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Dalí Monumenta au Centre Georges Pompidou

Dalí Monumenta au Centre Georges Pompidou

19 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On entre par un œuf, utérin, on sort par un labyrinthe. Du corps à l’esprit, le  ton est donné : total, global, grandiose. La dernière fois c’était déjà ici, au tout jeune Centre Georges Pompidou en  1979, aujourd’hui, c’est dans une Institution mondialement reconnue que 220 œuvres sont exposées.

« Dalí incarne le surréalisme, mais il ne lui est pas irréductible ». Cette phrase qui ouvre la première des sept sections chrono-thématiques est à elle-même un résumé de ce qui est présenté. Que voit-on ? D’abord une salle qui a l’air vide où seuls les murs sont occupés. Cet effet-là vient de la volonté de Dalí qui désirait un espace central inoccupé. Au fur et à mesure, on réalise à quel point tout est dense. Le nombre et les tableaux mêmes qui présentent chacun des lectures multiples, à chaque fois psychanalytiques et politiques.

Car toute l’œuvre  doit se lire en ayant en tête son statut de remplaçant. Né après la mort d’un frère (Portrait de son frère mort, tableau réalisé en 1963), ses parents lui ont donné le même prénom que le disparu. Autre sujet, son lieu de naissance. Ce que les commissaires ont nommé « l’ultra local » est omniprésent : les rochers, la montagne,  la mer… C’est donc à un artiste en prise avec un inconscient extrêmement torturé que l’on a à faire. De là vient sa méthode paranoïaque critique : Il prend ses phobies et les livre, déverse ses obsessions pour en faire une réalité.

Nous sommes en 1929, il a quitté la Residencia de Estudiantes dont il garde les amitiés pour Garcia Lorca et Luis Buñuel.  Il a rencontré Gala et commence réellement à s’affirmer en quittant l’influence de Picasso que nous pouvons voir dans Autoportrait Cubiste en 1923. Les montres sont molles (La Persistance de la mémoire, 1931), les têtes sans cou, les images cachées derrière les images.  On s’extasie alors devant la finesse d’exécution, la beauté assourdissante, les couleurs flamboyantes, les multiples interprétations possibles.

Ce que l’on n’a jamais vu, c’est Dalí vu dans globalité. Ici, les films publicitaires (Ah… Lanvin !) et les performances côtoient les interviews très show of du monsieur. La scénographie  nous promène littéralement dans la tête de l’artiste. Dans cette balade nous croisons tous les types d’œuvres. Coup de cœur pour la « Théâtralité » où  l’on découvre Dalí  créateur de décors. Si beaucoup de projets sont restés inaboutis c’est l’occasion de voir le monumental Paysage avec jeune fille sautant à la corde qui barre de sa beauté la salle dédiée.

Le parcours nous fait saisir que le surréalisme n’est qu’un passage dans son œuvre. Devenu trop classique il opte pour la religion, elle bien plus subversive. On voit des christs partout : Étude pour le christ de Saint Jean de la Croix, 1951, Le christ de Gala, 1978, L’ascension du Christ, pietà 1958. Les peintures le présentent souvent vu d’en haut, seul le crâne nous apparaît. Subversif, il l’est encore par ses opinions pro francistes, par son gout pour la censure. Inventif, il l’est par son appropriation des nouvelles technologies. Les hologrammes ou l’éclairage alternatif posé sur des références à Vélasquez rendent des hommages peu conventionnels et forts attrayants aux maîtres.

Les commissaires souhaitaient «montrer Dalí, dans toute son ampleur, d’un bout à l’autre de sa carrière». Le pari est réussi, les idées sont réjouissantes. On reviendra se lover dans les canapés en forme de bouches qui ornent les salles de projections pour se glisser dans la masse des films projetés. Ils ont souhaité intégrer l’intervention physique de l’artiste. Ils regrettent « des lacunes ». On leur pardonne, l’offre est là aussi monumentale.

Dalí est donc une grande exposition, comparable à Dada par sa volonté d’exhaustivité. Deux parcours s’imposent, un premier de toile en toile et un second focus sur les textes autour de Dalí et par Dalí, qui, et on le sait moins, a écrit énormément.

Vous l’aurez compris, il s’agit bien d’un évènement, une plongée dans une pensée paranoïaque qui a fait transmuter la folie en art. Dalí a souhaité donner à voir le dessous de ses cartes pour les rendre perceptibles aux yeux du monde.

Thank’s !

Visuels :

SALVADOR DALÍ Persistance de la mémoire, 1931Huile sur toile – 24 x 33 cmMuseum of Modern Art (MoMA), New York, USA© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí /Adagp, Paris 2012

SALVADOR DALÍ, Le Grand Masturbateur, 1929,Huile sur toile – 110 x 150 cmMuseo Nacional Centro de Arte Reina Sofia© Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí /Adagp, Paris 2012

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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