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Picasso.mania au Grand Palais : c’est du Picasso !!

Picasso.mania au Grand Palais : c’est du Picasso !!

06 octobre 2015 | PAR Géraldine Bretault

« Encore une expo Picasso ! », pensez-vous peut-être. Il est vrai qu’après le battage médiatique autour de la réouverture du musée Picasso l’an dernier, il y aurait de quoi se lasser. Pourtant, Picasso demeure une des têtes d’affiche incontournables pour le XXe siècle, gage d’un succès public infaillible. C’est justement le sujet de cette brillante exposition : qu’est-ce qui continue de nous fasciner à ce point chez Picasso ? 

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Pour se colleter au génie protéiforme de Picasso, inutile de préciser qu’il fallait un commissaire au cœur bien accroché. Didier Ottinger, qui s’était déjà illustré en ces murs avec l’exposition Edward Hopper, à l’automne 2012, a relevé le défi, et réussi à redistribuer complètement les cartes, grâce à sa connaissance aiguisée de l’art moderne : voilà une exposition qui réussit le tour de force de proposer une lecture inédite de l’œuvre de Picasso, autour de trois temps clés de son parcours (le cubisme, les années 1930, les œuvres tardives), pour les confronter avec leur écho simultané sur les scènes contemporaines européenne, africaine et américaine.

Une exposition qui redonne ses lettres de noblesse au genre, brillamment accrochée, parsemée de dispositifs numériques judicieux, jamais tape-à-l’oeil, toujours au service d’un propos ciselé au cordeau. Ce dès la formidable installation vidéo en exergue : une vingtaine d’artistes vivants vous accueillent en livrant ce qui les questionne chez Picasso. Aussi personnelles soient-elles, leurs déclarations laissent vite émerger deux pôles indépassables : l’admiration et l’intimidation. Picasso représente à la fois pour eux le mirage d’une créativité débridée, et l’ombre paralysante d’un artiste à l’aura décidément encombrante.

L’écueil qui était à craindre était celui d’un échantillonnage indigeste recensant tous les artistes ayant approché le Catalan de près ou de loin au cours des 50 ans dernières années. Or, malgré les 400 œuvres présentées ici, l’articulation du propos reste limpide de bout en bout, puisque le parcours se focalise sur quelques artistes pour lesquels Picasso a représenté un alter ego durable : citons David Hockney, Jasper Johns, Roy Lichtenstein ou encore Martin Kippenberger.

Le parcours s’attarde aussi sur la réception au long cours de deux œuvres emblématiques de Picasso et du XXe siècle : Les Demoiselles d’Avignon (1906) et Guernica (1937). Ainsi, si Les Demoiselles ont longtemps représenté le moment de bascule de l’histoire de l’art dans la modernité, on s’aperçoit que dans un second temps, elles ont ouvert la boîte de Pandore pour des artistes africains désireux de se réapproprier leur patrimoine culturel, en venant récupérer chez Picasso ce qu’il leur avait emprunté pour refonder l’art occidental. Autant de télescopages visuels et culturels qui s’imposent comme des évidences, au long d’un parcours qui ne connaît aucun temps mort.

Terminons en évoquant justement la période tardive : exposées de manière agglutinée comme Picasso aimait à le faire, ces œuvres si décriées en leur temps (de la Pisseuse au Mousquetaire), vues comme le signe d’une sénilité certaine d’un artiste déjà « dans l’antichambre de la mort », éclatent aujourd’hui dans toute leur force, réhabilitées face à un ensemble de dessins autour du thème de Raphaël et la Fornarina (son amante) qui montre bien le contraire : si Picasso était dans l’antichambre de la mort lorsqu’il a « barbouillé » ces dernières, il n’en était que plus férocement conscient et désireux de fixer une dernière fois ses obsessions sur la toile, lui qui aura incarné pour son siècle la libido au sens large, plus jungien que freudien : sexualité et créativité indéfectiblement mêlées, comme l’émanation charnelle d’un élan vital plus grand que nature.

 

Visuels :

Mousquetaire assis tenant une épée © Succession Picasso 2015 / photo Béatrice Hatala
Erró, Hommage à Picasso © Adagp, Paris 2015, Photo CNAP / Yves Cheno
Jasper Johns, Sketch for Cups 2 Picasso © Jasper Johns / ADAGP, Paris, 2015
Chéri Samba, Picasso © Chéri Samba
David Hockney, Harlequin [Arlequin] © David Hockney
Vincent Corpet, Le Trente décembre (144) © Vincent Corpet
Martin Kippenberger, Podria prestarte algo, pero en eso no te haria ningùn favor, Galeria Leyendecker (T.Ü) © Estate of Martin Kippenberger, Galerie Gisela Capitain, Cologne
Marie-Thérèse au béret bleu © Succession Picasso 2015 / Photo Béatrice Hatala

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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