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Giuseppe Penone au Musée de Grenoble

Giuseppe Penone au Musée de Grenoble

02 décembre 2014 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Giuseppe Penone est exposé au Musée de Grenoble du 22 novembre 2014 au 22 février 2015. Avant de vous parler de cette magnifique exposition, et pour éclairer un peu le personnage, nous allons vous raconter l’histoire de l’une de ses œuvres,Essere Fiume 5(1998), exposée dans les collections permanentes du musée. En 1998, Giuseppe Penone a choisi une pierre dans une rivière ; il l’a ramenée dans son atelier et en a produit une réplique parfaite. Il s’est alors rendu compte qu’en reproduisant chacune des aspérités formées par le temps, chaque ride gravée dans la roche, il remplaçait la rivière qui avait façonnée la pierre au fil de ses cascades et roulements. Il était devenu rivière. C’est pourquoi il a appelé son œuvre Essere Fiume (« Être fleuve » en italien). Il y a pour lui un lien très fort entre la création et les éléments, entre le corps et la nature. D’ailleurs, non loin des deux pierres, le spectateur peut observer des vues agrandies du cerveau, qui semblent être des paysages vus du ciel… Mais quittons les collections permanentes pour pénétrer dans l’exposition temporaire, excellente.

L’exposition consacrée à Giuseppe Penone n’est pas une rétrospective, mais un projet de réunion d’œuvres récentes et anciennes, pour créer un parcours poétique plutôt que didactique. Guy Tosatto, conservateur du musée de Grenoble depuis douze ans et commissaire de l’exposition, est un homme charmant, extrêmement attentif aux envies des artistes ; il nous a offert une visite sensible de l’exposition, montrant sa parfaite compréhension de l’œuvre de Giuseppe Penone.

Giuseppe Penone (né en 1947) est l’une des figures les plus importantes du mouvement italien Arte Povera, qui utilise des matières pauvres et les sublime dans l’œuvre d’art. C’est donc tout modestement que l’exposition commence, avec quelques dessins. Le tout premier, Les années de l’arbre plus une (1969) introduit parfaitement le propos de l’artiste : on y voit un cercle formé par des traces de doigts. Giuseppe Penone est obsédé par l’idée d’empreinte : empreinte du corps, empreinte de l’arbre, de la feuille, de la branche. Ici, la toute petite empreinte du doigt, multipliée, semble être le premier geste du premier créateur. L’artiste d’ailleurs de la peau comme « instrument d’analyse de la réalité ». La feuille de papier devient tactile : les œuvres de Giuseppe Penone sont la peau de son monde sensible, imprimée de son âme, de son corps et de la nature qui l’entoure.

Cette idée de peau et de tactilité se retrouve dans plusieurs œuvres, notamment dans le monumental Vert du bois (1986) : l’artiste a appuyé la surface blanche d’une feuille sur un arbre et en a pris l’empreinte en frottant des feuilles dessus. Les pigments verts sont la trace des feuilles frottées, et impriment les aspérités du tronc d’arbre. Au milieu de cette abstraction verte, on distingue un corps d’homme, celui de l’artiste : le corps se confond avec le végétal, s’unie avec lui dans une cohérence vivante et sensible. On peut penser à Daphné transformée en arbre, dans les Métamorphoses d’Ovide, ou à d’autres choses… Giuseppe Penone invite aux réflexions métaphysiques. Il suggère une sorte de retour aux sources, où la feuille devient le départ d’un chemin de l’âme vers une simplicité première et essentielle, une sorte de naissance.

Un groupe de sculptures est tout particulièrement impressionnant : une forêt de troncs d’arbres blancs, coupés, d’espèces toutes différentes, suggèrent que l’artiste a entouré de véritables troncs de marbre de Carrare. Les arbres sont tronçonnés, Giuseppe ayant choisi les parties des arbres les plus séduisantes ; avec du bronze, il a imité la coupe du bois, et il faut y regarder à deux fois avant de voir le métal, et réaliser que Giuseppe n’a pas enveloppé ses trouvailles, mais qu’il les a créées, ou plutôt, recréées d’après des espèces existantes. Ainsi, le spectateur s’avance entre des sculptures précieuses d’un réalisme déroutant : la vision est rêveuse, pure, belle.

Les œuvres présentées, certaines monumentales, d’autres dessinées, sont toutes remarquables, et la filiation entre elles est parfaite. Le Penone des années 70 parle avec le même langage que le Penone de 2014… D’ailleurs, pour finir, nous nous sommes arrêtés devant une œuvre toute récente de l’artiste, Envelopper la Terre (2014). Elle prend place sur un mur du patio final de l’exposition, face au joli paysage d’une grande baie vitrée qui donne sur un bassin où se reflètent des arbres. Penone a remarqué un geste de sculpteur dans le geste quotidien d’envelopper un objet d’aluminium. Car la main s’enroule autour de la pomme, du sandwich, et donne au papier la forme de l’objet enveloppé, le geste est sculpture. Sur le mur donc, des boules de terre sont entourées de feuilles d’aluminium reconstituées qui ont pris la forme de la boule et qui se sont redéployées, pour l’entourer d’un halo gris et lumineux. C’est si simple, si charmant, si humaniste… Le spectateur ressort de l’exposition plein d’amour et d’espoir : le discours de Giuseppe Penone fait de l’homme un artiste – son souffle étant également un geste de sculpture, en remplissant ses poumons d’air – et de la nature une force inspirante. On écoute le vent, on regarde les feuilles… On entre en phase avec le monde.

Informations pratiques :

Giuseppe Penone au Musée de Grenoble

Du 22 novembre 2014 au 22 février 2015

Infos pratiques

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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