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[Chronique] « Magnifique » de Ratatat : un album qui porte bien son nom

[Chronique] « Magnifique » de Ratatat : un album qui porte bien son nom

03 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Il faut quand même une sacrée confiance en soi (ou alors un je-m’en-foutisme royal) pour appeler un album Magnifique. Le terme, pompeux et adapté au propos, est ici à considérer dans le sens « somptueux », « nuptial », « grandiloquent ». Car Magnifique, le 5e album de Ratatat (les deux précédents s’avéraient largement plus atoniques), est un album qui en fait des tonnes. Et qui, c’est si rare, a bien raison de le faire.

[rating=5]

1 minute et 50 secondes. C’est parfois le temps, scandaleusement court, que l’on laisse à un album (en physique, et plus encore en digital) pour tenter de nous montrer s’il en a ou non suffisamment dans le slibard pour que l’on daigne y prêter davantage d’attention. Dans le siècle de Twitter et des fenêtres multipliées sur un écran de labtap jamais assez grand, la concurrence est trop rude et le choix trop multiple pour que l’on puisse esquisser le simple concept de seconde chance. Il faut savoir convaincre rapidement, ou crever sans sommation possible.

1 minute et 50 secondes. C’est le temps qu’il faut ici pour se rendre compte de l’audace, de la densité, et du caractère immensément jouissif du nouvel album de Ratatat, qui débute par avec une « Intro » au piano baroque, bientôt rejointe par des accords hawaïens, curieuse rencontre entre la fin du XVIIe siècle et le milieu des années 70, et qui enchaîne, rapidement, avec le début de « Cream On Chrome », sa basse prononcée, sa mélodie naissante, son beat lourd, et cette explosion, déjà qui capture pour ne plus jamais lâcher.

Car le bonheur s’étale sur les 44 minutes que comporte un album particulièrement cinématographique et absolument jouissif que l’on est bien obligé d’écouter la trique au visage et la nuque tournoyante, chevauchée fantastique (ou Magnifique ?) gonflée de solo de guitares, de mélodies épiques, de gimmicks explosifs (les géniaux « Magnifique », « Pricks of Brightness », « Cold Fingers », « Rome »), le tout fracassé par des beats électro d’une efficacité redoutable (on est presque, sur « Countach », et surtout sur l’hédoniste « Nightclub Amnesia », dans une électro rock mélodique façon Daft Punk ou Justice).

Le tout est ponctué par des instants de surf-music patients (« Drif », « Supreme », « I Will Return »), et remet à l’ordre du jour une idée fondamentale, celle qui dit que la guitare n’est pas encore complètement à ranger au sein de ces objets appartenant au passé, et surtout, qu’il est possible de citer Led Zeppelin, Queen ou Santo & Johnny (un duo de surf-rock new yorkais populaire au milieu des années 60) sans pour autant livrer un album à l’esthétisme kitsch repoussant. Ces deux types-là (Evan Mast et Mike Stround) font partie des derniers guitares heroes de la scène indie rock malgré leurs physiques d’anti-héros parfaits. Le contraste est idéal, et ce disque-là fondamental.

Et si le tandem new yorkais, habitué à bosser ensemble depuis 2001 (c’est-à-dire 14 ans…) ne juge toujours pas nécessaire de caler des paroles sur ces épisodes aventureux, progressifs et héroïques, c’est qu’il n’y en a pas besoin. Il paraît en effet que le bonheur ne se raconte pas…

Ratatat, Magnifique, Because Music, 2015, 44 min.

En concert à La Route du Rock le 14 août et au Pitchfork Music Festival le samedi 31 octobre.

Visuel : © pochette de l’album

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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