Expos
Nouvel accrochage époustouflant pour les 30 ans du Musée Picasso

Nouvel accrochage époustouflant pour les 30 ans du Musée Picasso

20 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Il y a un an, la réouverture du musée Picasso était l’un des grands événements de la FIAC 2014. Malgré des péripéties administratives, le musée avait frappé par son nouveau look épuré et bien sûr donné libre cours à la joie de retrouver les collections d’un des musées les plus visités de France. Un an et 800 000 visiteurs après la réouverture, ainsi que 30 ans après la création du musée, c’est un très très « happy birthday » que l’on célèbre avec un nouvel accrochage absolument bluffant. Intitulé ¡ Picasso !, ce dernier rend vraiment un magnifique hommage à l’homme et à l’artiste à travers un parcours thématique brillant où l’on redécouvre le grand Pablo par ses œuvres mais aussi ses archives, où l’on célèbre ses créations mais aussi ses périodes de doute.

Le directeur du Musée, Laurent Le Bon et 9 autres commissaires, Violette Andres, Sophie Annoepel–Cabrignac, Émilie Bouvard, Yve-Alain Bois, Laure Collignon, Nathalie Leleu, Virginie Perdrisot, Emilia Philippot et Jeanne-Yvette Sudour, proposent en effet des pièces inédites qui rejoignent les œuvres dans un immense collage visuel sur cinq étages. Intelligent, intransigeant et faisant vivre Picasso, cet accrochage est le plus bel hommage offert au peintre.

[rating=5]

Un grand nombre de festivités est prévu pour le 30e anniversaire du musée qui a ouvert le 28 septembre 1985 à l’hôtel de Salé. Ne ratez notamment pas l’anniversaire le Pablo, le 25 octobre! Programme.

Lorsque le musée Picasso a rouvert en 2014 après plusieurs mois de travaux, nous célébrions le lieu et son « accrochage riche mais alambiqué« . 5 étages de chefs d’œuvres, c’était beaucoup et leur classement pas facile. Un an plus tard, le parti pris de faire habiter à Picasso le musée issu de sa propre donation remet de l’ordre dans l’exposition du génie. Le parti pris du collage d’oeuvre et de l’extraction raisonnée de très riches archives est tout juste génial. Picasso est là, il habite avec ses visiteurs, dans un parcours résolument thématique de morceaux choisis pour transformer la fréquentation de l’homme et de l’artiste en conversation.

Si le rez-de-chaussée et le premier étage, parties nobles, restent chronologiques (1897-1921 / puis 1922-1973), les salles s’articulent bien en fonction de thèmes, à commencer par celui de l’autoportrait. Certaines périodes sont mises en exergue comme le cubisme ou les grandes expositions de peintures érotiques des années 1970 et 1973 à Avignon. Les muses et camarades ont leur place affirmée: Olga à travers ses portraits, Apollinaire, par le biais des correspondances (clin d’œil malin à l’exposition à venir au printemps 2016 à l’orangerie. Et surtout, cette balade dans la vie de la figure même de l’artiste contemporain incorpore enfin les hésitations et les doutes : le rapport complexe à l’art abstrait au rez-de-chaussée et la période d’abstinence de peinture de janvier 1935 à avril 1936 au premier étage (Picasso faisait des poèmes comme ses amis max Jacob et Apollinaire!).

Sous le volume de vitrines aériennes en verre où tickets de métro, lettre et billets de théâtre se déploient, les enfilades de pièces exiguës des étages 2 et 3 s’élargissent juste ce qu’il faut pour quitter la chronologie et l’histoire de l’art. On entre ainsi dans la vie de l’homme : Public d’abord, avec ses engagements politiques au deuxième étage, où un hommage est rendu à son biographe Pierre Daix. Et l’on mesure le militantisme de Picasso aussi bien à l’aune tracts qui traînaient chez lui, que par le biais de certains motifs clé comme la colombe. On y retrouve certaines obsessions comme la méditerranée et la tauromachie, l’éclat de la célébrité (Photos de Paris Match et de Life…) et aussi l’importance de l’artisanat chez cet artiste protéiforme. On aurait presque aimé plus de témoignages de proches, de vidéos, de confessions intimes. L’intimité, c’est ce qui est annoncé comme programme pour le troisième étage; alors qu’il s’agit en fait – dans le privé- de l’antichambre de l’art public. est le lieu des exercice d’admiration avec les maîtres et amis du maître (Soutine, Matisse, Brassai, Miro) où des œuvres saisissantes des collection de Picasso lui-même sont parfaitement contextualisées. Puis les modèles dont Dora et le lien photo/peinture avant d’entrer réellement dans la vie de famille, avec des croquis des enfants. Pour le 30e anniversaire, dans la seule pièce boisée et d’époque du musée, l’on rencontre une oeuvre contemporaine de Raphaël Denis, la loi normale des erreurs, qui pointe vers les toiles de Picasso volées par les nazis pendant la Seconde Guerre.

Au sous-sol enfin, le musée s’offre un peu de réflexion sur sa propre histoire pour souffler ses propres bougies. Intitulée « De l’atelier au musée » cette section de l’accrochage est passionnante. On y retrouve les grandes expositions de Picasso de son vivant et la fascination qu’il exerçait de son vivant – par exemple sur un Henri-Georges Clouzot quand il filme le processus créatif du maître. Et le musée nous explique avec pédagogie les coulisses juridiques de la donation par l’artiste à la dation par sa famille qui ont permis au musée d’exister.

A l’heure où le Grand Palais adopte les couleurs clinquantes de l’art pop et arbore en affiche la photo aguicheuse de l’appétissante poitrine poilue du maître pour nous convier à un festin de Picassomania, le vrai hommage à Picasso a certainement lieu en sa demeure. Avec infiniment de travail, d’intelligence, d’exigence et de conscience que « Picasso nous dépasse vraiment », comme il le confiait en 2014 au JDD, Laurent Le Bon nous offre, avec ses collègues, une présence et une lumière révélatrice sur le compagnonnage que nous avons tous déjà – où et quand que nous soyons nés- avec celui qui peut probablement briguer le titre d’artiste le plus marquant de son siècle. Longue vie aux deux points d’exclamations qui encadrent cet accrochage ¡ Picasso !.

visuel : affiche de l’exposition.

La Slick 2015 sort du cadre
AudioGhost68, ou redonner vie au village œuvre d’art d’Alberto Burri
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *