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Anywhere, Anywhere Out of the World : Philippe Parreno tire les ficelles d’un ballet élégant au Palais de Tokyo

Anywhere, Anywhere Out of the World : Philippe Parreno tire les ficelles d’un ballet élégant au Palais de Tokyo

23 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

L’exposition au titre Baudelairien que le plasticien a imaginé pour l’immense espace du Palais de Tokyo et de sa friche ouvre ses portes aujourd’hui. Avec ses leds, ses vidéos et ses grandes installations mécaniques, et sur une musique de Stravinsky, Philippe Parreno donne une élégante unité à ce chantier merveilleux qu’est le musée d’art contemporain de la colline de Chaillot. Même maîtrisée par des robots, la beauté reste convulsive…

[rating=4]

parreno ledCe plus grand solo show jamais réalisé commence par un coup de poing : dans l’entrée du palais de Tokyo, le mur de droite déverse une lumière si brutale que l’on commence l’exposition presque aveuglé. L’effet flash diminue et harmonieusement accrochés dans le grand rez-de chaussée puis discrétisent présents tout au long de la visite, des néons blancs classiques, mais efficaces font des effets de tapis rouge. Ce chemin tapis de lumière, reflété par les matières brutes et les blancs cassés du majestueux rez-de chaussée mènent à un grand mur de diodes où une vidéo qui semble à la fois barrer l’entrée et ouvrir le bal. Y est projetée une correspondance qui semble venir d’un autre temps et nous dit « What do you believe your eyes or my words », qui se mue régulièrement et brusquement en puits de lumière, également aveuglante. Tout au long de l’exposition, par des cartels à la fois numériques et fantomatiques, Parreno continue de correspondre dans un anglais qui fait plus penser à Edgar Allan Poe qu’à Charles Baudelaire, avec son visiteur.

parreno bibliothèqueDerrière les diodes l’on passe dans une élégante pièce noire et feutrée où l’on entend et découvre le premier piano, qui joue tout seul un mouvement de Petrouchka de Stravinsky…  Ils sont 5 dans les 22 000 m² de l »exposition à battre son pouls et à rythmer les brusques changements de rythme et de décor. Quand ce premier clavier termine ses quelques portées mécaniques, on est happé par son écho, sur un autre piano à queue, dans la salle suivante, plongée dans la pénombre et décorée de grande taches de lumière fluo. La Bibliothèque Clandestine (2013) de Dominique Gonzalez-Foerester, s’ouvre régulièrement dans le mur, laissant quelques happy fews se faire momentanément enfermer pour découvrir une exposition de dessins John Cage/ Merce Cunningham. Au retour, dernier aveuglement avant la descente dans les entrailles du Palais.

parreno salle lustresLes Leds continuent de nous accompagner vers la pièce la plus majestueuse, où des lustres de diodes, véritables sculptures de lumières se répondent, toujours au rythme saccadé et vibrant de Stravinsky. Moquette et murs noirs, auras qui se répondent, malgré la saturation des ampoules, cette grande pièce st probablement la plus apaisée, celle où les fantômes mécaniques ont pleinement pris le pouvoir. Et pour cause! Quand on débouche au pied des escaliers, si l’on évite un mur qui avance de lui-même, comme un revenant menaçant, l’on découvre sur la droite, la pièce maîtresse de l’exposition, celle de l’ordinateur central qui est le véritable marionnettiste de l’exposition. C’est lui qui lance les pianos, allume les diodes et envoie les débuts des vidéos.

parreno zidaneCes dernières sont nombreuses dans les alcôves de ce premier sous-sol et aux deux étages du dessous, où Philippe Parreno a pris possession avec parcimonie mais efficacité des « niches » labyrinthiques pour y offrir quelques projections, dont la plus célèbre est bien sûr, saisie à travers 17 caméras et diffusée sur un fleuve d’écran, Zidane, a portrait of the 21st century (2006). Et il s ‘en donne à cœur joie pour que ses succubes et ses automates projetés donnent aux salles art déco de l’ancienne cinémathèque un air captivant d’inquiétante étrangeté.

Il n’y a donc que le « Yoyo », le nouveau club du sous-sol du Palais, que Philippe Parrenp n’a pas investi.

Interrogeant ici et maintenant la plus haute technologie pour savoir si les ordinateurs ne produisent pas un art et des fantômes plus authentiques que nos plus profonds enthousiasmes et nos plus douloureux manques, Philippe Parreno confère un cachet nouveau au palais de Tokyo que l’on voit d’habitude paré des mille couleurs et des centaines de vagues diverses et variées qui constituent ses fourmillantes expositions. Habillés de lumière et des ombres d’un ailleurs que le poète souhaite toujours hâter, les murs du Palais se transforment en écrin de beauté classique. Une beauté que l’immobilité figerait comme une statue de sel et qui demeure aussi convulsive et malheureuse que les amours de Petrouchka pour la volage ballerine de la pièce de Stravinsky…

Visuels : (c) Frankie et Nikki

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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