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« L’aventure Champollion » à la BnF : du secret des hiéroglyphes à la naissance de l’égyptologie

« L’aventure Champollion » à la BnF : du secret des hiéroglyphes à la naissance de l’égyptologie

13 avril 2022 | PAR Blaise Campion

En 1822, il y a maintenant deux cents ans, Jean-François Champollion (1790-1832) parvenait à déchiffrer l’écriture hiéroglyphique des anciens Égyptiens, dont le sens avait été perdu depuis plus d’un millénaire. À l’occasion du bicentenaire de ce moment unique, à dimension universelle, la Bibliothèque nationale de France a souhaité raconter cette « aventure Champollion » dans le cadre d’une exposition qui se tiendra jusqu’au 24 juillet.

Une énigme digne d’un Sphinx : le mystère des hiéroglyphes

Jusqu’au début du XXe siècle, la Bibliothèque nationale a été un lieu important pour l’égyptologie, conservant l’un des plus importants fonds d’antiquité égyptienne. L’aventure Champollion retrace ainsi la découverte du secret des hiéroglyphes à travers 350 pièces (manuscrits, estampes, papyrus, sculptures, sarcophages…) issues principalement de cette collection. Surtout, les commissaires de l’exposition – Vanessa Desclaux, Hélène Virenque et Guillemette Andreu-Lanoë – se sont plongées dans les « papiers Champollion », c’est-à-dire les 88 volumes de notes et de dessins du père de l’égyptologie conservés à la BnF. Elles en ont extrait les passages les plus emblématiques de la méthode du chercheur, pour répondre à la question suivante : par quels moyens retrouve-t-on le sens d’une langue disparue ?

Car l’histoire du mystère des hiéroglyphes est avant tout celle d’un oubli. La langue des pharaons a été écrite pendant près de trois millénaires, mais sa connaissance se perd progressivement au cours de la christianisation de l’Empire romain et de la province d’Égypte, entre le Ier et le IVe siècle de notre ère. Dès lors, les hiéroglyphes sont le plus souvent considérés comme des symboles rituels. Ils intriguent et se diffusent au Moyen-Âge, notamment dans le monde islamique, sous la forme de talismans dont l’exposition propose plusieurs exemples. Il faut attendre le XVIIsiècle pour que d’importants progrès soient accomplis, notamment par Athanase Kircher, dont on peut admirer les copies rigoureuses de monuments égyptiens. Ce prêtre jésuite est le premier à comprendre le lien de parenté qu’entretient la langue copte, celle des communautés chrétiennes d’Égypte, avec la langue des anciens Égyptiens. De fait, comme la découverte de Champollion permettra de l’attester, la langue des pharaons a évolué et son écriture a connu des simplifications successives (écriture hiératique, puis démotique, et enfin copte). Percer le mystère des hiéroglyphes a donc consisté en premier lieu à établir la généalogie de l’égyptien ancien.

C’est l’expédition d’Égypte (1798-1801) menée par le général Bonaparte qui va ensuite donner l’impulsion décisive. Plusieurs aquarelles nous replongent dans l’atmosphère de l’expédition, avec de magnifiques vues du Caire d’André Dutertre et de Nicolas-Joseph Conté. Ce grand moment d’institutionnalisation de la science permet un afflux documentaire sans précédent dont les collections de la Bibliothèque gardent la trace. La découverte déterminante est celle de la pierre de Rosette, ce fragment de stèle du IIe siècle avant notre ère, qui comporte trois versions d’un même texte administratif : en hiéroglyphes égyptiens, en écriture démotique et en grec ancien. Deux copies de la pierre conservée au British Museum sont à observer, un moulage ainsi qu’un estampage. C’est d’ailleurs principalement sur des copies qu’a lui-même travaillé Champollion, qui grâce à elles parvient enfin à comprendre le fonctionnement complexe des hiéroglyphes, caractères à la fois symboliques et phonétiques.

La méthode Champollion et la naissance de l’égyptologie

Pensée pour un public familial, cette exposition nous invite donc à suivre les pas du savant, au plus près de ses travaux et de sa méthode, de la découverte du secret des hiéroglyphes à la naissance de l’égyptologie. Les nombreux cahiers de travail et manuscrits autographes de Champollion exposés permettent de saisir le caractère méticuleux de ses recherches. Il dessine les monuments, recopie les signes et les interprète avec une rigueur alors inégalée. À plusieurs endroits, le visiteur peut comparer des stèles originales et la copie du savant. Le matériel d’égyptologue d’Émile Prisse d’Avesnes, bien que quelque peu postérieur, permet de montrer le genre d’outils de travail utilisés par Champollion. Dans un style plus insolite, on peut également découvrir ses lunettes de soleil, prêtées à la BnF par un collectionneur privé. L’exposition insiste par ailleurs sur les nombreuses figures qui ont assisté Champollion dans sa découverte, de Silvestre de Sacy, auprès duquel il apprend l’arabe, au dessinateur Léon-Jean-Joseph Dubois qui illustre ses ouvrages, en passant par la figure incontournable de son frère aîné, Jacques-Joseph Champollion, dit « Champollion-Figeac ».

Ce dernier, archéologue et, à partir de 1828, conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale, a eu un rôle déterminant dans la vie de « Champollion le Jeune ». C’est surtout lui qui œuvra à la publication et la transmission des travaux de son frère, après sa mort prématurée en 1832. Champollion le Jeune avait consacré les dernières années de sa courte vie à la rédaction de la Grammaire Égyptienne et du Dictionnaire égyptien, deux outils indispensables pour permettre à d’autres de poursuivre l’étude de l’Égypte antique. C’est à ce titre qu’il est le père de l’égyptologie. Grâce à la compréhension des hiéroglyphes, c’est un monde immense qui peut à nouveau être exploré. Dans ses travaux, Champollion lui-même renouvelle grandement les connaissances sur l’histoire des pharaons et sur l’organisation du culte des anciens Égyptiens. Mais cette aventure s’est poursuivie, et se poursuit encore aujourd’hui : les sarcophages, les papyrus et les sculptures à découvrir tout au long du parcours ont en quelque sorte repris vie grâce à lui.

L’exposition insiste enfin sur la postérité dans la culture populaire de la figure de Champollion, dont le nom est devenu synonyme de découvreur. On y retrouve, entre autres, des affiches publicitaires de la loterie nationale et les plus célèbres des bandes dessinées. Plusieurs « stations pédagogiques » jalonnent par ailleurs le parcours, pour permettre au jeune public de se familiariser de manière ludique avec le monde de l’égyptologie. Peut-être peut-on regretter en revanche qu’aucune place n’ait été faite pour interroger l’importance de la fascination orientaliste du XIXe siècle, dont participe à sa manière « l’aventure Champollion », dans la construction à cette même époque d’un imaginaire impérialiste et colonial. Mais ce thème sera sans doute largement abordé dans le cadre de l’exposition « Visages de l’exploration au XIXe siècle » qu’organise la BnF du 10 mai au 21 août. Champollion reste ici comme l’homme d’une découverte à dimension universelle, premier explorateur moderne d’un continent de civilisation perdue.

 

 

Informations pratiques : « L’aventure Champollion. Dans le secret des hiéroglyphes« , du 12 avril au 24 juillet 2022, à la Bibliothèque nationale de France (site François Mitterrand). Horaires, tarifs et réservations à retrouver ici.

Visuels : © BnF

En une : Jean-François Champollion et Alexandre Duchesne, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, « Sethi Ier et Hathor », 1835-1845, BnF, département des Manuscrits.

Galerie : 1. Papyrus mythologique de Tanytamon, BnF, département des Manuscrits.

2. Statuettes de bronze de dieux et déesses de l’Égypte antique, BnF, département des Monnaies, médailles et antiques.

3. André Dutertre. Le Caire, vue de la place appellée el Roumeyleh et de la Citadelle, Lavis d’encre, aquarelle, plume et crayon,, 1798-1809, BnF, département des Estampes.

4. Jean-François Champollion, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, « Les oiseaux », 1835-1845, BnF, département des Manuscrits.

 

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Blaise Campion

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