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[Londres] « Wanderlust » : Joseph Cornell, un surréaliste américain à la Royal Academy

[Londres] « Wanderlust » : Joseph Cornell, un surréaliste américain à la Royal Academy

02 août 2015 | PAR Yaël Hirsch

En parallèle de sa traditionnelle, annuelle et délicieusement baroque exposition d’été, la Royal Academy of arts de Londres met à l’honneur dans ses salles les plus hautes l’artiste surréaliste américain Joseph Cornell (1903-1972). Récemment « redécouvert » en France (voir notre article sur l’exposition du Musée des Beaux Arts de Lyon en 2014), cet autodidacte, collectionneur, croyant et obsessionnel a dialogué avec tous les avant-gardes de son temps, sans jamais quitter ses petits boulots et sa cave newyorkaise.

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Résolument thématique, l’exposition Wanderlust à la Royal Academy présente le travail de Joseph Cornell à travers un paradoxe fondateur : lui qui a multiplié les paysages et les portraits métaphysiques dans une envie forte de voyage (wanderlust) est resté dans sa cave de New-York, créeant de petits bedaeker imaginaires (fameux guide de voyage du début du 20ème siècle) par collage.

Que ce soit à travers de petites boîtes finement organisées comme des portraits dadas, des superpositions d’images fonctionnant en séries ou par un travail expérimental sur des pellicules de film avec Lawrence Jordan, Stan Brakhage ou Rudy Burckhardt, Joseph Cornell a toute sa vie travaillé avec obsession sur le collage et la collection. Ce fervent croyant imbibé de science chrétienne et éternel célibataire était aussi bien inspiré par Emily Dickinson, Goethe ou Marcel Duchamp, qu’il a connu.

S’attaquant aussi bien à la tour de Babel, qu’à la figure d’une danseuse à la mode en passant par des portraits des Médicis ou de Louis II de Bavière, il recrée par petits touches et volontiers dans des boîtes ou des cadres en 3D tout un univers. Chez Cornell, la science côtoie l’histoire de l’art et la pop culture, dans un brassage absolu des références et des époques. Il y a néanmoins une forte volonté de construire un monde solide et positif dans son oeuvre. S’il était bien représenté à la grande exposition dada et surréaliste du MOMA en 1936, par rapport à la magie noire et aux tréfonds de l’âme que veulent révéler un Masson ou un Magritte, Cornell cherche plutôt à effectuer une opération de magie blanche où tout un monde pur et étoilé se met à vibrer. Pacifiste pendant la Seconde Guerre mondiale, il se montre fasciné par les oiseaux des lumières et casse la vitrine de son « Habitat group for a shooting » en 1943 et pendant les années 1950, il se passionne pour les astres.

Si la visite laisse parfois un peu frustré de ne pas pouvoir manipuler certaines des petites boîtes très minutieuses de l’artiste, où le son révèle ce que l’artiste a caché dans les plis de ses oeuvres, le parcours des 80 objets établi par la Royal Academy permet de se familiariser avec le monde onirique et puissant d’un artiste majeur ; sorte de chaînon solo entre Max Ernst et Jackson Pollock, Marcel Duchamp et Piet Mondrian, qui était dans les collections de Peggy Guggenheim et que les musées commencent juste à réévaluer auprès de leur public. Un grand artiste à découvrir sans tarder dans la capitale anglaise.

Affiche : capture d’écran

1. Joseph Cornell,, Habitat Group for a Shooting Gallery, 1943. Photography: Rich Sanders © The Joseph and Robert Cornell Memorial Foundation/VAGA, NY/DACS, London 2015.
2. Joseph Cornell, Untitled (Celestial Navigation), 1956-58.Box construction. Photography: Quicksilver Photographers, LLC © The Joseph and Robert Cornell Memorial Foundation/VAGA, NY/DACS, London 2015.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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