Danse
Picasso revisité par le Ballet du Capitole

Picasso revisité par le Ballet du Capitole

22 janvier 2022 | PAR Gilles Charlassier

Le Ballet du Capitole a choisi de mettre à l’honneur la figure du Picasso décorateur de spectacles dans une trilogie Toiles étoiles confiée à trois chorégraphes.

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Figure majeure de l’histoire des arts, Picasso a développé son génie dans les formes les plus diverses. Il a ainsi plusieurs fois collaboré à des spectacles de danse, pour lesquels il a dessiné le rideau de scène. Kader Belarbi et le Ballet du Capitole de Toulouse, qui avaient présenté, il y a quelques mois, une relecture du destin de Toulouse-Lautrec, a choisi trois de ces toiles, reproduites comme support pour une nouvelle pièce, confiée à un chorégraphe contemporain, dans une passerelle féconde entre l’héritage et la création.
La trilogie s’ouvre sur L’après-midi d’un faune. Devant une toile manœuvrée par Alexandre De Oliveira Ferreira et délimitant un espace scénique minimaliste, c’est l’évocation pastel que le peintre espagnol avait réalisée à la fin de sa vie pour la relecture de Serge Lifar, dans un dessin économe et leste typique de cette dernière manière, qui accompagne une narration aux confins de l’irréel et de l’érotisme, sur une partition de Debussy enrichie de séquences musicales additionnelles qui contribue à accentuer cet onirisme sonore et visuel. Honji Wang et Sébastien Ramirez ont réinventé le langage du hip hop, duquel ils viennent, dans les syncopes sensuelles des deux couples sous la veille du Minotaure, sorte de double du Faune sur échasses confié à Rouslan Savdenov, remarquable dans une ambivalente manipulation du rêve et du désir. Cette dilatation non dénuée d’hétérogénéité prolonge habilement l’évanescence du Prélude original, de la forme musicale comme de la vision primitive de Nijinski.
Dans Le train bleu, Cayetano Soto associe le rideau reprenant les plantureuses femmes de La course et la voix de Picasso, dans des bribes d’archives où le peinture évoque son art. Plutôt que s’appuyer sur la musique que Milhaud avait écrit pour le ballet de Nijinska en 1924, le chorégraphe catalan a choisi un florilège de Suites pour clavier de Haendel, contribuant à donner aux déambulations athlétiques des ensembles combinatoires une allure néo-classique, dans une lignée que ne renieraient pas Balanchine ou Robbins. Les lumières tamisées de Berry Claasen – qui règle les éclairages des trois pièces de la soirée – participent de cette esthétique à la fois décantée et composite.
Le programme se referme sur Tablao d’Antonio Najarro, sur un décor que Picasso conçut en 1921 pour Cuadro flamenco. En une demi-heure, accompagnés par une musique de José Luis Monton, qui tient la partie de guitare, aux côtés de la cantaora Maria Mezcle, du violon de Thomas Potiron et les percussions jouuées par Odei Lizaso, les six numéros font alterner ensembles et soli dans une condensation d’une soirée flamenca dans un tablao, le nom générique espagnol du lieu du spectacle – qui donne son nom au titre de la pièce. Ainsi, après l’exposition du Jaleo, se laisse-t-on emmener par la séduction vigoureuse Natalia de Froberville dans la Bolera sevillana. Aux dames de La tarara répondent les messieurs des Jinetes, avant le duel de la Corrida opposant le taureau de Sofia Caminiti et le torero de Ramiro Gomez Samon. Tout le plateau se retrouve pour une Fin de fiesta énergique concluant une relecture à la fois fidèle et inventive de la tradition flamenca, jusque dans la précision technique, portée par un élan auquel ne résiste pas l’enthousiasme légitime du public.
Gilles Charlassier

Picasso et la danse, Ballet du Théâtre du Capitole, Toulouse, du 15 au 20 février 2022.

©David Herrero

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