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Le Musée des Beaux-Arts de Lyon redécouvre le surréaliste Joseph Cornell

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon redécouvre le surréaliste Joseph Cornell

20 janvier 2014 | PAR Yaël Hirsch

 

Jusqu’au 10 février le Musée des Beaux Arts de Lyon remet sous le feu des projecteurs l’artiste surréaliste américain Joseph Cornell qui n’avait plus eu d’exposition en France depuis les débuts des années 1981. Non seulement l’on redécouvre l’œuvre d’un proche de Marcel Duchamp, Man Ray, Max Ernst et Lee Miller, qui fait le pont avec aussi bien l’œuvre de Calder que celle de Jackson Pollock ou de Jasper Johns, mais le contexte de son art est parfaitement restitué, ce qui donne lieu à une débauche d’œuvres surréalistes venues du monde entier.

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« Qui est capable d’introduire pareil sens du passé dans quelque chose qui appartient au présent et restera un des présents du présent du futur ?», demande Robert Motherwell en préface du catalogue de l’exposition dédiée à Joseph Cornell à Minneapolis en 1983. Le surréalisme peut aussi se faire gardien du passé…

Né dans l’Etat de New-York, initié au surréalisme au début des années 1930 par le galeriste Julien Lévy, amateur et réalisateur de cinéma (Monsieur Phot, en 1933, puis Rose Hobart en 1936 qui est un classique bleuté et ralenti sur fond de musique latino qui ne pâlit pas à côté du fameux Chien Andalou), assistant de Marcel Duchamp dans les années 1940 pour ses boîtes en valises (ne manquez pas la boîte en valise Rrose Selavy, vers la fin de l’expo), ce surréaliste américain aujourd’hui trop peu connu a été consacré de son vivant par une rétrospective au MOMA en 1970.

Après une première qui retrace cette biographie et où l’on comprend immédiatement l’ancrage de l’artiste dans les milieux surréalistes grâce à une série de portraits des « grands » du mouvement et à des portraits croisés que Cornell a faits  avec Lee Miller, la découverte de son art est une révélation. D’abord, il y a les collages, plus objectifs que dadas, s’inspirant de la gravure et rappelant La femme à 100 têtes de Max Ernst, également exposée. Ces premières œuvres résonnent également avec les collages de Paul Eluard et de Marcel Bucaille que l’exposition invite à (re) découvrir.

Mais le choc, ce sont ses fameuses « boîtes vitrées » que Cornell produira quasiment toute sa vie, comme s’il pouvait fixer un instant, un univers dans un espace clos et nous le donner à lire en transparence. Horizontalement, on joue à suivre la cloche à fromage dans l’Echo gruyère et verticalement, une « boîte » comme Soap Bubble set, joue la transparence et fait en effet office d’œuvre et de fixation du temps : une fois la guerre finie, les surréalistes européens ont presque tous quitté New-York pour revenir vivre en Europe. Privé des mystères et des recyclages européens, Cornell a dû trouver d’autres mythes à mettre en boîte.

Mais en attendant de se pencher sur cette deuxième partie de son œuvre, à travers une scénographie joliment travaillée, l’exposition s’en donne à cœur joie pour nous offrir des Yves Tanguy, des René Magritte, des Max Ernst (incroyables Fleurs de neiges, toile prêtée par la fondation Beyeler), des Giorgio de Chirico, et puis à l’étage, des Duchamp et des Man Ray. Au passage, l’on découvre d’autres artistes surréalistes moins connus comme Pierre Roy et Mina Loy.

Et puis, c’est par le cinéma qu’on aborde la spécificité du travail de Cornell qui a décidé de rester dans le Nouveau Monde : retour aux mythes des femmes hollywoodiennes, mises en boîte de portraits volontiers kitchs, comme celui du grand mécène Louis II de Bavière et surtout fascination derrière les néo-romantiques (Leonid et Eugene Berman, Christian Bernard et surtout Leonor Fini avec plusieurs toiles époustouflantes venues de collections privées).

Résolument thématique, l’excellente exposition sort de son chapeau le joker qui fait tout le génie de Cornell : le mouvement. Dès les années 1930, le sable de ses petites boites se balade, et la cinétique est parfaitement mise en scène, ce qui résonne bien avec des œuvres de Alexandre Calder (aussi exposées) mais on peut même penser aux fines installations en mouvement de Rebecca Horn (pas exposée). Après avoir dépassé le surréalisme, l’art de Cornell se pose comme un papillon sur une fleur : la vie de ses portraits continue de se mouvoir, mais avec plus de lenteur et sur le mode de la nature morte plutôt que sur celui du portrait, comme si l’âge et la sagesse apportaient une certaine placidité vibrante.

C’est un immense artiste que le Musée des Beaux Arts de Lyon nous donne à redécouvrir, et sa conceptualisation généreuse est une explosion de toiles de maîtres qui viennent toujours mettre en valeur et expliquer la démarche de Cornell, sans jamais étouffer son originalité sous les ors que la renommée a pu la conférer. Chapeau bas aux commissaires français et américains qui ont conçu ce petit bijou d’exposition.


Comprendre l’expo Joseph Cornell par MuseeBeauxArtsLyon

visuel : Joseph Cornell, Untitled (Tilly Losch), vers 1935 © The Joseph and Robert Cornell Memorial Foundation / ADAGP, Paris 2013 Photo © Mark Gulezian, QuickSilver Photographers LLC

Infos pratiques

Quai des Arts – Espace culturel de Pornichet
Guichet Montparnasse
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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