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[Interview] Mircea Cantor

[Interview] Mircea Cantor

18 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le sculpteur et vidéaste Mircea Cantor a ouvert les trois jours du Forum d’Avignon par sa performance de feu. Le lauréat du Prix Marcel Duchamp 2011 choisit  de créer un art ancré dans une réalité époustouflante. Rencontre dans le jardin du Palais Vieux.

En regardant un peu votre travail, vous présentez des paquets cadeaux vides, des billes de verre qui se cassent, vous faites brûler les choses… Etes- vous déprimé ?

Vous êtes bien documentée ! Non, au contraire, je ne suis pas déprimé, je suis en extase !

Alors, pourquoi cette permanente recherche d’éphémère ?

Parce qu’on a besoin de l’incertitude, il y a toujours cette obsession du très concret, du très palpable. Je me souviens de ma première exposition aux Etats-Unis, chez Yvon Lambert, en 2005. J’avais recouvert le sol de la galerie de béton et j’avais reconstitué le pas de Neil Amstrong. La lumière venait uniquement de l’ouverture de la porte. C’etait la symbolique du rêve du premier pas sur la lune.  C’est le rêve d’une autre première fois, et pour moi c’etait, dans le contexte américain la possibilité de toucher cette marque comme c’est le cas sur le Walk of Fame.

Il faut toujours avoir une tension. Il ne faut pas faire du vide pour le plaisir de montrer du vide, il ne faut pas provoquer pour le plaisir de provocation mais seulement pour donner des réponses à nos questions.

J’ai l’impression qu’on vous associe beaucoup au feu, il semblerait que votre travail soit résumé à cette image, est-ce que vous le ressentez ?

C’est vrai ! Je ne sais pas pourquoi. Je pense que c’est lié au film que l’on voit à Beaubourg, et puis… je suis né sous le signe du feu … Alors…C’est un élément qui permet beaucoup de « pliabilité » si on peut inventer un mot ! Le feu c’est très puissant mêlant puissance et fascination.

Il y a la vidéo à Beaubourg, la performance que vous avez  faite à la FIAC et que vous avez reproduite ici en y ajoutant la bougie…

Tous ces éléments viennent d’une nécessité. Et c’est cela qui est important pour moi : quelle est la nécessité d’un tel message, dans un tel contexte, avec un tel médium. C’est très important, si il n’y a pas de nécessité, tout est gratuit.

De quel contexte parlez vous ?

De mon contexte, de mes recherches. Le travail d’artiste c’est une recherche sincère de soi même. Ce que j’ai à explorer c’est la viabilité d’une charge qui peut être exposée au public. Cela est très important pour moi. Il y a beaucoup de choses qu’il n’est pas nécessaire d’exprimer en public. C’est la lame du rasoir sur laquelle on marche. Qu’est ce qui est de l’ordre du laboratoire et qui doit le rester, qu’est ce qui doit être montré ?

Vous êtes né en Roumanie, avez-vous l’impression de porter quelquefois une parole politique ?

Oui, parfois

Je pense essentiellement à votre travail autour des barbelés.

Vous savez, la première fois que j’ai fait ces barbelés j’étais en résidence en Champagne Ardenne. Les barbelés ce n’est pas juste une question territoriale. Pour moi, les barbelés ce sont des choses qui sont faites avec mes empreintes. Qu’est ce que cela limite ? La réponse est :  mon corps. Parce que aujourd’hui le corps est une question politique ( l’ADN par exemple). Représenter les barbelés c’est poser une question géopolitique qui devient intime.

Quel a été pour vous l’impact du prix Marcel Duchamp ?

Pour moi, cela a permis l’exposition à Beaubourg. Cela est très rare d’avoir  droit à une telle visibilité. Ce n’est pas tous les ans que l’on peut exposer dans une telle vitrine, cela rend responsable, on s’adresse à 1000 visiteurs par jour, il faut être très ciblé. Ce n’est pas que j’expose… je m’expose…

Ici, au Forum, beaucoup d’interventions  ont porté sur le virtuel comme un réel  augmenté, au point que l’on peut confondre. Que penses-tu de cette recherche de virtualité qui cherche à « faire vrai » ?

Toutes ces questions sur la fiction, c’est très appétissant. Mais cela ne m’intéresse pas. Le réel est tellement riche, tellement généreux avec nous, il faut juste se donner le courage et l’envie de le sublimer dans nos créations. Pour moi la réponse est évidente. Ce matin, Renaud Capuçon a joué, c’était là, c’était vrai. Tu peux parler, tu peux avoir des milliers de like sur facebook, ce n’est rien. C’est comme  ici, maintenant, nous sommes dans la cour du Palais Vieux du Palais des Papes, c’est incroyablement beau, cela ne peut pas être comparé à du virtuel.

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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