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« American Women » et « Alice Anderson » à La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach

« American Women » et « Alice Anderson » à La Patinoire Royale – Galerie Valérie Bach

20 janvier 2020 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 21 mars 2020, la Galerie Valérie Bach installée dans l’ancienne Patinoire Royale de Bruxelles met à l’honneur les femmes avec deux expositions. Sous le commissariat de Marie Maertens, American Women présente 18 artistes féministes américaines et au sous-sol, les sculptures de cuivre de la britannique Alice Anderson dressent un portrait fascinant de notre présent.

La patinoire Royale ou « Royal Skating », en VO, a été construite en 1877, dans le quartier de Saint-Gilles de Bruxelles. Reprise en 2007 par Philippe Austruy et Valérie Bach, elle prévoir sur 3000 mètres carrés trois ou quatre expositions temporaires par an, volontiers articulées autour de deux thématiques privilégiées, l’art belge et les femmes artistes, notamment Alice Anderson, Gisela Colon, Jeanne Susplugas, Hilde Van Sumere, Joana Vasconcelos qu’elle représente. Constantin Chariot, son directeur général, nous en a appris un peu plus sur cette galerie qui ouvre ses portes à de nombreux groupes et notamment des collectionneurs venus du monde entier, où l’on a déjà pu voir exposés des artistes cinétiques (« Let’s move »), Jean Prouvé et Takis ou Joana Vasconcelos, sous l’égide de commissaires renommés comme Arnaud Pierre, François Laffanour ou Jean-Jacques Aillagon. Il a aussi dit s’être passionné par « cette moisson si riche » de nouveaux talents, réunis sous l’égide de la femme de lettres féministe Gloria Steinem  et sa Vie sur la route, « American women, The infinite Journey » qui dresse un portrait de la création aux Etats-Unis à travers 18 artistes d’aujourd’hui. Il dit avoir beaucoup appris de leurs engagements à la fois plastiques et politiques, mais qui ont toujours eu lieu sous des formes et une intensité particulières. Pour lui, cette revendication et la critique de la jeune génération ont lieu dans une certaine douceur, un certain humour, qu’il rapproche de la non-violence de Gandhi que les femmes qui l’entouraient lui auraient inspirée. 

Cela fait deux ans que la commissaire Marie Maertens prépare l’exposition qui a ouvert le 9 janvier 2020 : elle qui va souvent à New-York et « part toujours des œuvres », a ouvert l’œil, notamment lors des « group shows » d’été qui permettent aux galeries de montrer de nouveaux talents et est allée visiter les ateliers de femmes nées dans les années 1980 et représentent la scène féminine américaine émergente d’aujourd’hui. Très vite, elle les a entendu lui parler de Gloria Steinem et d’artistes de générations précédentes : « En discutant avec les artistes, j’ai vu qu’il y avait un lien très fort avec les problématiques des années 1970 et c’est là que j’ai regardé cette autre génération et que j’ai réalisé qu’il était très émouvant de les réunir », explique la commissaire. Ainsi, les peintures délicates et d’un bleu virginal de Theodora Allen côtoient-elles un papier de soie et une sculpture de Kiki Smith, (exposée à Paris jusqu’au 9 février), les photographies et collages de Sara Cwynar, Iman Issa et Leslie Hewitt ceux de Martha Rosler, Annette Lemieux et Carolee Schneeman et les icônes de Julie Curtiss, Chloe Wise et Angela Dufresne ou les acryliques de Amy Lincoln corps sexué avec la naïveté du Douanier Rousseau, mettent en cause avec les yeux de jeunes femmes d’aujourd’hui la « femme au foyer » américaine, font écho aux travaux de Nancy Spero et Mary Kelly.

La différence entre ces deux générations ? Peut-être une autre façon de s’engager pour les femmes : « Je ne pense pas que j’aie réuni seulement des artistes ‘féministes’, même si toutes, y compris les plus jeunes, traitent de sujets qui aujourd’hui sont devenus à nouveau importants après trois ou quatre décennies ou l’on en parlait moins. Ou alors, c’est un féminisme d’aujourd’hui, qui est différent des années 1970 et comprend aussi bien le regard des hommes que celui des femmes », explique Marie Maertens. Première nouveauté de la jeune génération :  même si Loie Hollowell présente ses maternités de manière crue et colorée, la question du genre, qui est arrivé dans les années 1980 aux États-Unis. Une artiste comme Odessa Straub se définit comme « cis-genre ». Elle est née femme mais décide de le rester et assume cette position, en se mettant en scène avec son double, la figure de Salomé comme une « uber woman ». Ce faisant, elle joue avec tous les clichés liés à l’image de la femme. Deuxième autre différence : l’humour et la distance, comme manière d’aborder la question de l’image et la place des femmes. En nous faisant découvrir de nouvelles artistes, dont certaines. Ainsi, en final de l’exposition, sur la mezzanine, la grande tribune décalée de la « Press room » de la Maison blanche par Macon Reed est marquante. L’artiste qui s’inscrit dans la scène Queer a été affligée par l’élection de Donald Trump. Elle a transformé la salle des #pressingconference en tribune participative, avec l’idée que l’Europe dont Bruxelles est capitale a quelque chose à dire aux États-Unis. On observe ce même sens du décalage et du jeu sur les genres dans ces photos très colorées ou son film qui se moquent des attributs traditionnellement masculins. L’humour et le décalage sont d’autant plus importants que toutes ne sont pas nées aux Etats-Unis et posent des questions sur l’image et le consensuel avec plus de distance. L’artiste de l’affiche de l’exposition, par exemple, Cassi Namoda est née au Mozambique, Julie Curtis en France et Iman Issa en Egypte. Une somme de nouveaux talents dont certaines n’ont pas encore de galerie en France et même aux Etats-Unis, nous indique Constantin Chariot et qu’il est passionnant de découvrir en dialogue avec leurs aînés plus connues sur des questions aussi intimes, brûlantes et actuelles.

Des voix américaines, que nous avons été ravis de découvrir et qui dialoguent également joliment, avec le travail peut-être plus interrogatif mais non pas moins engagé de la franco-britannique habituée de la galerie, Alice Anderson. Nommée pour le Prix Marcel Duchamp 2020, et après «Itinéraire d’un corps / Spiritual Machines» en 2018, elle expose à nouveau chez Valérie Bach et au sous-sol de la galerie ses « Sacred gestures in Data words » qui interrogent par des rituels performatifs la notion de connexion. Elle utilise pour ce faire la forme pauvre, magnifique et fragile du cuivre, de la toile et du cartons et redonne de l’aura à la présence virtuelle de machines et objets connectés. Deux expositions à voir jusqu’au 21 et au 7 mars à la Patinoire Royale.

visuels :  Theodora Allen, Shield (Henbane), Peinture a? l’huile et aquarelle sur lin, 66 x 66 x 3.2 cm, 2018, Blum&Poe © (LosAngeles,NewYork,Tokyo)  / Julie Curtiss, Ceinture, 2019, Gouache sur papier, 30x 23 cm, (AK#17250) courtesy the artist and Anton Kern Gallery / Cassi Namoda, Maria’s first night in the city, 2019 Peinture acrylique sur toile 152 x 177 cm / Macon Reed, Pressing Conference, Installation multi-media et project participatif 8FT x 12FT x 8FT, Courtesy of Macon Reed /Alice Anderson, CMYKBR, courtesy Galerie Valérie Bach

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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