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Catherine Meurisse dessine avec légèreté au Centre Pompidou

Catherine Meurisse dessine avec légèreté au Centre Pompidou

30 septembre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Après Claire Bretécher, Art Spiegelman, Franquin et Riad Sattouf, la Bpi du Centre Pompidou met Catherine Meurisse à l’honneur pour une exposition telle une lettre d’amour au dessin.

2020 est une année marquante pour la carrière d’autrice de bande dessinée de Catherine Meurisse. Marraine de BD 2020, l’année de la BD du ministère de la culture (prolongée jusqu’à juin 2021), finaliste pour le Grand Prix du festival d’Angoulême, élue à l’Académie des beaux-arts en section peinture (la section bande-dessinée n’existe pas encore…), Catherine Meurisse est incontournable. Il est donc tout naturel que la Bpi l’accueille, reprenant l’exposition qui lui était consacrée à Angoulême en janvier dernier. La scénographie a été repensée pour s’adapter au lieu et le corpus d’œuvres augmenté pour ouvrir sur les projets les plus récents, mais l’essence reste la même : une passion pour le dessin, l’art, la littérature et un sens de l’humour omniprésent.

Bien que l’actualité récente force à dévoiler l’exposition de façon très discrète, il serait dommage de ne pas en parler. Le parcours est chronologique et se divise en quatre grandes parties, qui montrent l’évolution de la pratique de Catherine Meurisse, que l’on pourrait synthétiser par un « de l’illustration jeunesse à la bande dessinée, en passant par le dessin de presse », même si dans la réalité les frontières sont bien plus poreuses, laissant apercevoir une travailleuse infatigable.

On commence donc par ses dessins d’enfance, les planches qui lui firent gagner le prix de la BD scolaire d’Angoulême à 13 ans, et ses influences : Quentin Blake, Sempé, Gotlib, Tomi Ungerer ou encore Bretécher. Mais déjà, la littérature fait son apparition dans le travail de Catherine Meurisse. Son projet de fin d’études pour les Arts Déco reprend un texte d’Alexandre Dumas sur Delacroix, avec une esthétique qu’elle décrit comme « sèche ». On retrouve ce projet entièrement remanié et publié fin 2019 sous le titre de Delacroix, plein de couleurs et de matières, mais conservant toujours ce mélange d’art, de lettres et d’humour qui fait sa signature.

Car quel que soit le support ou la forme, Catherine Meurisse conserve toujours cette légèreté si précieuse dans un monde si sérieux. Titre de son album qui raconte sa reconstruction après les attentats de Charlie Hebdo où elle se retrouve dans la beauté, la légèreté est aussi dans ses portraits d’écrivains célèbres qu’elle malmène avec tendresse, ou dans l’évocation de son enfance à la campagne. Et le message, qu’il soit politique, artistique ou douloureusement intime, est bien mieux reçu et retenu quand le lecteur y sourit.

L’exposition montre également le changement de rythme qui s’est opéré dans le travail de Catherine Meurisse. Elle est passée du dessin de presse créé au rythme frénétique de l’actualité, où tout se décide dans l’instant, à celui plus posé de l’album de bande dessinée et de l’illustration où elle peut prendre le temps de réfléchir, expérimenter ou utiliser des techniques qui demandent plus de temps comme l’aquarelle ou le pastel. Avec ce ralentissement, on constate aussi que son travail prend de l’ampleur, un souffle nouveau qui pousse vers ses grands espaces, ses couleurs, vers l’ailleurs. On la voit plonger avec délectation dans le dessin, nous éclaboussant au passage de son optimisme gorgé de nature et d’art.

Avec son petit pas de côté qui nous permet de renouveler notre regard sur tout sujet qu’elle choisit d’aborder, Catherine Meurisse nous donne une leçon de liberté à la fois personnelle et collective, la liberté de rire, de brouiller les codes et les frontières, de jouer avec les arts. Être libre, sereinement et passionnément.

 

Catherine Meurisse, la vie en dessin
Du 30 septembre 2020 au 25 janvier 2021
Bibliothèque Publique d’Information, Centre Pompidou – Paris

L’exposition sera complétée par une programmation associée, dépendante bien entendu du contexte sanitaire, qui mélange les arts : une conversation musicale et dessinée avec le dessinateur Néjib et la Cie 44, un entretien avec Catherine Meurisse, des ateliers, et un BD-concert qui clôturera l’exposition.

Visuels : 1- affiche de l’expo / 2 – La Légereté © Catherine Meurisse_Dargaud 2016 / 3- DELACROIX 3 © Catherine Meurisse_Dargaud 2019 / 4- Scènes de la vie hormonale © Catherine Meurisse_Dargaud 2016 / 5 -Les grands espaces 1 © Catherine Meurisse_Dargaud 2018

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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