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La Slick 2015 sort du cadre

La Slick 2015 sort du cadre

20 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour ses dix ans, la Slick fait dans l’émergence. Dix ans, c’est encore l’enfance, âge de découvertes et d’expériences. Age où regarder le monde adulte est un jeu. Pour ses dix ans, cet Off 2015 qui se place à quelques mètres de la FIAC nous invite à un voyage autour de pratiques artistiques en lien avec notre société.

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Stéphane Henry, qui nous, dit-il se « passionne pour la physique », offre sous la houlette de la Galerie Granville un grandiose travail sur l’espace. Ici nous sommes face à une grande structure qui en son sein accueille un immense coquillage symbolisant le Big Bang. Que fait la lumière quand elle arrive au bout de son chemin ? Elle revient. Son oeuvre « Dont’ know where you’re goin’…. » fait du goutte-à-goutte et impressionne par sa masse.

Autre débordement, celui de la violence, immensément contenue. Aurélien Maillard expose son « Sans titre (impact circulaire). Il nous dit : « C’est un impact factice, je déteste la violence. Je veux que ça ait l’air d’un choc et c’est quelque chose fait dans la patience. » Le résultat est fou. Un mur fissuré, éclaté qui n’est en fait que marqueterie à l’ancienne, extrêmement ciselée. Il est représenté par la Galerie Cédric Bacqueville (Lille, France).

La violence, on la retrouve aussi à la Galerie Valérie Delaunay (Paris, France) qui propose le travail de Matthieu Boucherit. Lui s’est attaqué au mot « War » en guise de recherche Google. Il déploie un mini musée dédié à cette recherche dont l’oeuvre la plus spectaculaire est la reproduction des 200 pages de codes écrites à la main. La culture semble vomir du papier, comme on peut exécrer la violence. Autre oeuvre qui dégueule, The factory of Universe de Yuki Kobayashi qui impressionne par son double aspect accumulateur et ludique où des mannequins asexués semblent être figés en adolescence.

Notre recherche de surplus nous amène naturellement à la passionnante démarche de la Galerie Laffy Maffei qui a la particularité d’être 100% numérique. Laetitia et Frédéric Maffei nous racontent : « Nous avions créé le musée Passager et nous avons rencontré beaucoup d’artistes travaillant la matière numérique ». Ici un mur est occupé par les sculptures antiques et forcement numériques d‘Alexandra Gorczynski qui compose uniquement sur ordinateur. Son travail qui s’inspire de l’histoire de l’art questionne : qu’est qu’une œuvre d’art aujourd’hui ? Laetitia Maffei répond :
« C’est une œuvre reproductible ». Pour la Galerie Maffei, c’est en reproduisant une oeuvre, c’est-à-dire en mesurant son audience à la façon dont un média prend sa température en nombre de fans sur Facebook qu’une oeuvre prend de la valeur.

Mais comment garder l’unicité des œuvres. Les toiles sont ici tout à fait adaptables aux murs de votre maison. Vous pouvez acheter l’oeuvre ou bien en être actionnaire et ainsi toucher des dividendes lors de sa vente. Cette galerie au modèle très original vient apporter une intéressante démarche de politique culturelle en désacralisant la matérialité.

Du côté de la Galerie Charlot, l’art numérique est depuis déjà longtemps un dogme. Cette année, le travail d’Eric Vernhes nous happe. On lui demande de nous parler de ses sculptures qui mêlent fleurs et mini-films érotiques des années 1920. « Ce sont des Ikebanas (nature mortes japonaises) électroniques. Cela m’amusait de combiner la nature morte du bouquet et le vivant des modèles en mouvement ». Son travail vise à ne pas opposer nature et technique. Il présente, dans ce sens, un tableau interactif qui vous délivre un poème aléatoire. Notre poème était le suivant: « Culbute de nuages, traverse une forêt et tendre l’oreille vers la pénombre. L’enfant dénonce le siècle, et garde à l’esprit la proportion des choses ».

Les tableaux numériques, on le comprend vite en parcourant la foire, sont devenus une nouvelle norme. A la question de savoir si les acheteurs sont enclins à passer le cap, Claire Gastaud nous répond « Absolument ». C’est comme pour une oeuvre en néons de Morellet, il suffit d’une prise. Les acheteurs sont passés de la peinture à l’art vidéo directement ». Devant elle, on regarde brûler les lettres sur livre de Samuel Rousseau. L’artiste avait été nommé dans la sélection du prix Duchamp en 2011 et il est déjà à la tête d’une belle production. Ce sculpteur utilise magnifiquement la technique offerte par le numérique, tout comme Anne sophie Emard et ses troublants caissons lumineux. Juste en face, à la Dam Gallery, l’angelin Casey Rears présente une oeuvre en software qui redécoupe et avale une page du New-York Times en continu.

Finalement, on choisit de s’isoler après tant d’œuvres en mouvement. L’installation de Lasson, Echo, nous impose de rentre dans une antre sombre et d’écouter le bruit des murmures croisés dans la Slick. La démarche éminemment urbaine vient clore le cercle d’un goût des artistes pour observer et intégrer mieux que personne les mouvements qui les entourent en dépassant les questions politiques et sociétales qui ne semblent pas les intéresser au premier degré.

Visuels :© ABN

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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