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« L’Etat du ciel » a commencé à rendre grâce, au Palais de Tokyo

« L’Etat du ciel » a commencé à rendre grâce, au Palais de Tokyo

14 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Le Palais de Tokyo a verni, ce jeudi 14 février, le premier volet de son triptyque d’expos fleuves de l’années 2014. Faisant référence au rôle de devin sensible de l’artiste, la thématique est, comme « Nouvelles vagues », assez large pour présenter tous types d’artistes. Cette première salve d’exposition est aussi variée que brillamment scénographie avec entre autres, au « ciel » une réflexion de Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger sur la mémoire et la reproduction créative d’une exposition et, dans l’enfer agréable du sous-sol, une réflexion caverneuse et plastique de Angelika Merkul

« L’Etat du ciel » se propose de revenir au rôle que l’artiste joue en temps de détresse en sondant depuis l’intérieur l’état de son époque. De Goya à nos jours, une tradition existe, que Jean de Loisy articule autour la phrase qu’André Breton a eue à propos de Giorgio de Chirico : « L’artiste, cette sentinelle sur la route à perte de vue des qui-vive. » Les artistes exposés lors des trois vagues de l’années 2013 regardent donc vers les temps (passé et présent) avec souvent un zeste d’expressionnisme.

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Au cœur de la nouvelle fournée, la perle de ce nouvel accrochage est très certainement le projet commun de l’Historien d’Art Georges Didi-Huberman et du photographe Arno Gisinger : « Nouvelles Histoires de fantômes« . Travaillant ensemble sur la question de la mémoire et de la représentation depuis une grand exposition à la Reina Sofia et à Hambourg, tous deux réfléchissent en écho à la notion Benjaminienne de reproduction dans nos sociétés (post)industrielles. Ici, dans cette version mise au point pour le Fresnoy et transposée dans une scénographie à couper le souffle sous la verrière du 2ème étage du Palais, l’Atlas d’Aby Warburg est toujours le modèle qui inspire aux deux exposants l’envie d’attraper la mémoire du monde dans un grand collage d’images. Didi-Huberman fait projeter au sol des grands classiques du cinéma : le visiteur contourne, fascinée des scènes choc de grands films classiques qui pétrifient au nom évocateur : « Mnémosyne 1942 ». A la verticale et littéralement imprimé sur les murs (avec parfois une poignée de porte qui se dégage), l’appareil photo d’Arno Gisinger joue un rôle de mise en abyme et photographie sa propre exposition passée « Atlas ». Jouant de la dialectique comme si nous étions encore au cœur des années 1970, ce n’est pas l’oeuvre que Gisinger reproduit mais toute son exposition qu’il transforme dans son déplacement. « L’exposition d’art à l’ère de la reproduction industrielle » est donc toujours « en chemin », entrain de se construire. Et la majesté de l’espace dans lequel on s’élance pour le constater donne un caractère solennel à l’expérience de la mémoire à réfléchir. Magistral et Jusqu’au 12 septembre.

A côté, le jeune et talentueux David Douard peint les murs en rouge pour « Mo’Swallow« , une grande et multi-installation qui rappelle le cœur des années pops, mais avec un regard très angoissé sur le monde contemporain. Jusqu’au 12 mars.

Alors qu’en descendant les escaliers jusqu’au côté du palais du regarde vers les quais (et le restaurant Monsieur Bleu), l’on tombe sur plusieurs happenings de manifestation silencieuse ou de lente danse en slip, sur le promontoire qui mène aux profondeurs de « La friche » (niveau 0) l’on découvre chaque jour une autre « oeuvre immatérielle » des collection du Centre national des arts plastiques. L’expo s’intitule « Des choses en moins, des choses en plus » et au cœur d’un espace sculpté par des œuvres, ce jeudi soir, c’était une pièce audio de Philippe Katerine qui était diffusée. Jusqu’au 2 mars.

Pour cet Etat du Ciel, volume 1, Maurizio Cattelan et Massimiliano Gioni ont importé de New-York l maison fascinante de leur « Family business » où les amis et la familles sont invités à montrer ds œuvres qu’il aiment.

Enfin, tout au fond de la friche, là où la lumière ne passe vraiment plus, Agelika Markul montre la « Terre de départ » qui lui a valu le prix Sam art project. Dans de longs couloirs, la plasticienne et vidéaste crée des sortes de grottes, qu’elle illumines de projections. Au début l’on croit à un apaisement presque sauvage, avant de se rendre compte que les images représentées sont soit l’herbe verte qui repoussé à Tchernobyl ou une usine angoissante et métallique. Une expérience qui détourne le regarde et parle elle aussi – dans un cocon- de mémoire. Une atmosphère dérangeant et unique, jusqu’au 12 mai 2014.

La qualité de cette première vagues d’expositions autour de l’Etat du ciel est vraiment impressionnante et la quantité reste tourbillonnante. On a hâte de découvrir les augures présentées par Sugimoto et Hirschorn dans la deuxième série d’expositions, à partir du 25 avril prochain!

visuels © Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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