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De Picasso à Warhol, le musée de Grenoble en dix années d’acquisitions

De Picasso à Warhol, le musée de Grenoble en dix années d’acquisitions

04 juin 2015 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Guy Tosatto, conservateur depuis treize ans du musée de Grenoble, avait depuis quelques temps l’idée d’une exposition célébrant ses dernières acquisitions. « Ça devait être dans l’air » dit-il aujourd’hui, constatant que plusieurs expositions du même type ont ouvert dans de grands musées nationaux, Orsay en tête de file avec Sept ans de réflexion. Ce sont donc dix années d’achats d’œuvres qui sont en ce moment célébrés à Grenoble : parmi les grands noms, Picasso et Warhol bien sûr, dont le nom devrait attirer les foules, mais aussi Giuseppe Penone, Antonin Artaud, Pierre Bonnard, Bruce Nauman. Plus qu’un simple bilan, voici une exposition faite d’espoirs et d’envies.

À l’heure où la mairie EELV de Grenoble, pourtant célébrée pour ses initiatives écologiques et anti-publicité, envisage de baisser notablement les budgets de son principal musée, le visage du conservateur s’assombrie. Car le musée de Grenoble n’est pas un musée anecdotique, mais le plus important musée d’art moderne hors-Paris, les efforts déployés ne doivent pas s’atténuer ; du moins c’est le cri que l’on croit entendre entre les murs blancs de l’exposition De Picasso à Warhol.

Tout commence avec un dessin, choix représentatif de l’importance du musée puisqu’il accueille la deuxième plus grande collection d’œuvres graphiques de France (après le Centre Pompidou) : ce dessin est un papier collé de Picasso, nommé Verre (1914). Exemple d’un cubisme épuré, il est également l’un des rares papiers collés à avoir conservé l’épingle qui reliait les feuilles. En face de lui, un portrait bleu et mélancolique de Van Dongen, à côté d’une nature morte de Bonnard, déclinée en un dessin et une peinture. Toujours dans la première salle, un couple d’artistes a été reconstitué, avec le face à face d’un paysage d’Emilie Charmy et un très beau nu de Charles Camoin. Le ton est donné : de très belles œuvres ont été réunies, avec un intérêt notable pour les choses rares et les associations heureuses.

Puis, Artaud, représenté par un portrait. En face, des dessins et une peinture de Chaissac : l’exposition continue ainsi d’artiste en artiste, suivant une logique chronologique et stylistique. Il y a de l’homogénéité et la pâte d’un conservateur, c’est indéniable et très heureux. On tique toutefois lorsque l’on réalise que seulement deux femmes sont représentées dans cette exposition – mais bon.

Continuons donc notre parcours, en ne citant que nos œuvres préférées, celles pour lesquelles l’exposition vaut, à notre humble avis, le détour. Giuseppe Penone, que l’on retrouve avec plaisir après la grande rétrospective qui lui était consacrée dans ces lieux cet hiver, est ici représenté par des vues du cerveau agrandies qui semblent être des feuilles : cartographies biologiques et sensibles, ces grands paysages rouges et abstraits nous offrent un voyage troublant à l’intérieur de notre boîte crânienne…

On remarquera également la disposition très spectaculaire d’une grosse tête en céramique entourée de portraits dessinés de Thomas Schütte : un visage contracté comme dans un effort douloureux, monumental, et une ronde de visages tout doux, esquissés comme au coin d’une table. Plus loin, on se laisse effrayer par Philippe Cognée et ses carcasses peintes à la cire sur toile : l’effet de sa peinture, chauffée comme une pizza au four, repose sur sa texture éclatée, dilatée, brillante, qui transforme le motif classique de la carcasse (on pense à celles de Chaïm Soutine et de Rembrandt) en abstraction monstrueuse.

Plus calme, Juan Muñoz place un homme devant un miroir : penché jusqu’à se faire mal au dos, il s’approche de son image, prêt à se perdre dans la contemplation rapprochée de son front. Et nous tournons autour de lui, intrigués.

Difficile de vous parler de tout ! Mais n’oublions pas la photographie, et concluons notre article avec la très belle image de Jeff Wall, Une femme consultant un catalogue (2005) : comme le dit bien Guy Tosatto, cette photographie (placée sur un caisson lumineux) est le symbole même du musée : une contemplation silencieuse et appliquée, tissée de rêves, alors que l’on peut apercevoir par la fenêtre le monde qui s’agite vainement. Tout ça pour dire qu’au-delà du monde, il y a la culture, très importante et source de possibilités : ne l’oubliez pas, monsieur le maire !

Informations pratiques :
De Picasso à Warhol
Musée de Grenoble, du 7 mai au 31 août 2015

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Maïlys Celeux-Lanval

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