la Collection Pinault, qui soutient le programme de résidence du Fresnoy, les commissaires ont choisi d’élargir le propos en intégrant des œuvres d’autres artistes de la collection entrant en résonnance avec la sienne.

La ligne directrice de Jusque-là est l’idée de traversée : aller d’un point A à un point B, se déplacer, voyager ou migrer, d’un point de vue de l’homme, de la société et de son environnement. La scénographie est en accord avec le thème : l’espace est immense et sans murs, chaque œuvre étant disposée comme faisant partie d’une grande et unique installation, encadrées par deux vidéos d’Enrique Ramirez projetées sur très grands écrans. Les œuvres se font écho et chacun peut imaginer son propre chemin de l’une à l’autre, d’un halo de lumière à l’autre.

Jusque-là, c’est à la fois un but et un regard en arrière sur le chemin parcouru. C’est également l’occasion de questionner le parcours et l’état actuel des choses. Les dix artistes sélectionnés dans la Collection Pinault, parmi lesquels Lucas Arruda, Paulo Nazareth, Vidya Gastaldon ou Daniel Steegmann Mangrané, ont, tout comme Enrique Ramírez, des positions politiques affirmées, mais jamais assénées. La révolte reste lyrique et poétique, à l’image de 4820 brillos, grande carte d’Europe où l’eau est symbolisée par des pièces de cuivre. Ces pièces, symbole des mines de cuivre chiliennes, représentent à la fois les 4820 migrants disparus en Méditerranée en 2016 et les dissidents jetés à la mer par le régime de Pinochet.

L’eau est un élément très présent dans l’exposition, parmi les nombreuses évocations de la nature. Au centre de l’espace, un bateau est suspendu la tête en bas, le petit drapeau rouge au bout de sa voile orange tel un point de pivot distribuant les œuvres dans l’espace. Nous sommes dans une ambivalence permanente, entre la beauté du voyage, de ses découvertes et ses rencontres et les dangers et la douleur de l’exil. La traversée promet tout autant la possibilité d’un nouveau départ que celle d’une tempête. L’océan offre à la fois l’aventure au-delà de l’horizon tout en menaçant d’ « effacer le monde » par la montée des eaux. Mais plutôt que d’utiliser le drame et la culpabilisation, Enrique Ramírez s’en remet à la beauté de ses images.

Et ses images sont hypnotisantes. Les vidéos Alerce et Un hombre que camina nous enveloppent de leurs couleurs, leur rythme ralenti, leurs paysages irréels et suspendent le temps. Dans la première, la caméra remonte le long du tronc de l’arbre le plus vieux d’Amérique du Sud, suivant 3600 ans d’histoire de la Terre le long de son écorce. Dans la seconde, un homme exécute un rite de passage d’un monde à l’autre dans le désert de sel d’Uyuni, recouvert d’une couche d’eau de pluie, qui ne tombe qu’une fois par an. Dans ce paysage aux couleurs magnifiques qui semble flotter entre la terre et le ciel, l’homme, minuscule point de repère dans l’immensité, semble bien fragile.

En quittant l’exposition, après avoir accompagné les artistes sur un bout de chemin pour une traversée artistique, nous nous rendons compte qu’au final, nous ne voyageons jamais seuls. Les paysages que nous traversons, réels ou imaginaires, sont habités, et certains artistes nous offrent des images qui nous accompagnent. Et celles d’Enrique Ramírez nous promettent de nous emmener pour un long et beau voyage.

Jusque-là
Du 04 février au 30 avril 2022
Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains – Tourcoing

 

Visuels : 1- Enrique Ramírez, Un hombre que camina © Enrique Ramírez, ADAGP Paris 2022. Courtesy de l’artiste et Michel Rein, Paris Brussels / 2- Enrique Ramírez, Alerce © Enrique Ramírez, ADAGP Paris 2022. Courtesy de l’artiste et Michel Rein, Paris Brussels / 3- Daniel Steegmann Mangrané, Phasmides © Daniel Steegmann Mangrané. Courtesy Mendes Wood DM Sao Paulo, New-York, Brussels, Pinault Collection / 4- Paulo Nazareth, Untitled, from noticias de America © Paulo Nazareth, Pinault Collection / 5- Yael Bartana, A Declaration © Yael Bartana Pinault Collection

La 94ème cérémonie des Oscars s’annonce pleine de surprises
Il n’y aura plus de nuit: Eléonore Weber refléchit les dangers de la caméra
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture